Des bâtiments détruits dans la banlieue sud de Beyrouth après des frappes israéliennes, le 12 mars 2026. Photo Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Un homme détenu par le Hezbollah et accusé par les autorités libanaises d’appartenir à un supposé réseau de renseignement israélien s’est évadé lors des frappes aériennes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth en mars dernier, puis a trouvé refuge à l’ambassade d’Ukraine à Baabda avant de disparaître, selon une enquête publiée par l’Associated Press (AP) mercredi.
Citant des responsables judiciaires, sécuritaires et politiques libanais, AP rapporte que Khaled al-Aydi, un réfugié palestinien originaire de Syrie et détenteur de la nationalité ukrainienne, avait été arrêté par le Hezbollah et accusé d’avoir participé à une opération de renseignement israélien déjouée. Selon les accusations, cette opération visait à commettre des attentats à la bombe et des assassinats au Liban.
Khaled al-Aydi s’est évadé en mars, pendant des frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth, avant de se rendre à l’ambassade d’Ukraine à Baabda. D’après un document officiel libanais obtenu par l’AP, la chancellerie a ensuite demandé aux autorités libanaises de faciliter son départ du pays. La Sûreté générale a rejeté cette requête, invoquant un mandat d’arrêt émis à son encontre en septembre 2025.
La localisation actuelle de M. Aydi demeure inconnue. Un responsable ukrainien cité par l’agence a nié qu’il se trouve dans l’enceinte de l’ambassade, mais a refusé de préciser s’il y avait auparavant trouvé refuge ou si les autorités ukrainiennes lui avaient apporté une quelconque aide.
Les autorités libanaises avaient annoncé en octobre, dans un communiqué officiel, le démantèlement d’un réseau qui projetait, selon elles, de commettre des attentats et des assassinats, notamment lors d’événements organisés à l’occasion du premier anniversaire de la mort de l’ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Des responsables sécuritaires avaient indiqué que les enquêteurs avaient découvert une moto et un véhicule aménagés pour transporter des explosifs.
M. Aydi et six autres suspects libanais ont ensuite été inculpés, selon l’AP. L’un d’eux s’est également évadé, tandis que les autres restent détenus au Liban dans l’attente de leur procès. Le tribunal militaire affirme que l’opération était dirigée par un agent du service de renseignements israélien Mossad basé en Allemagne, qui communiquait avec les suspects via des applications chiffrées. Une convocation judiciaire adressée à l’ambassade d’Ukraine serait par ailleurs restée sans réponse.
La fuite de Khaled al-Aydi pourrait potentiellement accroître les tensions entre l’État libanais et le Hezbollah. Le gouvernement libanais, soutenu par les États-Unis et d’autres puissances internationales, a engagé des négociations diplomatiques directes et conclu des cessez-le-feu conditionnels avec Israël. Le Hezbollah rejette fermement ces discussions menées par l’État, qu’il considère comme une trahison et une menace existentielle à son indépendance militaire.
Les arrestations de personnes soupçonnées d’espionnage pour le compte d’Israël sont relativement fréquentes au Liban. Depuis le début du conflit entre le Hezbollah et l'État hébreu en octobre 2023, les autorités libanaises, notamment l’armée et sa Direction du renseignement, annoncent régulièrement l’arrestation d’individus soupçonnés d’espionnage pour Israël. Ces affaires s’inscrivent dans une longue histoire d’activités d’espionnage entre les deux pays, plusieurs réseaux ayant été découverts au Liban au cours des deux dernières décennies.

