Le principal parti d'opposition turc, le CHP, s'enfonce dans la crise avec la première visite samedi au siège de Kemal Kiliçdaroglu, réinstallé à la tête de la formation par la justice, tandis que le dirigeant évincé, Özgür Özel, réunissait des milliers de ses partisans.
Le plus ancien parti politique de Turquie a été ébranlé par une décision de justice rendue le 21 mai, qui a annulé la primaire interne de 2023 ayant porté Özgür Özel à sa tête et a rétabli son rival vaincu, Kemal Kiliçdaroglu.
Trois jours plus tard, la police antiémeute a fait irruption de force au siège du CHP à Ankara, tirant des gaz lacrymogènes et frappant des membres du parti avant de les expulser des lieux.
Samedi, Kemal Kiliçdaroglu s'est rendu au siège du parti à l'occasion du dernier jour de la fête de l'Aïd, et une photo diffusée par son équipe sur les réseaux sociaux le montre assis à son bureau, avec un exemplaire des statuts du parti placé bien en évidence devant lui.
« Je vous présenterai dès que possible une urne pour le congrès du parti », a-t-il déclaré, sans donner de date précise. « Nous organiserons un congrès du parti propre et totalement transparent », a-t-il ajouté.
À une dizaine de kilomètres de là, devant plusieurs milliers de partisans réunis à Ankara, M. Özel a affirmé que le parti « ne peut pas être dirigé par un responsable nommé » et appelé M. Kiliçdaroglu à se présenter à une nouvelle primaire interne.
Alors que la foule scandait « Kemal le traître ! », il a assuré qu'il quitterait la direction du parti s'il recueillait moins de 85% des voix.
« Une opportunité historique s’offre à nous. Le CHP peut sortir de ce chaos et de ces turbulences plus fort que jamais », a-t-il déclaré.
Özgür Özel, qui siège désormais au Parlement en tant que chef du groupe parlementaire du CHP, a qualifié la décision de justice de manœuvre du gouvernement destinée à faciliter la victoire du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) du président Recep Tayyip Erdogan lors des prochaines élections, prévues en 2028.
« L'AKP sait qu'il ne peut plus remporter d'élections démocratiques. Il sait que le peuple turc ne veut plus de lui », a-t-il dit, ajoutant que « la cible n'est pas le CHP, la véritable cible est la détermination du peuple à provoquer un changement de gouvernement ».

