Une femme soudanaise déplacée transporte des jerricans d’eau au camp de déplacés d’Abou al-Naga, dans l’État de Gedaref, à environ 420 km à l’est de la capitale Khartoum, le 6 février 2026. AFP
Au moins 11.000 personnes sont portées disparues depuis le début de la guerre au Soudan il y a trois ans, a annoncé mardi le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), insistant sur les « souffrances psychologiques profondes et durables » pour les familles. « Des milliers de familles restent sans nouvelles de leurs proches, dont elles ont été séparées lorsqu’elles ont fui les combats. Le nombre de dossiers de personnes disparues (...) a dépassé les 11.000 cas, avec une augmentation de plus de 40% rien que l’année dernière », a annoncé le CICR dans un communiqué reçu par l'AFP à Genève.
« Ces chiffres, qui ne représentent probablement qu'une fraction des chiffres réels, illustrent le coût humain des conflits prolongés comme celui-ci », a déclaré devant la presse James Reynolds, directeur régional adjoint du CICR, indiquant que le mouvement des lignes de front avait provoqué le déplacement de plus de 11 millions de personnes, parfois à plusieurs reprises. Parmi elles, quatre millions ont quitté le pays, a ajouté le CICR. Du fait de la destruction de multiples réseaux de communication, « d'innombrables familles ont perdu le contact avec leurs proches. L'incertitude quant à leur sort engendre des souffrances psychologiques profondes et durables », souligne le CICR.
L'organisation indique également avoir permis à des centaines de familles de reprendre le contact avec leurs proches, avec plus de 560.000 appels téléphoniques facilités en 2025 par le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge au Soudan, mais aussi en Égypte, au Soudan du Sud et au Tchad. Au total, 1.100 cas de disparitions ont pu être élucidés selon M. Reynolds. Déclenchée en avril 2023, la guerre entre l'armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) a fait des dizaines de milliers de morts et plongé plusieurs régions dans la faim et la famine.
D'après le Programme alimentaire mondial (PAM), plus de 19 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, alors que les combats s'intensifient au Kordofan (centre) et dans l'Etat du Nil Bleu (sud-est). Selon le CICR, dans les zones de conflit « entre 70 et 80% des infrastructures de santé sont non opérationnelles ou manquent cruellement de ressources ». « Les souffrances provoquées par la guerre ont atteint des niveaux de détresse sans précédent pour les civils, notamment en raison de son impact sur les infrastructures essentielles telles que les marchés, les hôpitaux, les installations de traitement de l’eau et les centrales de production d’énergie », indique Daniel O’Malley, responsable du CICR au Soudan, cité dans le communiqué. « À un moment ou à un autre, l’ensemble du pays a été touché par des attaques aveugles », poursuit-il, demandant aux belligérants et personnes « exerçant une influence directe de mettre fin aux hostilités ou de favoriser leur résolution ». « Le coût de l’inaction aujourd’hui sera insoutenable demain », a-t-il prévenu.

