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Culture - Musique Classique

Brahms et Beethoven au Bustan : une parenthèse musicale avant la tempête

Les sœurs Choi et l’Orchestre des Jeunes de Yerevan ont interprété Brahms et Beethoven, quelques heures avant que la guerre ne frappe la région.

Brahms et Beethoven au Bustan : une parenthèse musicale avant la tempête

Hayoung Choi au violoncelle et SongHa Choi au violon, unies dans un dialogue intense et complice au Festival al-Bustan. Photo Nabil Ismaïl

Vendredi soir, dans l’écrin du Festival al-Bustan, on se pressait encore, souriant, dans le hall illuminé, comme si le monde tenait à distance ses secousses. Personne n’imaginait que quelques heures plus tard, la tempête balaierait la région, transformant ce concert en ultime havre de douceur avant l’orage.

Au programme, le Concerto pour violon, violoncelle et orchestre de Brahms, interprété par Hayoung Choi au violoncelle et SongHa Choi au violon, accompagnées par l’Orchestre des Jeunes de Yerevan sous la direction de Sergey Smbatyan. La soirée s’est poursuivie avec la Cinquième Symphonie de Beethoven, donnée par le même orchestre.

Le Concerto pour violon, violoncelle et orchestre, du point de vue symphonique, est l’une des œuvres les plus importantes de Brahms.

Il date de sa période à Thun, en Suisse. Brahms y passa les étés 1886, 1887 et 1888. Les villas, les gais vignobles, les collines boisées, les glaciers au loin, les eaux bleues du lac, les bateaux, les sommets de l’Oberland bernois : tel fut le cadre où vécut Brahms ces trois étés-là. Ce n’est pas le lieu ici de faire l’historique de la musique. Les concertos à plusieurs instruments – les Concerti grossi de Haendel, les concertos de Bach pour deux violons ou pour quatre pianos d’après Vivaldi, la Symphonie concertante pour violon et alto de Mozart ou son Concerto pour flûte et harpe, certaines œuvres de Spohr et le Triple Concerto pour piano, violon et violoncelle de Beethoven — auraient été des précédents. Mais le pianiste Brahms, dans l’union du violon et du violoncelle, a peut-être pressenti un élargissement des possibilités des deux mains du piano. Dans les premiers accords du concerto, avec tout de suite l’entrée du violoncelle, on comprend que c’est lui qui va mener le jeu.

Sergey Smbatyan dirige l’Orchestre des Jeunes de Yerevan avec une gestuelle ample et précise. Photo Nabil Ismaïl
Sergey Smbatyan dirige l’Orchestre des Jeunes de Yerevan avec une gestuelle ample et précise. Photo Nabil Ismaïl


Le violon fait son entrée avec un classicisme serein et olympien et s’affirme avec une beauté intacte. Mais c’est Hayoung Choi, la violoncelliste, qui imprime à l’œuvre de Brahms sa personnalité généreuse, vibrante et véhémente. À l’issue du « tutti » initial, elle prend possession de l’espace sonore avec une autorité souveraine et, dès lors, son emprise ne nous lâche plus.

Jamais son singulier magnétisme ne s’est affirmé avec plus de force qu’ici, où elle doit partager la vedette avec sa sœur, SongHa Choi. Cette interprétation passionnée et passionnante perdra peut-être certains auditeurs habitués à une conception plus mesurée et plus classique, qui seront gênés par la liberté impulsive des phrasés et des accents, ainsi que par la rudesse de certaines attaques. Cependant, le bref Andante n’a jamais été déployé avec plus de sereine poésie, avec ses charmes de vieille ballade, tandis que le finale resplendit de tout éclat folklorique, et pas seulement hongrois, car sa verve populaire se trouve ici élevée au-dessus de tout nationalisme, appuyant même sur un côté presque jazzy.

L’Orchestre des Jeunes de Yerevan, effectivement très, très jeune, s’affirme ici, sous la direction de son chef Sergey Smbatyan, comme un ensemble prometteur. En guise de bis, les deux sœurs ont offert la Passacaille de Haendel dans la transcription de Halvorsen.

Que dire encore de la fameuse Symphonie du destin ? Trop aimée, il est évidemment très difficile d’innover avec la Cinquième et même d’attirer suffisamment l’attention pour qu’on s’y intéresse… La Cinquième de M. Smbatyan se défend bien. Difficile de juger, surtout quand on a encore dans l’oreille des versions légendaires comme celles de Furtwängler, Böhm ou Karajan.

Dans la Cinquième, on attend impatiemment le célèbre « pom-pom-pom-pooom ». Que va-t-il en faire ? Et le voici, tel qu’en lui-même, éclatant, droit, dur et clair.

Vue générale de la scène au Festival al-Bustan : les sœurs Choi en solistes face à l’Orchestre des Jeunes de Yerevan, sous la direction de Sergey Smbatyan. Photo Nabil Ismaïl
Vue générale de la scène au Festival al-Bustan : les sœurs Choi en solistes face à l’Orchestre des Jeunes de Yerevan, sous la direction de Sergey Smbatyan. Photo Nabil Ismaïl


Il naît solide et élancé. La conception du chef est essentiellement dynamique. Premier mouvement éclatant. L’Andante est tout à fait majestueux et méditatif. Le trio du Scherzo, sous sa baguette, plonge splendidement au cœur d’un univers mystérieux. Et au terme de cette progression, Sergey Smbatyan sait ménager la surprenante transition qui libère les forces vives du final.

Et il l’a fait. Il a aussi ménagé la surprenante reprise du dernier mouvement, tout en étant attentif à la sonorité de son orchestre, veillant avec un soin particulier sur les bois et sur leur équilibre avec les cordes. Ses musiciens le suivaient au doigt et à l’œil dans la progression des nuances, du pianissimo au fortissimo. Un bis est venu conclure le concert avec la Valse extraite de Mascarade de Khatchaturian.

Malgré quelques imperfections sonores, on a admiré l’enthousiasme de ces jeunes musiciens.

Le lendemain matin, l’Orchestre des Jeunes de Yerevan a interprété la Cinquième Symphonie de Beethoven sur la corniche de Aïn Mreissé, entouré d’une foule de promeneurs, sous un ciel d’un bleu presque irréel.

Les premiers bombardements en Iran venaient d’avoir lieu samedi matin : sur la corniche de Aïn el-Mreissé, l’Orchestre des Jeunes de Yerevan jouait la « Cinquième » de Beethoven sous un ciel bleu irréel, comme une parenthèse musicale au cœur de la tourmente. Photo al-Bustan Festival
Les premiers bombardements en Iran venaient d’avoir lieu samedi matin : sur la corniche de Aïn el-Mreissé, l’Orchestre des Jeunes de Yerevan jouait la « Cinquième » de Beethoven sous un ciel bleu irréel, comme une parenthèse musicale au cœur de la tourmente. Photo al-Bustan Festival


Les premiers bombardements en Iran venaient d’avoir lieu – une vaste offensive menée par les forces américaines et israéliennes contre des sites militaires et des infrastructures à travers le pays – et, tandis que beaucoup retenaient leur souffle devant l’ampleur des événements, certains ont comparé cette parenthèse musicale à l’orchestre du Titanic, qui continuait à jouer alors même que le paquebot sombrait.

Vendredi soir, dans l’écrin du Festival al-Bustan, on se pressait encore, souriant, dans le hall illuminé, comme si le monde tenait à distance ses secousses. Personne n’imaginait que quelques heures plus tard, la tempête balaierait la région, transformant ce concert en ultime havre de douceur avant l’orage.Au programme, le Concerto pour violon, violoncelle et orchestre de Brahms, interprété par Hayoung Choi au violoncelle et SongHa Choi au violon, accompagnées par l’Orchestre des Jeunes de Yerevan sous la direction de Sergey Smbatyan. La soirée s’est poursuivie avec la Cinquième Symphonie de Beethoven, donnée par le même orchestre.Le Concerto pour violon, violoncelle et orchestre, du point de vue symphonique, est l’une des œuvres les plus importantes de Brahms.Il date de sa période à Thun, en Suisse. Brahms y...
commentaires (1)

Pas difficile de juger du tout! Quand l’émotion y est, c’est gagné. C’était une excellente interprétation bien plus inspirante que celle de beaucoup des grands Chefs d’Orchestre, bien plus émouvante en tous cas que celle de Karayan, proche plutôt de celle de Carlos Kleiber.

Joumana Jamhouri

20 h 05, le 03 mars 2026

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Commentaires (1)

  • Pas difficile de juger du tout! Quand l’émotion y est, c’est gagné. C’était une excellente interprétation bien plus inspirante que celle de beaucoup des grands Chefs d’Orchestre, bien plus émouvante en tous cas que celle de Karayan, proche plutôt de celle de Carlos Kleiber.

    Joumana Jamhouri

    20 h 05, le 03 mars 2026

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