Des navires ancrés dans le Strait of Hormuz, vue depuis Musandam, à Oman, le 25 mai 2026. Photo REUTERS
Le conflit au Moyen-Orient pousse les Etats à repenser leurs stratégies énergétiques en ouvrant de nouvelles voies d’approvisionnement et en se tournant vers leurs propres ressources pour répondre à la deuxième crise énergétique en cinq ans, affirme l’Agence internationale de l'énergie (AIE) jeudi.
« Nous traversons la plus grave crise de sécurité énergétique que le monde ait jamais connue, et je pense qu'elle va remodeler les stratégies d'investissement à l'échelle mondiale, à l'instar des bouleversements majeurs qu'a connus le secteur de l'énergie après les chocs pétroliers des années 1970 », a déclaré Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE.
« Nous constatons déjà une intensification des efforts déployés par les pays producteurs et consommateurs pour diversifier les routes commerciales et les sources d'énergie, notamment par la construction de nouveaux pipelines et autres infrastructures d'approvisionnement, et par un recours accru aux ressources nationales », a-t-il ajouté dans le rapport sur l'investissement énergétique mondial de l'agence de l’énergie de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
L’AIE estime que les investissements énergétiques mondiaux atteindront 3.400 milliards de dollars en 2026, en légère hausse par rapport à l'année précédente, dont environ 2.200 milliards consacrés aux réseaux électriques, au stockage, aux carburants à faibles émissions, au nucléaire, aux énergies renouvelables, à l'efficacité énergétique et à l'électrification.
A côté de cela, environ 1.200 milliards de dollars devraient être investis dans le pétrole, le gaz naturel et le charbon. Elle estime néanmoins que les investissements pétroliers devraient diminuer, pour la troisième année consécutive en 2026, et passer sous 500 milliards de dollars malgré la hausse des prix du brut.
Cela s’explique par l'incertitude quant à la durée de cette hausse des prix, les délais de réalisation des projets, les contraintes d'approvisionnement et le resserrement du marché des plateformes offshore, qui limitent les investissements à court terme en dehors du Moyen-Orient.
En revanche, les investissements dans le gaz naturel devraient atteindre 330 milliards de dollars, « leur plus haut niveau depuis dix ans, soutenus par une vague de nouveaux projets d'exportation de GNL, notamment aux États-Unis et au Qatar ». Parallèlement, les pays importateurs de pétrole se tournent vers les sources d'énergie « disponibles sur leur territoire », notamment les renouvelables, le nucléaire et le charbon.
L’AIE estime que les investissements dans les renouvelables devraient atteindre environ 665 milliards de dollars en 2026, dont 365 milliards pour le seul solaire. Ceux dans le nucléaire « poursuivent leur reprise » et dépasser les 80 milliards de dollars par an tandis que dans le charbon, ils devraient atteindre 180 milliards de dollars, « leur plus haut niveau depuis 2012 ».
La Chine représentera à elle seule près de 70% des dépenses mondiales d'approvisionnement en charbon et certains pays asiatiques « pourraient chercher à prolonger l'exploitation de leurs centrales à charbon existantes afin de renforcer leur sécurité énergétique ».
Enfin, les investissements dans l'approvisionnement et les infrastructures électriques devraient atteindre près de 1.600 milliards de dollars en 2026, dont environ 550 milliards pour les réseaux électriques tandis que ceux dans le stockage par batteries devraient dépasser les 100 milliards.

