Le patriarche maronite, Béchara Raï, le 8 avril 2026 lors d'une tournée à Kawkaba, dans le caza de Marjeyoun au Liban-Sud. Photo d'archives Matthieu Karam/L'Orient-Le Jour
Quatre jours après l’épisode des caricatures du patriarche maronite Béchara Raï diffusées par des soutiens au Hezbollah et le tollé qu’il a provoqué, les soutiens locaux au prélat se sont encore succédé à Bkerké. Le chef des Kataëb, Samy Gemayel, des élus ayant quitté le Courant patriotique libre et l’avocat Élie Mahfoud se sont ainsi rendus au siège du patriarcat.
Ces visites interviennent dans un contexte de réaction politique et religieuse plus large face à des contenus en ligne récents et à des publications satiriques ayant dégénéré en tensions confessionnelles, suscitant la condamnation de hauts responsables libanais, dont le chef de l'État Joseph Aoun et le président du Parlement, Nabih Berry.
La polémique a éclaté après la diffusion sur les réseaux sociaux de contenus visant le patriarche Raï, comprenant des images modifiées et insultantes, notamment des montages remplaçant sa tête par une chaussure, un cochon ou des personnages du jeu « Angry Birds », ainsi qu’un montage le montrant aux côtés du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Crime contre le pays
Arrivé en fin de matinée à la tête d'une délégation, le député des Kataëb Samy Gemayel, qui avait été l’un des premiers à monter au créneau samedi pour soutenir Béchara Raï, a également réaffirmé son soutien au président Joseph Aoun « qui a le courage d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire du Liban, une page de stabilité, de prospérité et de paix », selon une retranscription de ses propos publiée sur son compte X.
Le chef de l’État a lancé une initiative visant à ouvrir des négociations directes entre Israël et le Liban afin de mettre fin à la guerre entre l’État hébreu et le Hezbollah. Cette initiative a fini par déboucher sur des réunions préparatoires directes entre ambassadeurs qui ont convenu d’un cessez-le-feu fragile, entré en vigueur le 17 avril et prolongé depuis. Une trêve qui n'est pas respectée par les deux parties. Mis sous pression par Washington et Tel-Aviv pour rencontrer le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, Joseph Aoun a affirmé lundi qu’un accord de sécurité avec Israël devait précéder une éventuelle rencontre, estimant que le moment d’une telle entrevue n’était actuellement « pas approprié ».
« Le président Joseph Aoun exprime notre position, et nous saluons le Premier ministre, Nawaf Salam (qui a répété lundi que le désarmement du Hezbollah était incontournable, Ndlr), ainsi que les ministres qui mènent la bataille pour restaurer la stabilité et la souveraineté. Ce chemin ne s’arrêtera pas, car tous les Libanais s’y rallient », a ajouté Samy Gemayel.
« Toutes les déclarations iraniennes confirment que le Hezbollah fait partie des Gardiens de la révolution. Par conséquent, la campagne qui cible les symboles du Liban est une campagne iranienne, et non libanaise. Mais aujourd’hui, il incombe aux membres de la communauté chiite de rejeter ce discours », a estimé M. Gemayel. « Combien, parmi les 1,2 million de chiites au Liban, sont représentés par cette campagne et ce discours ? Nous sommes certains qu’une grande partie de la communauté chiite rejette ce comportement aujourd’hui et nous attendons l’expression de ce refus, à commencer par le président (Nabih) Berry », a poursuivi le chef des Kataëb. Et d'ajouter : « Ce que l’Iran commet au Liban est un crime contre le pays, et ce crime doit être jugé par la justice internationale. Le recrutement de Libanais et l’entraînement du Liban dans des guerres et des destructions au service de l’Iran et de ses intérêts ont coûté la vie à près de 10 000 jeunes Libanais pour des causes qui n’ont aucun lien avec le Liban. »
Plus tôt dans la journée, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, avait lui aussi exprimé son soutien au chef de l'État.
Action en justice
Avant la visite du chef des Kataëb, une délégation composée d’Alain Aoun, Ibrahim Kanaan et Simon Abi Ramia, trois élus ayant quitté le CPL en 2024, s’est également entretenue avec le chef de l’Église maronite.
À l’issue de la rencontre, Ibrahim Kanaan a déclaré : « La solidarité avec le patriarche est une solidarité avec le Liban et toutes les composantes du peuple libanais, car il incarne l’histoire fondatrice du Liban et ses constantes nationales. » Il a ajouté que « la neutralité prônée par le patriarche est une neutralité vis-à-vis du mal et de la violence, et du fait de transformer le Liban en arène où se règlent des conflits liés au territoire et à la souveraineté ». « Qu’y a-t-il de mal à négocier pour notre pays et nos droits, qui sont défendus par le président de la République, le gouvernement et l’armée ? », s’est-il encore interrogé.
Parallèlement, le prélat a reçu une délégation du conseil politique du « Mouvement du changement », conduite par l’avocat Élie Mahfoud, accompagnée d’un groupe d’avocats maronites ayant déposé une plainte auprès du procureur général près la Cour de cassation concernant ce qu’ils ont qualifié d’insultes visant le patriarche. La délégation a également remis une copie complète du dossier judiciaire à Béchara Raï.
À l’issue de la réunion, Élie Mahfoud a déclaré que la campagne contre le patriarche s’inscrivait dans un contexte politique plus large. « Ce qui se passe au Liban n’est pas un chaos aléatoire, a-t-il affirmé, mais le résultat d’un plan clair. Certains veulent un État faible régi par la logique des armes plutôt que par la loi et les institutions.» Il a ajouté qu’« une milice appelée Hezbollah porte une responsabilité directe dans cette orientation », estimant que les attaques contre des figures religieuses et nationales reflètent « un projet contre l’État et non un partenaire au sein de celui-ci ».


