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Crise chez Grasset : la timide réaction de la classe politique, entre condamnation et indifférence

Plus d'une centaine d'auteurs ont annoncé leur départ de la maison d'édition après le limogeage de son PDG.

Des livres aux éditions Grasset, en avril 2026. Photo d'illustration Jean-Christophe Verhaegan/AFP

Une gauche scandalisée, un Rassemblement national conciliant et un bloc central discret: si Emmanuel Macron a appelé vendredi à « défendre » le « pluralisme éditorial », la classe politique accueille la crise de l'édition française avec une certaine prudence, posant timidement la question de la régulation du secteur.

« En France, on reste attaché à tout ce qui fait notre force d'ailleurs, la liberté des auteurs, leur qualité, le rôle de l'éditeur », a déclaré le chef de l'Etat français à des journalistes en visitant le salon du livre à Paris. « C'est très important d'exprimer, de défendre ce pluralisme », a-t-il ajouté, assurant qu'il fallait « respecter » les « grandes maisons » d'édition. La réaction du président de la République était très attendue, alors que le monde de l'édition française est plongé dans une crise profonde provoquée par le départ du PDG de Grasset, Olivier Nora, imputé par de nombreux auteurs à Vincent Bolloré, l'homme d'affaires conservateur qui contrôle Hachette, N.1 français du secteur et maison-mère de Grasset. Quelque 170 écrivains ont annoncé ces dernières heures leur refus de publier de nouveaux livres dans cette maison d'édition en réponse à ce changement dans la direction.

Bolloré, « c'est son droit »

La condamnation a été immédiate dans l'ensemble de la gauche, déjà inquiète de longue date de la mainmise de Vincent Bolloré sur plusieurs entreprises du monde des médias et de la culture via les activités du groupe Lagardère, lui reprochant une « offensive idéologique » en amont de l'élection présidentielle de 2027. Olivier Faure (Parti socialiste), Raphaël Glucksmann (Place publique), Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) ou l'ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve sont tous rapidement montés au créneau pour s'indigner face à des « purges », dénonçant un « conglomérat totalitaire » ou encore une tentative de « lobotomiser l'édition ».

A l'inverse, les élus Rassemblement national ont défendu la liberté des actionnaires. « C'est celui qui paie l'orchestre qui choisit la musique », a lancé le vice-président du RN Sébastien Chenu sur franceinfo. « On s'émeut de pas grand chose ». Et si le parti lepéniste arrivait au pouvoir ? « Nous n'aurons aucune mesure sur le monde de l'édition », a répondu le député RN Laurent Jacobelli sur la même chaîne, car « chaque société peut choisir son dirigeant ». « On a un homme d'affaires qui prend des parts dans des entreprises culturelles. C'est son droit. Les auteurs iront chez l'éditeur de leur choix », a-t-il repris.

Quant aux responsables du bloc central, ils sont restés très discrets dans leurs réactions. Même parmi les voix les plus critiques, les condamnations ont rarement été accompagnées de réelles propositions. Si Marine Tondelier (Les Ecologistes) a appelé à « légiférer » contre la concentration dans les médias et la culture, la réflexion autour de la régulation du secteur reste assez timide.

Clause de conscience

La sénatrice socialiste Sylvie Robert, en pointe sur la filière du livre, a tout de même appelé à une « loi d'urgence » visant à reconnaître une « clause de conscience » aux auteurs, qui pourrait être activée « en cas de changement radical dans la ligne éditoriale ». Cette mesure, réclamée par les signataires de la lettre ouverte des frondeurs de Grasset, est également portée par le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public qui a auditionné Vincent Bolloré.

Le député a indiqué à l'AFP qu'il « travaillait sur une loi » qui permettrait « l'insertion obligatoire et automatique dans les contrats d'édition d'une clause dite 'intuitu personae' », ouvrant la voie à des ruptures de contrat des auteurs en cas de départ de leur éditeur. Interrogé sur cette proposition, Emmanuel Macron a appelé à y « réfléchir », sans toutefois trancher. C'est « une question qui va se poser », a-t-il insisté.

Au Parlement, La France insoumise avait mis dans le débat en 2022 un texte visant à conditionner le changement de contrôle de maisons d'éditions à l'approbation obligatoire du comité social et économique de l'entreprise. Initiative rejetée en commission à l'époque. À l'Assemblée nationale, la députée Sophie Taillé-Polian (Génération.s) porte aussi une mesure instaurant une « séparation économique » entre secteurs, qui rendrait impossible pour un dirigeant de contrôler simultanément des médias d'information et une entreprise d'édition, à partir d'un certain seuil. Mais le texte n'a toujours pas été débattu.

Une gauche scandalisée, un Rassemblement national conciliant et un bloc central discret: si Emmanuel Macron a appelé vendredi à « défendre » le « pluralisme éditorial », la classe politique accueille la crise de l'édition française avec une certaine prudence, posant timidement la question de la régulation du secteur. « En France, on reste attaché à tout ce qui fait notre force d'ailleurs, la liberté des auteurs, leur qualité, le rôle de l'éditeur », a déclaré le chef de l'Etat français à des journalistes en visitant le salon du livre à Paris. « C'est très important d'exprimer, de défendre ce pluralisme », a-t-il ajouté, assurant qu'il fallait « respecter » les « grandes maisons » d'édition. La réaction du président de la République était très attendue, alors que le...