Des fidèles chrétiens orthodoxes allument des bougies lors d’une cérémonie religieuse marquant la « Dormition de la Mère de Dieu », qui commémore la Vierge Marie sur son tombeau à Jérusalem, le 28 août 2026. Photo John Wessels/AFP
Toutes les écoles chrétiennes de Jérusalem ont suspendu les cours mardi pour protester contre le refus d’Israël de renouveler les permis d’entrée vers Jérusalem-Est et Israël de plus de 70 enseignants et membres du personnel originaires de Cisjordanie. Cette mesure affecte plus de 8 500 élèves, rapporte l'agence palestinienne Wafa.
« Alors que nos écoles se préparaient à la rentrée scolaire 2026-2027, nous avons malheureusement été surpris, une nouvelle fois, par le non-renouvellement des permis d’entrée de plus de 70 enseignants et membres des personnels éducatif, administratif et de soutien », a indiqué le Secrétariat général des établissements d’enseignement chrétiens de Jérusalem dans un communiqué. Cette décision, prise « soudainement et sans préavis », les empêche de rejoindre leurs établissements et compromet directement les préparatifs de la rentrée, a-t-il ajouté.
Israël impose des restrictions à la circulation des trois millions de Palestiniens en Cisjordanie, territoire qu'il occupe depuis 1967. L’État hébreu affirme avoir construit ce qu'il appelle la « barrière de sécurité » pour protéger son territoire des attaques venues de Cisjordanie. Pour les Palestiniens, cette barrière faite de barbelés, clôtures électriques et de murs de béton est le « mur de l'apartheid », l'un des symboles les plus honnis de l'occupation. Ils doivent obtenir des permis pour franchir les points de contrôle militaires vers Jérusalem-Est ou Israël. Depuis le début de la guerre avec le Hamas à Gaza le 7 octobre 2023, Israël a suspendu de nombreux permis permettant aux Palestiniens de venir travailler, arguant de raisons sécuritaires.
Impossible de garantir une rentrée « sûre et stable »
Selon le Secrétariat général, l’absence de ces employés affecte plusieurs aspects du fonctionnement des établissements, notamment les services éducatifs, administratifs et de santé, mais aussi le nettoyage ainsi que les dispositifs de sécurité, rendant impossible pour les élèves la « garantie d'une rentrée sûre et stable ». Après concertation avec les autorités concernées, les représentants des parents d’élèves et les établissements de Jérusalem, il a donc été décidé de suspendre les cours à partir de mardi matin et jusqu’à ce que les permis nécessaires soient de nouveau délivrés et renouvelés, afin de permettre la reprise de l’enseignement « dans des conditions sûres et appropriées ».
Tout en réaffirmant « l’engagement total » des écoles chrétiennes en faveur du droit des élèves à l’éducation, le Secrétariat général a souligné l’importance de la mission éducative de ces établissements, qui constitue « une part essentielle de notre identité, de notre culture et de notre présence dans la ville de Jérusalem », et contribue à former des générations « fondées sur le savoir, les valeurs, l’appartenance et la responsabilité ».
Il a déploré la répétition de telles mesures, qui « compromettent la stabilité de nos écoles, entravent leur capacité à remplir leur mission et affectent négativement les élèves, leurs familles, le personnel éducatif et la société dans son ensemble ». Le Secrétariat général a enfin exprimé l’espoir que « cette crise soit résolue le plus rapidement possible » et que de telles mesures ne se reproduisent plus, afin de préserver la stabilité des établissements, garantir aux élèves un enseignement régulier et sûr et permettre aux écoles de poursuivre leur « mission éducative et humanitaire ». De son côté, Munther Isaac, pasteur de l’Église évangélique luthérienne de Noël à Bethléem, en Cisjordanie, a condamné la mesure israélienne. « La pression exercée par Israël sur la présence chrétienne à Jérusalem se poursuit », a-t-il écrit sur le réseau social X. « Les écoles chrétiennes de la ville se mettent en grève parce qu’Israël refuse de délivrer des permis à leurs enseignants originaires de Cisjordanie », a-t-il ajouté.
Cette suspension des cours intervient dans un contexte plus large marqué par une multiplication des attaques visant les chrétiens de la part d’extrémistes juifs à Jérusalem-Est occupée et en Cisjordanie. La Cisjordanie et Jérusalem abritent quelque 50 000 chrétiens palestiniens, membres d’une communauté religieuse implantée dans la région depuis l’Antiquité, au cœur d’une terre qui abrite plusieurs des lieux saints les plus importants du christianisme.
Fin août, un tribunal de Jérusalem avait ainsi acquitté un homme poursuivi pour avoir agressé, trois mois plus tôt, une religieuse chrétienne française dans la Vieille Ville. Ce dernier avait été arrêté en avril par la police israélienne, qui le soupçonnait d’agression à caractère raciste. En mars, la police israélienne avait empêché le patriarche latin de Jérusalem, Pierbattista Pizzaballa, d’accéder au Saint-Sépulcre pour y célébrer la messe des Rameaux. Selon l’Église, il s’agissait de la première fois depuis des siècles qu’un responsable religieux de ce rang était empêché d’accomplir ce rite.

