Le maire de New York, Zohran Mamdani, la mère de Dylan, Raiza Contreras, et la gouverneure de l'État de New York, Kathy Hochul, écoutent Dylan Contreras, un lycéen récemment libéré de détention fédérale, s'exprimer lors d'une conférence de presse à la Middle Collegiate Church de New York, le 19 mars 2026. Photo de Leonardo Munoz / AFP
Dans un restaurant de Pennsylvanie, l'un de ces Etats américains basculant d'un parti à l'autre au gré des scrutins, la guerre contre l'Iran suscite parfois colère et confusion, à quelques mois d'importantes élections de mi-mandat.
Jolene Lloyd, postière à la retraite, est attablée au comptoir du Violetwood Cafe, établissement servant des petits-déjeuners coincé entre concessionnaires et réparateurs automobiles à Levittown, banlieue populaire de Philadelphie. « Trump est en train de nous embourber dans une nouvelle situation façon Irak ou Vietnam », tranche cette femme de 65 ans devant son café, les yeux rivés sur les informations du matin.
Elle n'a jamais voté pour le milliardaire américain, mais a par le passé donné son vote à l'un ou l'autre des deux partis, républicain et démocrate. Cette année en revanche, lors des élections renouvelant en novembre la Chambre des représentants et une partie du Sénat, elle promet qu'elle ne soutiendra que les démocrates.
Ce scrutin est crucial pour la suite du mandat de Donald Trump, lancé dans une transformation en profondeur du pays avec le soutien d'un Congrès aujourd'hui majoritairement acquis à sa cause. Les électeurs indépendants (ni républicains, ni démocrates) s'opposent à 60% à une action militaire américaine contre l'Iran, contre 31% qui sont pour, selon un récent sondage de l'université Quinnipiac.
Assis à côté de Jolene Lloyd, Vince Lucisano, soudeur ayant voté pour Trump en 2024, affirme voir en l'Iran une menace pour les Etats-Unis. « Je suis d'accord avec (la guerre) tant qu'il n'y a pas de soldats au sol. Là, je commencerais à me sentir plus concerné et inquiet », dit-il.
« L'Amérique d'abord ? »
« On doit juste régler ça et remettre l'Iran à sa place. Si ça vire à la guerre totale ça devient un peu effrayant », ajoute cet homme de 42 ans, portant un sweat-shirt à capuche barré du slogan « Don't let the hard days win » (en substance : « Ne te laisse pas abattre »).
Lui assure qu'il votera républicain en novembre. Avant d'embrayer pourtant : « Le type qui s'est fait élire sur 'L'Amérique d'abord' déverse des milliards à l'étranger... On ne met pas l'Amérique en premier, là ! ».
Le même sondage de l'université Quinnipiac révèle que 71% des indépendants estiment que l'administration Trump n'a pas fourni d'explication claire sur les raisons de son intervention en Iran. Un manque qui, « combiné aux effets aggravants (de la guerre) sur le coût de la vie aux Etats-Unis, n'a fait qu'envenimer la position des républicains auprès des indépendants », estime Christopher Borick, directeur de l'Institut d'opinion publique du Muhlenberg College en Pennsylvanie.
Bobby Marozzi, employé du restaurant, juge pour sa part que Donald Trump a eu raison d'agir pour empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire. « Si Trump annonce qu'on doit faire des sacrifices pour avoir un avenir meilleur, j'adhère à 100% », déclare cet homme de 37 ans, même si pour cela les prix doivent augmenter à la pompe et dans les épiceries. « On a un dicton dans le métier du petit-déjeuner : on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs », plaisante l'employé, qui refuse de divulguer son historique de vote.
La retraitée Jolene Lloyd est elle bien moins accommodante. « Il faut qu'on arrête », dit-elle.

