MANNE DES BEDOUINS DU GOLFE
MASCATE, 31 Décembre (AFP). — Au volant de sa voiture tout-terrain, Moubarak al-Habsi sillone le sultanat d’Oman pour acheter les meilleurs méharis de course, avant d’aller les vendre sur catalogue aux Emirats arabes unis.
Les émirs et les riches du Golfe s’arrachent à des sommes astronomiques les bêtes qui remportent les courses de chameaux, au grand bonheur de leurs éleveurs, les tribus bédouines d’Oman.
«L’élevage des méharis est devenu un commerce florissant chez les bédouins, et beaucoup ont fait fortune. Certains bédouins qui ne possédaient rien sont aujourd’hui propriétaires de terrains et de voitures de luxe», explique Moubarak.
Ses meilleurs clients sont les riches familles des émirats d’Abou Dhabi et de Dubaï, chez lesquelles il se rend muni de catalogues de photos et de mensurations des bêtes de course, pour qu’elles puissent acheter sans se déplacer.
Selon Moubarak, qui a lui-même vendu trois méharis pour 169.000 dollars, le total des ventes de chameaux de course dans le sultanat d’Oman a atteint 18,2 millions de dollars en 1995.
La meilleure saison des ventes est celle des courses, qui ont commencé le mois dernier et attirent des foules nombreuses.
Au moins trois courses par semaine se déroulent dans le sultanat, où elles sont organisées par les particuliers, alors que celles des Emirats, qui se déroulent sous la supervision des autorités, sont richement dotées.
Un méhari qui remporte la course a toutes les chances d’être vendu à bon prix. Ainsi, lors d’une course récente, un ressortissant des Emirats a acheté pour 182.000 dollars un méhari, Samha, dès qu’il a franchi la ligne d’arrivée, après avoir couvert 3 kilomètres en 4 minutes et 44 secondes (38 kilomètres/heure).
Selon M. Saïd ben Diab al-Rabihi, un responsable du palais du sultan Qabous d’Oman, le record a été battu par un méhari qui a remporté plusieurs courses et que son propriétaire a récemment vendu à 260.000 dollars.
Les chameaux subissent un entraînement sérieux et il est fréquent de voir leurs entraîneurs suivre, au volant de leurs voitures tout-terrain, les bêtes qui participent aux courses et donner des ordres aux jockeys au moyen de téléphones portables.
Les jockeys sont souvent des enfants de moins de dix ans, voire cinq ans seulement, «afin d’être les plus légers possible», explique M. el-Rabihi.
Aux Emirats, où les courses sont retransmises en direct à la télévision, les autorités ont fixé à 25 kilos le poids des jockeys alors qu’il n’y a pas de règle dans le sultanat d’Oman.
Tant le sultan Qabous que le président des Emirats Zayed ben Sultan Al Nahyane possèdent, comme les riches émirs du Golfe, leurs propres écuries.
«Les Omanais pratiquent l’élevage des chameaux car ils ont une longue expérience dans ce domaine et gardent les meilleurs lignées. En outre, les prix sont nettement inférieurs à ceux en cours aux Emirats», souligne M. el-Rabihi.
Les différentes tribus bédouines, comme les Wahiba, les Dourouh ou les Janaba, qui élèvent les chameaux de course apposent sur leurs bêtes des signes distinctifs pour les reconnaître.
Les bédouins n’hésitent pas à choyer leurs bêtes de course et les nourrissent d’orge, de lait, de miel, de dattes et d’œufs. Certains les gavent même de cacahuètes. Ils les emmènent régulièrement chez le vétérinaire qui leur conseille des vitamines s’il en est besoin, pour améliorer le rendement des bêtes qui peuvent courir jusqu’à l’âge de douze ans.

