Le ministre de l'Intérieur, Ahmad Hajjar, s'exprime lors d'une conférence de presse, jeudi 19 février 2026. Photo transmise par le ministère de l'Intérieur
Le ministre libanais de l'Intérieur, Ahmad Hajjar, a annoncé jeudi le lancement d'un « plan stratégique pour la période 2025-2028 », et a rappelé sa volonté de tenir les élections législatives « dans les délais prévus », soit en mai prochain, à l'heure où le scrutin est menacé de report, sur fond d'imbroglio autour des modalités de vote des expatriés.
« À travers ce plan, nous lançons une trajectoire de travail claire pour l’ensemble des directions et administrations relevant du ministère », a expliqué lors d'une conférence de presse M. Hajjar qui fait partie de la quote-part du Premier ministre Nawaf Salam. « Le travail d’élaboration du plan stratégique a débuté dès notre prise de fonction, puis le mécanisme de mise en œuvre de certains projets qu’il englobe a été lancé », a-t-il poursuivi.
Dargham Torbey, sous-officier au sein de l'équipe du ministère, a ensuite explicité les piliers du plan : « la sécurité et la stabilité, l’état civil, les municipalités et la gouvernance locale, les associations et les partis politiques, la circulation et la sécurité routière, les déplacés et les réfugiés, la démocratie et les élections, les points de passage et les frontières, la gestion des urgences et des crises, les prisons et centres de détention, ainsi que la lutte contre les stupéfiants ».
M. Hajjar a par ailleurs affirmé à nouveau sa volonté de tenir les élections législatives dans les délais. « Nous œuvrons sans relâche à la tenue des élections législatives dans les délais prévus, en garantissant le respect de la loi selon les normes les plus élevées de transparence et d’ouverture au public, afin de préserver son droit légal à l’accès à l’information, droit que le ministère s’est engagé, dès le premier jour, à mettre à la disposition de tous, sans ajout ni omission », a-t-il dit.
Lundi, à trois semaines du terme des dépôts des candidatures, le ministre avait déclaré que « le train des élections a démarré conformément à la législation en vigueur et rien ne peut l’arrêter si ce n’est une décision du Parlement. »
En l'état pourtant, la question du vote des expatriés constitue un nœud qui n'a pas encore été défait : la loi électorale en vigueur, datant de 2017, et prévoyant que la diaspora vote pour six députés de l'étranger, est lacunaire sur ce point, et ne peut être appliquée sans un décret du gouvernement ou une loi du Parlement pour la clarifier. Mais l'Exécutif et le Législatif se renvoient la responsabilité. En outre, le gouvernement Salam, et le camp porté sur cette question par les Forces libanaises au Parlement, souhaiteraient que la diaspora vote pour les 128 députés, comme lors des deux dernières élections, en 2018 et 2022, mais cela nécessite une loi au Parlement pour suspendre l'article problématique de la loi de 2017. Le chef du Parlement Nabih Berry refuse que cette question soit discutée dans la Chambre.
Sur cette polémique, le député Neemat Frem (indépendant, Kesrouan) a adressé jeudi une série de questions au gouvernement, demandant notamment s'il était possible de suivre la loi électorale actuelle, avec l'ajout de la 16e circonscription, en l'absence « de textes d'applications » sur l'organisation de cette modalité. Il a encore estimé que, même si la commission de législation et de consultation du ministère de la Justice a rendu un avis (non-contraignant) selon lequel les expatriés libanais peuvent voter depuis l'étranger pour élire les 128 députés et pas uniquement pour six sièges dédiés, cela contredit le texte appelant les expatriés à s'inscrire s'ils souhaitent voter depuis leur pays de résidence. « Toute modification de la loi électorale ou du mode de vote devrait entraîner la réouverture des inscriptions (pour la diaspora, ndlr) et, par conséquent, une modification des délais » pour le scrutin, a-t-il mis en garde. M. Frem a enfin interrogé le cabinet sur l'absence de propositions faites par la commission conjointe entre les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères chargée d’appliquer les dispositions relatives au vote des expatriés, et a pris à partie le gouvernement sur l'absence de décret d'application pour l'article 84 de la loi électorale relatif à l'utilisation de la carte d'électeur magnétique.


« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin