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Politique - Décryptage

Pourquoi, pour les diplomates arabes et internationaux, Nabih Berry est incontournable


Deux visites en l’intervalle de quelques heures de l’ambassadeur des États-Unis à Aïn el-Tiné, l’une annoncée, l’autre plus discrète, une ligne de contact directe ouverte entre le président de la Chambre et l’émissaire saoudien, des entretiens permanents avec Le Caire et même avec Téhéran, sans parler de la plupart des capitales impliquées dans le dossier libanais. Dans cette crise délicate, Nabih Berry est devenu un personnage plus que jamais central de la structure libanaise, notamment à la veille du lancement du processus de négociations directes entre le Liban et Israël.

Il est vrai que le président de la Chambre, en raison de son long parcours et de sa fonction à la tête du Parlement depuis près de 34 ans, s’est imposé depuis longtemps comme un acteur incontournable. Mais de l’avis de plusieurs observateurs, son rôle actuel revêt une plus grande importance. Pourquoi ce soudain souci de le consulter, voire même de l’impliquer dans toutes les décisions en cours, surtout au moment où sa relation avec le chef de l’État et le président du Conseil semble battre un peu de l’aile ? De nombreuses raisons sont évoquées en réponse à cette question. Elles montrent toutes qu’en définitive, au Liban, dans le système actuel, le mécanisme de prise de décision continue de reposer sur un consensus politique et confessionnel.

Ainsi, lorsque le président Joseph Aoun a pris la décision, il y a quelques mois, de proposer des négociations directes avec les Israéliens sous parrainage américain, son premier souci a été d’obtenir l’aval de la communauté chiite représentée par Nabih Berry. C’était pour lui essentiel surtout après le refus clair et net du Hezbollah de tout processus de ce genre. Mais M. Berry a rapidement exprimé son opposition aux négociations directes. M. Aoun a cru qu’il pouvait le faire changer d’avis, mais très vite, le sujet a été mis en veilleuse, car les Israéliens n’avaient pas répondu à la proposition. Aujourd'hui, la situation a changé : le Liban officiel est sommé de former une délégation pour négocier avec les Israéliens, et Joseph Aoun voudrait qu’une figure chiite en fasse partie. Il se heurte toutefois à l’opposition du Hezbollah, ce qui était prévisible, et à celle de Nabih Berry. La mission de cette délégation en devient ainsi plus compliquée. Sans parler des critiques sur la scène interne, qui revêtent un aspect confessionnel, dans un pays dont la structure repose essentiellement sur un équilibre fragile entre les communautés.

Sollicité de différentes façons, M. Berry a maintenu son opposition au processus de négociations directes, et le chef de l’État s’est retrouvé face à un dilemme : soit il passe outre l’opposition du président de la Chambre (et bien sûr celle du Hezbollah aussi) et poursuit le processus avec une délégation réduite et revêtant un aspect essentiellement technique, soit il cherche à gagner du temps. C’est dans ce contexte que l’idée est apparue d’organiser une rencontre entre Joseph Aoun et Benjamin Netanyahu à la Maison-Blanche, dans une tentative de contourner la position chiite, en se basant sur le fait que selon la Constitution, la prérogative de négocier avec des parties étrangères revient au président de la République. Mais là aussi, la décision est difficile à prendre et si elle n’est pas bien pesée, elle pourrait constituer une menace pour la stabilité interne. C’est là qu’une fois de plus, le rôle de Nabih Berry revient au premier plan.

Les Saoudiens ont ainsi multiplié les contacts avec Aïn el-Tiné, d’abord en invitant le député Ali Hassan Khalil à Riyad puis à travers les visites de l’émissaire saoudien l’émir Yazid ben Ferhane à Nabih Berry. On dit même que ce dernier pourrait être lui-même invité bientôt à Riyad. De son côté, l’ambassadeur des États-Unis Michel Issa, à peine rentré à Beyrouth après avoir participé à la seconde réunion préliminaire aux négociations à la Maison-Blanche, s’est rendu à deux reprises à Aïn el-Tiné, alors que les Égyptiens sont en contact permanent avec le président de la Chambre. En ce qui concerne les Saoudiens et les Égyptiens, une source diplomatique arabe précise qu’il s’agirait essentiellement de préserver la stabilité interne et d’éviter toute possibilité de discorde entre les chiites et les sunnites. C’est pourquoi, il est impératif, selon la source diplomatique précitée, de consolider l’accord de Taëf et le partage équitable des pouvoirs qu’il représente.

Selon la même source, Nabih Berry est la seule personnalité en mesure de mener un dialogue au nom du Hezbollah, tout en n’étant pas considérée comme provocatrice par la communauté internationale. Celle-ci considère en effet qu’il est important d’avoir un accès indirect et crédible au Hezbollah, et cela ne peut actuellement se faire que par le biais du président de la Chambre. La source diplomatique arabe va encore plus loin. Selon elle, il est devenu clair, à travers les derniers développements, notamment, les violations répétées de la trêve récemment annoncée, qu’en dépit de l’appui arabe et international dont ils bénéficient, le président de la République et le Premier ministre ne peuvent pas à eux seuls assurer l’application des décisions prises, s’ils n’ont pas un minimum de couverture chiite. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Liban est actuellement dans une impasse. Les émissaires arabes et étrangers se tournent donc vers Nabih Berry et conseillent à leurs interlocuteurs libanais d’en faire de même. Mais ce dernier a-t-il encore des lapins à sortir de son chapeau ?

Deux visites en l’intervalle de quelques heures de l’ambassadeur des États-Unis à Aïn el-Tiné, l’une annoncée, l’autre plus discrète, une ligne de contact directe ouverte entre le président de la Chambre et l’émissaire saoudien, des entretiens permanents avec Le Caire et même avec Téhéran, sans parler de la plupart des capitales impliquées dans le dossier libanais. Dans cette crise délicate, Nabih Berry est devenu un personnage plus que jamais central de la structure libanaise, notamment à la veille du lancement du processus de négociations directes entre le Liban et Israël.Il est vrai que le président de la Chambre, en raison de son long parcours et de sa fonction à la tête du Parlement depuis près de 34 ans, s’est imposé depuis longtemps comme un acteur incontournable. Mais de l’avis de plusieurs...
commentaires (10)

Ça fait des années qu’il négocie au nom de l’état donc il est devenu incontournable de par sa position privilégiée en tant que chef du parlement et aussi chef d’une communauté importante au sein de la fabrique confessionnelle du pays.

PT

19 h 27, le 27 avril 2026

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Commentaires (10)

  • Ça fait des années qu’il négocie au nom de l’état donc il est devenu incontournable de par sa position privilégiée en tant que chef du parlement et aussi chef d’une communauté importante au sein de la fabrique confessionnelle du pays.

    PT

    19 h 27, le 27 avril 2026

  • Les Maitres Chanteurs sont toujours apprecies des chercheurs d,occasions meme illusoires.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    13 h 07, le 27 avril 2026

  • La zone tampon établie sur le territoire libanais est une arnaque qui pousse ’une partie de Libanais à rejeter toute négociation, directe ou indirecte avec Israë. Comment le le président le Premier ministre, pressés de conclure un accord avec Israël, n’ont contesté l’implantation de cette zone au dépens de la petite superficie du pays?

    Hitti arlette

    12 h 30, le 27 avril 2026

  • ses qualificatifs d'artiste politique chevronne et bla bla bla ne sont point verifies sauf par les libanais . de fait combien de fois avait il affirme ceci ou cela.....promesses de solution qui s'etaient averees fausses ou deniees /denigrees par ses copains de la milice.

    L’acidulé

    09 h 59, le 27 avril 2026

  • non seulement on lui donne trop d'importanec a son role, mais on en donne de fausses explications. il est aussi choyé pas par ce qu'il est associe etroitement a la milice iranienne, president du parlement, chiite et chef de parti, c'est pas ca . LA RAISON LA SEULE IMPORTANTE EST QUE NULLE PARTIE ETRANGERE NE VEUT AVOIR DES CONTACTS DIRECTES AVEC CETTE MILICE.

    L’acidulé

    09 h 56, le 27 avril 2026

  • Très bonne question, berry doit bien mentir à tout le monde pour être autant chouchouté. Comme vous dites il faut un chiite pour que les négociations puissent aboutir calmement. Taëf avait réflété la réalité du terrain. A cause des guerres absurdes de michel aoun, notamment contre ses propres coreligionnaires, le camp chrétien avait perdu et a été bien obligé de se défaire de certains droits à Taëf. Aujourd’hui c’est bien le camp chiite qui a perdu ses guerres tout aussi absurdes, sinon plus. Il serait donc logique qu’il en paie le prix, malgré les efforts de l’immortel berry.

    NG

    06 h 28, le 27 avril 2026

  • Quand on réfléchit aux décades perdues par tous les libanais à cause de ce type… Et le résultat actuel, quel parachèvement! Littéralement, il personnifie le nivellement par le bas.

    Mago1

    04 h 50, le 27 avril 2026

  • Madame, Nul n’est irremplaçable

    Farandole

    04 h 13, le 27 avril 2026

  • ajoutons l'incoherence de la diplomatie libanais depuis belle lurette.

    M.J. Kojack

    00 h 54, le 27 avril 2026

  • une des erreurs fondamentales libanaises.

    M.J. Kojack

    00 h 50, le 27 avril 2026

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