A Ankara le 2 novembre 2023, des militants protestent contre l'arrestation du journaliste Tolga Sardan. Photo archives Adem ALTAN/AFP
Des associations de journalistes et élus ont appelé vendredi à la libération immédiate d'un journaliste turc de la radio-télévision publique allemande Deutsche Welle (DW) arrêté et incarcéré pour « insultes répétées au président ». Alican Uludag, interpellé jeudi à Ankara, a été conduit dans la foulée à Istanbul où il a été placé en détention provisoire vendredi à l'issue d'un interrogatoire, selon l'ONG turque de défense des droits humains MLSA. Contacté, l'avocat de M. Uludag n'avait pas répondu dans l'immédiat.
Selon la Deutsche Welle, jointe jeudi soir par l'AFP, les poursuites portent notamment sur « un message publié sur X il y a environ un an et demi » dans lequel Alican Uludag « critique des mesures prises par le gouvernement turc qui auraient conduit à la libération de possibles terroristes de l'EI » et accuse les autorités de « corruption ». M. Uludag a également été interrogé au cours de sa garde à vue sur une vingtaine d'autres de ses publications sur les réseaux sociaux, selon MLSA.
« Le journaliste Alican Uludag (...) est la dernière victime en date de la récente vague de criminalisation de notre profession », ont déploré dans un communiqué commun vendredi 12 syndicats et associations de journalistes turcs. « L'information est désormais considérée comme de la désinformation, c'est-à-dire un délit, et les opinions personnelles sont assimilées à de la diffamation », ajoutent-ils en exigeant la libération immédiate de M. Uludag, journaliste pour le service en turc de la Deutsche Welle.
« Alican Uludag, journaliste renommé travaillant pour @dw_turkce, a été arrêté hier à son domicile par 30 policiers (...) Voilà la réalité des normes démocratiques en #Türkiye », a écrit sur X le rapporteur sur la Turquie au Parlement européen, Nacho Sanchez Amor. Özgür Özel, patron du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale force de l'opposition turque, a dénoncé un « acte de tyrannie », appelant lui aussi à la libération du journaliste.
« Les autorités turcs n'ont jamais été aussi audacieuses dans leur répression du droit à l'information », a déclaré à l'AFP Erol Önderoglu, représentant en Turquie de Reporters sans frontières (RSF). RSF place la Turquie à la 159e place sur 180 de son classement de la liberté de la presse, entre le Pakistan et le Venezuela.

