WASHINGTON, 15 Janvier (AFP). —La baisse d’intérêt des Américains pour les informations internationales, favorisée paradoxalement par une offre de plus en plus globale et instantanée, risque de nuire à la politique étrangère américaine, estime Claude Moisy, ancien PDG de l’AFP.
Dans une étude publiée récemment par le Joan Shorenstein Center de l’université de Harvard, M. Moisy, dont la carrière de journaliste s’étend sur 40 ans, dont près de 20 ans en Amérique, note qu’«une offre potentiellement plus importante d’informations internationales ne rencontre aux Etats-Unis qu’une demande réduite».
Selon des statistiques citées dans le rapport, le pourcentage de temps consacré aux nouvelles internationales sur les grandes chaînes de télévision américaines atteignait 45% dans les années 70. Il est tombé à 20% en 1993 et 13,5% en 1995.
La demande pour l’information internationale est affectée selon lui par une série de changements économiques, politiques et technologiques, dont «le lent mais continuel déclin de la presse écrite», la «fin de la guerre froide», «l’ascendant de la télévision comme médium d’information pour les masses» et la «rapide propagation des moyens de communication interactifs» qui permettent aux gens de «sélectionner leurs informations eux-mêmes». La globalisation de l’économie mondiale a paradoxalement contribué à ce mouvement.
Soulignant que «dans une démocratie, le public a son mot à dire dans la manière de conduire les relations d’un pays avec le reste du monde», le rapport indique que «le déclin de la demande pour l’information internationale du pays le plus influent du monde pourrait être un sujet de préoccupation».
Un «public mal informé» peut être enclin à faire davantage pression auprès de ses dirigeants pour prendre des décisions politiques «inappropriées», indique-t-il. «L’opinion publique ne réagira pas nécessairement sur la base de connaissances, mais plus probablement selon les émotions soulevées par les mass media», ajoute-t-il.
Toutefois, il relève que certains universitaires croient davantage en une approche plus «establishment», où «seul un petit groupe de journalistes et de lecteurs éclairés participent au débat sur la politique étrangère avec des responsables politiques».
Et tout cas, conclut-il, «la quantité et la qualité d’informations internationales reprises par des médias en pleine évolution, ou leur absence, continuent à affecter la conduite de la politique étrangère des Etats-Unis».

