Le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel. Photo fournie par le parti Kataeb
Le chef des Kataëb, Samy Gemayel, a affirmé lundi que « les souverainistes libanais (...) ne cohabiteront pas avec le Hezbollah », estimant que le désarmement du parti chiite constitue une condition indispensable au redressement du Liban et à la restauration de la souveraineté de l'État.
« Nous suivons de près tout ce qui se passe et nous travaillons à obtenir le retrait israélien du Liban et le désarmement des milices. Ces deux objectifs sont parallèles. Nous ne cohabiterons pas avec le Hezbollah, quels que soient les résultats des négociations à l'extérieur », a déclaré M. Gemayel lors d'une conférence de presse. Selon lui, le Hezbollah n'a d'autre choix que de « se placer sous l'autorité de l'État et de la loi », alors que « les Libanais, chrétiens et musulmans, dans leur grande majorité, ne sont pas prêts à vivre en otages du Hezbollah ».
Le député a également estimé que « tant que les armes des milices existeront, la terre ne sera pas libérée, les déplacés ne reviendront pas, la reconstruction n'aura pas lieu, le Liban ne vivra pas en paix, les investissements et l'économie ne reprendront pas ». « En fin de compte, le maintien des armes du Hezbollah constitue le principal et ultime obstacle au retour du Liban sur la voie du redressement », a-t-il ajouté, jugeant que leur remise à l'État est une condition préalable au rétablissement de la souveraineté sur l'ensemble du territoire et à la relance économique.
Commentant les négociations irano-américaines, M. Gemayel a accusé Téhéran de chercher à préserver le Hezbollah comme « carte » régionale. « L'Iran a introduit le Liban dans ce dossier parce qu'il veut préserver cette carte ainsi que son arsenal et sa base militaire, à savoir le Hezbollah », a-t-il déclaré. Selon lui, la République islamique tente aujourd'hui de « sauver ce qu'il reste des combattants du Hezbollah » afin de pouvoir les réutiliser ultérieurement.
Le chef des Kataëb a également estimé que le Liban avait payé un prix disproportionné dans les conflits liés à l'Iran. « L'Iran a perdu 3 500 morts pour une population de 93 millions d'habitants, tandis qu'au Liban, 5 000 personnes ont été tuées pour une population de 5 millions », a-t-il affirmé. « Quel lien avons-nous avec le programme nucléaire iranien ? Et pourquoi en payons-nous le prix ? », s'est-il interrogé, estimant par ailleurs que « les chiites du Liban vivent la plus grande catastrophe depuis la fondation du Liban jusqu'à aujourd'hui ».
Réagissant aux discours célébrant une prétendue victoire après la guerre, M. Gemayel a appelé à la retenue. « Calmons-nous », a-t-il lancé, évoquant les victimes civiles et les villages détruits. Concernant le slogan « Merci l'Iran », il a ajouté : « Nous n'avons jamais vu quelqu'un dont les villages ont été détruits dire merci. Merci pour quoi ? »
Dans le même temps, le chef des Kataëb a apporté son soutien au président Joseph Aoun, au Premier ministre Nawaf Salam et au gouvernement. « Nous soutenons le président Aoun, le président Salam et le gouvernement dans l'ensemble du processus de négociation », a-t-il affirmé, espérant qu'il aboutira au retrait israélien et à l'application du monopole de l'État sur les armes.
Il a enfin appelé l'armée libanaise à agir. « Le moment est venu pour l'armée libanaise », a-t-il déclaré, estimant que l'État devait démontrer sa capacité à mettre en œuvre ses décisions. « Plus l'armée consolidera son autorité et son prestige, plus Israël se retirera », a-t-il assuré.
Le Liban a figuré comme point de négociation central sur la table des pourparlers entre l’Iran et les Etats-Unis, qui ont débuté dimanche en Suisse, et ont mené à la création d'un mécanisme de « déconfliction » pour le Liban, aux contours encore flous. Et ce, alors que les autorités libanaises ont lancé leur propre processus de négociations directes avec Israël —rejetées par le Hezbollah —, sous l'égide de Washington. Nombreux sont ceux qui ont estimé que l’inclusion du dossier libanais dans ces négociations régionales, a permis une récupération iranienne, du moins en apparence, de ce dossier.

