Une femme passe devant un immeuble visé plus tôt par une frappe israélienne, à Téhéran, le 25 juin 2025. Photo d'archives Atta Kenare/AFP
Donald Trump a proposé un plan de paix à l'Iran et s'est montré optimiste sur les chances de parvenir à un accord, Téhéran indiquant de son côté qu'il laissera passer les navires non hostiles par le stratégique détroit d'Ormuz, au 26e jour de la guerre qui embrase le Moyen-Orient. Plusieurs médias, dont le New York Times et la chaîne de télévision israélienne Channel 12, avancent que l'administration Trump a fait passer un plan de paix en 15 points à l'Iran par l'entremise du Pakistan, qui entretient de bonnes relations avec les deux parties.
Selon trois sources non identifiées citées par Channel 12, les Etats-Unis proposent un cessez-le-feu d'un mois, le temps que les autorités iraniennes étudient leurs demandes.
La chaîne israélienne a fait part mardi de 14 des 15 demandes américaines :
- L’Iran doit démanteler ses capacités nucléaires militaires existantes.
- L’Iran doit s’engager à ne jamais chercher à se doter de l’arme nucléaire.
- Aucun enrichissement d’uranium ne doit avoir lieu sur le territoire iranien.
- L’Iran doit remettre, dans un délai à établir, son stock d’environ 450 kg d’uranium hautement enrichi à 60 % à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
- Les installations nucléaires de Natanz, Ispahan et Fordo doivent être mises hors d'état d'usage et détruites.
- L’AIEA doit bénéficier d’un accès total, d’une transparence complète et d’un contrôle intégral sur tout le territoire iranien.
- L’Iran doit abandonner son « paradigme » de recours à des alliés régionaux.
- L’Iran doit cesser de financer, diriger et armer ses alliés régionaux.
- Le détroit d’Ormuz doit rester ouvert et fonctionner comme un corridor maritime libre.
- Le programme balistique iranien doit être limité, tant en portée qu’en volume, selon des seuils à définir ultérieurement.
- Toute utilisation future de missiles devra être strictement limitée à la légitime défense.
- Levée complète des sanctions imposées par la communauté internationale.
- Aide américaine au développement du programme nucléaire civil iranien, notamment pour la production d’électricité à la centrale de Bouchehr.
- Suppression du mécanisme dit de « snapback », permettant le rétablissement automatique des sanctions en cas de non-respect des engagements par l’Iran.
Les trois derniers points sont les contreparties prévues pour l'Iran, tandis que le 15e, implicite selon certains observateurs, serait relatif à la surveillance du suivi et à la conformité de la mise en oeuvre par les parties des points de l'accord 15. Ces points couvrent l’ensemble des objectifs de guerre des États-Unis et d’Israël, rapporte la chaîne, citée par le Times of Israël.
Néanmoins, ajoute Channel 12, les autorités israéliennes craignent que Trump et son équipe ne cherchent à imposer rapidement « un accord-cadre, un accord de principe » avec l’Iran, plutôt que d’exiger la satisfaction de ces conditions comme préalable à la fin du conflit. « Le scénario d’un accord de principe rapide et ambigu prive de sommeil les dirigeants politiques et sécuritaires israéliens », rapporte la chaîne.
Six conditions iraniennes
De son côté, la République islamique d'Iran a posé six conditions pour mettre fin à la guerre, selon la même chaîne israélienne mercredi :
- un contrôle sur le détroit d’Ormuz et la perception de taxes.
- des garanties que la guerre ne reprendra pas.
- l’arrêt des frappes israéliennes contre le Hezbollah.
- la levée complète de toutes les sanctions contre l’Iran.
- le maintien de son programme de missiles balistiques sans négociation ni restrictions.
- des compensations pour les dommages de guerre.
L'Iran avait déclaré mardi que les « navires non hostiles » pouvaient « bénéficier d'un passage sûr par le détroit d'Ormuz en coordination avec les autorités compétentes », selon l'AFP. Près de 20% du trafic maritime mondial d'hydrocarbures transite par ce détroit stratégique, dont le blocage de fait par Téhéran ces dernières semaines a fait flamber les prix du pétrole. Donald Trump a évoqué mardi « un très gros cadeau » lié aux hydrocarbures, sans donner de précisions, qui pourrait justement être lié à cette réouverture partielle du détroit. En réaction à ces dernières annonces les cours du pétrole baissaient de près de 6% peu après l'ouverture à la Bourse de Tokyo. Le président américain a aussi réaffirmé que des négociations se tenaient « en ce moment » avec Téhéran.
En faisant état de pourparlers avec l'Iran, le président américain Donald Trump avait retardé « de cinq jours » sa menace de frapper le réseau électrique de l'Iran, rassurant provisoirement les marchés. Il s'était ensuite félicité que Washington et Téhéran aient trouvé des « points d'accord majeurs », dans le cadre de ces négociations tenues avec un « haut dirigeant » iranien.
Dans ce contexte, le Pakistan a remis une proposition américaine à l’Iran, a déclaré une source iranienne à Reuters, mais le lieu de tout éventuel entretien entre Téhéran et Washington pour mettre fin à la guerre n’a pas encore été décidé. La source, qui a demandé à rester anonyme en raison de la sensibilité du dossier, n’a pas révélé les détails de la proposition ni précisé s’il s’agissait du cadre de 15 points proposé par les États-Unis pour mettre fin à la guerre, rapporté par les médias. La source a également indiqué que la Turquie aidait à trouver des moyens de mettre fin à la guerre et que « soit la Turquie, soit le Pakistan sont envisagés comme lieu pour de tels pourparlers ».
De son côté, la Turquie a dit jouer « un rôle en transmettant des messages » entre l’Iran et les États-Unis pour encourager la désescalade et des négociations directes, a déclaré Harun Armagan, vice-président des affaires étrangères du parti au pouvoir du président Recep Tayyip Erdoğan, à Reuters. Il n’a pas donné de détails sur le contenu des messages, mais a précisé qu’ils étaient également transmis aux pays du Golfe, qui ont été entraînés dans la guerre régionale élargie déclenchée par les attaques américano-israéliennes contre l’Iran.
La Russie, alliée stratégique de l'Iran, a affirmé pour sa part n'avoir reçu « aucune information » concernant un supposé plan américain en 15 points et, par conséquent, Moscou « ne peut pas évaluer la fiabilité des informations médiatiques », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.



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