Des Palestiniens portant le corps d'Amir Mutasem Odeh, un homme de 28 ans tué lors d'une attaque menée par des colons israéliens, dans le village de Qusra, au sud de Naplouse, en Cisjordanie occupée, le 15 mars 2026. Photo Zain Jaafar / AFP
L'ONU a appelé mardi Israël à cesser immédiatement l'expansion des colonies en Cisjordanie occupée, qui a entraîné le déplacement forcé de plus de 36 000 Palestiniens en un an, soulevant des inquiétudes quant à un risque de nettoyage ethnique.
Selon un nouveau rapport du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme, couvrant la période allant de novembre 2024 à la fin octobre 2025, « le déplacement de plus de 36 000 Palestiniens en Cisjordanie occupée constitue une expulsion massive de Palestiniens d'une ampleur inédite ».
« Risque de nettoyage ethnique »
Le Haut-Commissariat souligne que « les déplacements en Cisjordanie occupée, qui coïncident avec le déplacement massif de Palestiniens à Gaza (...), semblent indiquer une politique israélienne concertée de transfert forcé massif » sur l'ensemble des territoires occupés, « qui soulève des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique ».
Le 19 février, le Haut-Commissariat avait déjà dit craindre un nettoyage ethnique dans les territoires palestiniens occupés, y compris dans la bande de Gaza, en pointant du doigt une série d'actions israéliennes dont « l'intensification des attaques, la destruction méthodique de quartiers entiers, le refus d'apporter une aide humanitaire et les transferts forcés ».
Le rapport fait état, sur la période concernée, de « l'avancement ou de l'approbation, par les autorités israéliennes, de 36 973 unités de logement dans les colonies de Jérusalem-Est occupée et d'environ 27 200 dans le reste de la Cisjordanie ».
« Depuis la fin de la période couverte par ce rapport, les efforts concertés du gouvernement israélien pour s'emparer du plus grand nombre possible de terres palestiniennes, avec le moins de Palestiniens possible qui y vivent, s'intensifient sans relâche », a déclaré mardi Ajith Sunghay, qui dirige le bureau du Haut-Commissariat dans les territoires palestiniens.
« À cette fin, des Palestiniens sont chassés de leurs foyers et de leurs terres chaque jour, afin de permettre l'expansion des colonies illégales », a-t-il dit aux journalistes à Genève.
Plus de 500 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie - hors Jérusalem-Est - parmi environ trois millions de Palestiniens, dans des colonies que les Nations unies considèrent comme illégales au regard du droit international.
1 732 agressions de colons
Les violences dans ce territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967 ont flambé depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël dans la bande de Gaza à la suite de l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), plus de 1 100 Palestiniens ont été tués par des soldats ou des colons israéliens depuis cette date.
Dans son rapport, le Haut-Commissariat recense 1 732 incidents de violence commis par des colons ayant entraîné des victimes ou des dégâts matériels, contre 1 400 lors de la période précédente (novembre 2023 à fin octobre 2024). « La violence des colons s'est poursuivie de manière coordonnée, stratégique et largement impunie, les autorités israéliennes jouant un rôle central », souligne le rapport.
Selon M. Sunghay, sept Palestiniens ont été tués par des colons israéliens en Cisjordanie en 2026, « un chiffre en forte hausse par rapport aux huit Palestiniens tués par des colons durant toute l'année 2025 ».
Et depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février, « la situation s'est aggravée », a-t-il affirmé, indiquant que « les forces de sécurité israéliennes continuent de tuer des Palestiniens en toute impunité, comme en témoigne le meurtre d'un jeune homme de 17 ans ce matin ».
Le « transfert illégal » de Palestiniens « constitue un crime de guerre », pointe de son côté le Haut-Commissariat. Et « dans certaines circonstances », de tels actes peuvent même « s'apparenter à un crime contre l'humanité ».
Dans un communiqué, Volker Türk a également appelé Israël « à cesser immédiatement et complètement la création et l'expansion des colonies, à évacuer tous les colons et à mettre fin à l'occupation » des territoires palestiniens. Il demande aussi à Tel-Aviv « de permettre le retour des Palestiniens déplacés et de mettre fin à toutes les pratiques de confiscation de terres, d'expulsions forcées et de démolitions de maisons ».
Le rapport souligne aussi le risque accru de déplacement auquel sont exposés des milliers de Palestiniens appartenant à des communautés bédouines situées au nord-est de Jérusalem-Est en raison de l'avancement des projets de colonisation sur place.




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