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Culture - Balade Culturelle

À Tripoli, l’histoire se parcourt à pied

De la citadelle aux souks, des mosquées au hammam al-Nouri, une visite menée par l’historien Charles Hayek invite à découvrir les strates d’une ville dont le patrimoine demeure au cœur de la vie quotidienne.

À Tripoli, l’histoire se parcourt à pied

Dans la citadelle de Tripoli, les visiteurs suivent Charles Hayek à travers les siècles d’histoire inscrits dans la pierre. Photo Saad Tawil

À Tripoli, l’histoire se lit dans la pierre, mais aussi dans les gestes des commerçants, les allées des marchés et les lieux où les habitants se retrouvent. C’est cette continuité qu’une visite culturelle menée par l'historien Charles Hayek a proposé d’explorer dimanche après-midi, en suivant un parcours de la citadelle aux quartiers anciens.

Au centre du Bloc national, derrière la Chambre de commerce et d’industrie, les participants arrivaient peu à peu, bouteilles d’eau et appareils photo à la main. Des boissons les attendaient sur une table. Camille Mourani, organisateur de la promenade et membre du comité exécutif du parti, a accueilli le groupe par quelques mots sur Tripoli et sur la volonté de réunir des visiteurs autour de son histoire.

Tous les âges, plusieurs horizons se croisaient, avec des participants venus de la ville et d’autres régions du pays. Le temps de monter dans les bus, et le groupe prenait la direction de la citadelle de Raymond de Saint-Gilles, plus communément appelée citadelle de Tripoli.

Depuis les remparts, les strates de la ville

Passée l’entrée, le tumulte urbain s’estompe. Les murailles portent les marques de siècles de constructions, de destructions et de reprises. Les arches ouvrent sur des passages, les escaliers conduisent d’un niveau à l’autre, et l’édifice laisse apparaître les différentes époques qui l’ont façonné.

Historien engagé dans la transmission de l’histoire au grand public, chercheur à l’Université américaine de Beyrouth et responsable des archives du collège Saint-Joseph d’Antoura, Charles Hayek rassemble les visiteurs sur l’un des points les plus élevés de la citadelle. À leurs pieds, Tripoli s’étend bien au-delà du périmètre de la ville ancienne. Le regard traverse la densité des immeubles, rejoint la Méditerranée du côté de Mina, puis distingue, au loin, les montagnes de Becharré.

Ce panorama permet à l’historien de revenir sur le déplacement de la cité. Pendant des siècles, Tripoli occupait le secteur de l’actuelle Mina. En 1289, les Mamelouks conquièrent et détruisent la ville croisée. À la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle, une nouvelle ville prend progressivement forme autour de la citadelle.

« Il s’agit de comprendre Tripoli comme un ensemble vivant et complexe, dont les monuments sont liés les uns aux autres », explique Charles Hayek à L’Orient-Le Jour. « Nous parcourons les mêmes rues que celles de la ville mamelouke fondée au début du XIVe siècle. C’est exceptionnel de pouvoir suivre, sans interruption depuis cette époque, l’histoire des bâtiments, des rues et des dynamiques sociales, économiques et culturelles. »

La citadelle témoigne elle-même de cette succession. L’édifice que l’on visite aujourd’hui a continué à évoluer après la période croisée, agrandi et remanié sous les Mamelouks, puis sous les Ottomans, jusqu’au XIXe siècle.

Quelques photographies, un dernier regard sur la ville, et le groupe redescend vers les souks.

Au fil des passages de la citadelle, Charles Hayek raconte aux visiteurs les transformations de Tripoli. Photo Saad Tawil


Le souk, une histoire au présent

Au souk al-Khodra, l’histoire retrouve le rythme des échanges quotidiens. Dans les passages étroits, les étals débordent sur les allées, chargés de légumes, de pain et de marchandises aux couleurs vives. Les odeurs de nourriture se mêlent aux appels des vendeurs. On s’arrête, on négocie, on poursuit son chemin entre les clients.

Le groupe attire quelques regards curieux. Depuis leurs boutiques, les commerçants invitent les visiteurs à s’arrêter et à acheter. La promenade se glisse dans cette activité qui donne au patrimoine de Tripoli une présence familière, entretenue chaque jour par ceux qui l’habitent et le font vivre.

Pour Charles Hayek, cette permanence est essentielle. « Le patrimoine doit avoir une fonction, explique-t-il. Le patrimoine n’est pas de l’archéologie. C’est quelque chose qui peut être ancien, mais qui reste utilisé. » Les souks en offrent une illustration immédiate. « Quoi qu’il arrive, le souk restera un souk », affirme-t-il.

Des lieux de culte aux bains publics

À quelques pas du marché, la grande mosquée al-Mansouri impose un autre rythme. Des foulards sont distribués aux femmes avant l’entrée dans la cour. Autour de cet espace à ciel ouvert, la pierre ancienne, les arches et les voûtes d’arêtes dessinent un cadre paisible. Au centre se trouve une fontaine surmontée d’une coupole.

La salle de prière, couverte de tapis persans, déploie ses détails d’architecture islamique sous un grand lustre de cuivre. Après l’agitation du souk, les participants se réunissent dans le calme autour de Charles Hayek, qui retrace l’histoire de l’édifice et les récits qui lui sont attachés.

La visite se poursuit au hammam al-Nouri, l’un des bains historiques de la ville récemment rénovés. Son architecture rappelle la place des bains publics dans l’organisation de la vie urbaine, à la rencontre des habitudes quotidiennes et de la sociabilité.

Dans les ruelles des souks de Tripoli, les visiteurs cheminent entre les étals de la vieille ville. Photo Saad Tawil


Vers la mosquée Taynal

Pour rejoindre la mosquée Taynal, le parcours emprunte un quartier plus tranquille et traverse un cimetière. Entre les arbres et les tombes, l’allure ralentit. La mosquée se découvre au milieu de la verdure et des vieilles pierres, dans un cadre qui évoque un jardin.

Depuis les remparts, à travers les commerces, dans les lieux de culte ou parmi les sépultures, chaque étape éclaire une dimension de Tripoli. Charles Hayek a conçu l’itinéraire pour les faire dialoguer, tout en tenant compte du temps disponible.

« Nous avons privilégié les connaissances plutôt que Facebook ou Instagram », lance-t-il en riant. « On ne peut pas parcourir toute la ville en une demi-journée. Il y a beaucoup à voir et beaucoup à expliquer. »

La coupole verte de la mosquée Taynal se détache dans le paysage de la vieille ville de Tripoli. Photo Saad Tawil


Renouer avec Tripoli

Pour Camille Mourani, cette promenade participe d’un effort plus large pour rapprocher les visiteurs de la ville. « Ce n’est pas une excursion touristique, c’est une visite culturelle », avait-il expliqué à L’Orient-Le Jour lors d’un précédent entretien.

Il s’agit de comprendre « la société, le marché, son fonctionnement, la vie dans ces villes, les échanges commerciaux, la manière dont les plans ont été conçus, les transformations religieuses, tout ce qui les a façonnées ».

Ces rendez-vous doivent aussi renforcer les liens entre Tripoli et le reste du pays. « Dans le cadre de notre mouvement, nous faisons toujours venir des Tripolitains, précise-t-il. Et nous amenons à Tripoli des personnes venues de tout le pays. »

Charles Hayek insiste, de son côté, sur ce que la rencontre avec les lieux apporte à la connaissance. « Apprendre sans éprouver ce que sont l’histoire et le patrimoine les maintient dans l’abstraction, dit-il. Pour mieux comprendre la valeur d’un lieu, il faut d’abord en faire l’expérience et nouer un lien personnel avec lui et avec son histoire. »

À l’église Saint-Maron, dernière halte de la journée, les participants partagent une knéfé et prolongent les échanges. Une autre visite est déjà envisagée, consacrée à l’histoire moderniste de Tripoli et à la ville qui s’est développée dans les années 1950 et 1960.

« J’aimerais aussi que découvrir Tripoli soit aussi simple que cela, confie Charles Hayek : laisser les gens satisfaire leur curiosité le temps d’une demi-journée. »


À Tripoli, l’histoire se lit dans la pierre, mais aussi dans les gestes des commerçants, les allées des marchés et les lieux où les habitants se retrouvent. C’est cette continuité qu’une visite culturelle menée par l'historien Charles Hayek a proposé d’explorer dimanche après-midi, en suivant un parcours de la citadelle aux quartiers anciens.Au centre du Bloc national, derrière la Chambre de commerce et d’industrie, les participants arrivaient peu à peu, bouteilles d’eau et appareils photo à la main. Des boissons les attendaient sur une table. Camille Mourani, organisateur de la promenade et membre du comité exécutif du parti, a accueilli le groupe par quelques mots sur Tripoli et sur la volonté de réunir des visiteurs autour de son histoire.Tous les âges, plusieurs horizons se croisaient, avec des...
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