Le président Joseph Aoun. Photo d'archives Ani
Le chef de l'État Joseph Aoun et plusieurs personnalités politiques et religieuses libanaises ont pris la parole vendredi pour présenter leurs voeux à l'occasion de la fête musulmane du Fitr alors que le pays est plongé à nouveau dans la guerre entre le Hezbollah et Israël depuis le 2 mars, dans le sillage du conflit plus large déclenché par l’État hébreu et les États-Unis contre l'Iran.
Dans un message adressé aux Libanais à l’occasion du Fitr qui marque la fin du mois de jeûne du ramadan, le président Aoun a présenté ses « vœux les plus chaleureux et sincères » et exprimé l'espoir que « cette fête soit au Liban et à son peuple source de bien, de sérénité et de stabilité ».
« Notre foi en la capacité des Libanais à tenir bon et leur attachement à leur unité nationale demeurent une source d’espoir et de confiance en un avenir meilleur. Faisons de cette occasion bénie une opportunité pour renouveler notre attachement aux valeurs de fraternité et de compassion, et renforcer l’esprit de solidarité qui a toujours distingué les Libanais dans les moments les plus sombres », a-t-il ajouté.
Joseph Aoun a également contacté le président du Koweït, l’émir Mishal Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah, pour lui présenter ses vœux et lui souhaiter « que Dieu le ramène au Koweït, ainsi qu’à sa direction et à son peuple, dans la prospérité, la félicité et les bénédictions ». En soirée, la présidence libanaise a rapporté que le chef de l'Etat a contacté son homologue émirati, le cheikh Mohammad ben Zayed al-Nahyane. « Au cours de l’appel, le président Aoun a condamné les attaques dont les Émirats arabes unis ont été victimes, affirmant la solidarité du peuple libanais avec le peuple émirati », a indiqué la présidence. Selon cette dernière, M. Aoun a aussi dénoncé « l’implication de certains groupes dans un plan de sabotage que les Émirats ont annoncé avoir déjoué aujourd’hui ». Cette déclaration intervient après l’annonce par les autorités émiraties du démantèlement d’un « réseau terroriste » financé et opéré par le Hezbollah et son parrain, l’Iran. Le Hezbollah a catégoriquement démenti toute implication et évoqué des accusations « fabriquées ».
Des religieux chiites déchaînés contre l'Occident
Le vice-président du Conseil supérieur chiite, Ali el-Khatib, réputé proche du Hezbollah, a regretté que « le pouvoir libanais exécute un ordre d’opérations américain, en renonçant jour après jour aux intérêts du Liban au profit de l’ennemi », estimant que les initiatives avancées par les autorités « ne sont en réalité que l’application d’injonctions américaines ». Il a par ailleurs réaffirmé que « la résistance sous toutes ses formes est un droit légitime pour tout peuple afin de libérer son territoire occupé ». « Face à l’agression et à l’occupation, la résistance sous toutes ses formes est un droit légitime pour tout peuple et constitue le choix stratégique pour faire face à l’ennemi », a-t-il estimé.
Même son de cloche du côté du mufti jaafarite Ahmad Kabalan, également proche du parti-milice pro-iranien, qui a dénoncé « un État fragile, un pouvoir vide et une capacité paralysée », mettant en garde contre « des prises de position bruyantes qui entraînent le pays vers une discorde sans précédent ». Selon lui, « l’heure est à la responsabilité nationale, aucune cause n’est supérieure aux intérêts du Liban et il n’existe pas d’ennemi plus grand qu’Israël et le pouvoir corrompu ». Il a également accusé les puissances occidentales de mener des politiques visant à « piller le Moyen-Orient ou à le détruire ».
Le cheikh Akl druze et le rôle central de l'État
À l’inverse, le cheikh Akl druze Sami Abi el-Mona a appelé à la solidarité nationale, affirmant qu’« il n’y a pas de salut face à l’épreuve sans solidarité nationale et sans restaurer la confiance ébranlée ». Il a insisté sur le rôle central de l’État, estimant que « la victoire pour la patrie ne passe pas par le contournement de sa volonté », mais par « le soutien à l’armée et aux institutions ». Le dignitaire a ajouté être aux côtés de « l’État qui a entamé des premières étapes dans plusieurs domaines pour corriger une trajectoire qui aurait conduit à l'effondrement total si elle s'était poursuivie ».
Le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, a de son côté accusé le Hezbollah d’avoir « transformé le mois du ramadan (...) en mois de déplacement et de souffrance, imposant aux Libanais une réalité difficile en contradiction avec les valeurs de ce mois sacré » après les tirs de roquettes du 2 mars. Il a exprimé l’espoir que « ce soit la dernière fois que nous soyons contraints de célébrer nos fêtes au milieu des guerres, du chaos et de la destruction », tout en estimant que cette fête doit marquer « le début effectif de l’édification d’un État qui détient le monopole des armes ».
Autre voix chrétienne, le chef du parti des Kataëb Samy Gemayel a appelé à « faire de cette fête une étape pour s’accrocher à la vie et sauver notre pays avant qu’il ne soit trop tard ». Pour cette occasion, « nous prions pour le Liban blessé et pour les milliers de familles qui paient le prix de guerres dans lesquelles elles n’ont ni décision ni intérêt », a-t-il déclaré, affirmant que « la solidarité aujourd’hui ne se mesure pas aux paroles, mais à une position claire : assez de faire du Liban un terrain pour les conflits des autres ». Il a plaidé pour « une seule autorité, un seul État et une seule arme » afin de « protéger l’avenir du pays ».


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