Le logo du Département de la guerre, ministère américain de la Défense renommé par le président Donald Trump en 2025. Photo d'illustration Nathan Howard/Reuters
Des responsables américains ont informé certains de leurs homologues européens que des livraisons d’armes préalablement prévues risquaient d’être retardées, la guerre avec l’Iran continuant de les forcer à puiser dans les stocks d’armements, ont indiqué cinq sources proches du dossier. Ces retards soulignent à quel point la guerre contre l’Iran, qui a débuté par des frappes aériennes américano-israéliennes le 28 février, commence à peser sur les réserves américaines de certaines armes et munitions cruciales.
Les sources, qui se sont exprimées sous couvert d’anonymat en raison du caractère privé des échanges, ont précisé que plusieurs pays européens seraient concernés, y compris dans les région baltes et scandinaves. Une partie des armes concernées a été achetée par des pays européens dans le cadre du programme Foreign Military Sales (FMS), mais n’a pas encore été livrée, ont ajouté ces sources. Selon elles, les responsables américains ont prévenu leurs homologues européens ces derniers jours, dans le cadre de communications bilatérales, que ces livraisons seraient probablement retardées.
Vendredi, les ministères de la Défense d’Estonie et de Lituanie ont déclaré à Reuters que les États-Unis avaient informé leurs pays d’éventuels retards dans la livraison d’équipements militaires américains en raison de la guerre avec l’Iran. La Maison-Blanche et le Département d’État ont renvoyé les demandes de clarification vers le Pentagone. « L’armée américaine est la plus puissante au monde et nous veillerons à ce que les forces américaines, ainsi que celles de nos alliés et partenaires, disposent de ce dont elles ont besoin pour combattre et l’emporter », a indiqué un porte-parole du Pentagone. « Pour des raisons de sécurité opérationnelle, nous ne commenterons aucune demande spécifique d’allié ou de partenaire, ni les efforts en cours pour les soutenir. »
Une défense européenne à la peine ?
Des responsables européens ont déploré que ces retards les placent dans une situation délicate. Dans le cadre du programme FMS, les pays étrangers achètent des armes fabriquées aux États-Unis avec l’appui logistique et le consentement du gouvernement américain. Sous la présidence de Donald Trump, Washington a incité ses partenaires européens de l’Otan à se procurer davantage de matériels américains via le programme FMS, dans une volonté de transférer la responsabilité de la défense conventionnelle de l’Europe des États-Unis vers leurs partenaires européens. Mais ces livraisons sont souvent retardées, suscitant la frustration dans les capitales européennes, où certains responsables s’intéressent de plus en plus aux systèmes d’armes fabriqués en Europe.
Les responsables américains estiment que les armements sont nécessaires pour la guerre au Moyen-Orient et reprochent aux pays européens de ne pas aider les États-Unis et Israël à ouvrir le détroit d’Hormuz. Avant même la guerre avec l’Iran, les États-Unis avaient déjà puisé dans leurs stocks pour plusieurs milliards de dollars d’armes, incluant des systèmes d’artillerie, des munitions et des missiles antichars, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 et le début des opérations militaires d’Israël à Gaza fin 2023.
Depuis le début de la campagne contre l’Iran, Téhéran a tiré des centaines de missiles balistiques et de drones contre les pays du Golfe. La plupart ont été interceptés, notamment grâce aux missiles intercepteurs PAC-3 Patriot, sur lesquels, par exemple, l’Ukraine compte pour défendre ses infrastructures énergétiques et militaires contre les missiles balistiques russes.
Les sources ont exigé que les noms de certains pays concernés ne soient pas divulgués. Certains partagent une frontière avec la Russie, et, de ce fait, le rythme de leurs livraisons d’armes peut être considéré comme une information de défense sensible. Les retards portent sur divers types de munitions, dont certaines peuvent être utilisées à la fois à des fins offensives et défensives, ont indiqué les sources.
Cet article est une traduction d'une information de Reuters.

