Un enfant déplacé par la guerre, dans un mini-bus sur le front de mer de Beyrouth, le 2 avril 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Les conflits et la violence ont poussé l'année dernière davantage de personnes à fuir à l'intérieur de leur propre pays que les catastrophes, avec un record de 32 millions de déplacements, notamment en Iran et en République démocratique du Congo. Au total, 82,2 millions de déplacés ont été recensés en 2025 - le deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré, légèrement plus bas que le record de 2024 - selon le rapport annuel conjoint du Centre de surveillance des déplacements internes (IDMC) et du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), publié mardi.
« Les chiffres restent à des niveaux historiques », a déclaré à l'AFP Tracy Lucas, directrice de l'IDMC, qualifiant les nouvelles tendances en matière de déplacement de « signal d'alarme ».
Au cours de l'année écoulée, le rapport recense un total de 65,8 millions de nouveaux déplacements internes, incluant des personnes ayant dû fuir à plusieurs reprises. Les conflits et la violence ont été responsables de 32,3 millions de ces déplacements - soit une hausse de 60% par rapport à 2024 - tandis que 29,9 millions ont été provoqués par des tempêtes, des inondations et d'autres catastrophes. C'est la première fois que les conflits surpassent les catastrophes comme cause principale de déplacements internes.
« Nous n'avons jamais enregistré un nombre aussi vertigineux de déplacements liés à des conflits », a souligné Mme Lucas.
« Effondrement mondial »
Ces déplacements restent fortement concentrés. L'Iran et la République démocratique du Congo (RDC) ont à eux seuls représenté les deux tiers des nouveaux déplacements internes liés aux conflits (environ 10 millions chacun). Par ailleurs, près de la moitié des 68,6 millions de déplacés internes en raison de conflits, répartis dans 54 pays à la fin de 2025, se concentraient dans seulement cinq pays. Le Soudan, ravagé par une guerre civile, en comptait le plus grand nombre pour la troisième année consécutive (plus de 9 millions), suivi par la Colombie, la Syrie, le Yémen et l'Afghanistan.
« Le déplacement interne de dizaines de millions de personnes témoigne d'un effondrement mondial de la prévention des conflits et de la protection des civils », a déclaré Jan Egeland, directeur du NRC, dans un communiqué. Avec l'ajout de nouveaux conflits aux nombreuses crises déjà existantes, une hausse des déplacements liés à la violence est à prévoir. « D'innombrables familles rentrent dans des foyers détruits et se retrouvent face à des services inexistants », souligne M. Egeland, ajoutant que « de la RDC au Soudan en passant par l'Iran et le Liban, des millions de personnes supplémentaires sont déplacées, venant s'ajouter à des niveaux déjà records ».
Déplacements dus aux désastres
Le rapport fait également état d'une baisse de 35 % des déplacements liés aux désastres en tous genres par rapport aux « niveaux exceptionnellement élevés » de 2024, tout en précisant que les chiffres de l'année dernière restaient supérieurs de 13 % à la moyenne annuelle de la dernière décennie.
Avec l'intensification du changement climatique, des pays autrefois peu touchés connaissent désormais des déplacements massifs liés aux catastrophes, tandis que les zones déjà vulnérables restent fortement exposées. Les incendies de forêt, par exemple, sont devenus une cause croissante de déplacement à l'échelle mondiale, représentant à eux seuls près de 700.000 déplacements en 2025. Le rapport souligne la nécessité d'investir massivement dans l'adaptation au changement climatique.
Ces chiffres inquiétants surviennent alors que les organisations humanitaires font face à de fortes contraintes, notamment liées aux importantes réductions de l'aide internationale par les Etats-Unis - historiquement premier donateur mondial - et d'autres pays. Les personnes déplacées, déjà moins visibles que les réfugiés ayant franchi une frontière, sont particulièrement touchées par ces coupes budgétaires. Le rapport souligne également un net recul de la collecte de données. « La disponibilité des données a diminué dans 15 % des pays que nous surveillons », a indiqué Mme Lucas. « Des données fiables sur les déplacements sont essentielles pour comprendre où les besoins et les risques sont les plus élevés et pour garantir que les politiques et les ressources soient à la hauteur de l'ampleur du défi », a-t-elle averti.

