Des manifestants rassemblés à Kermanshah, dans l’ouest de l’Iran, le 8 janvier 2026. Photo d'illustration KAMRAN/AFP
« On pourrait faire fonctionner internet », « (Elon Musk) est très bon pour ce genre de choses. Je vais l’appeler », disait Donald Trump à des journalistes le 11 janvier, quelques jours après la coupure du web ordonnée par le régime iranien face aux manifestations massives, amorcées le 28 décembre 2025 dans plusieurs villes du pays, contre la crise économique et le régime des mollahs. Le lendemain, le président américain avait donné de l’espoir aux contestataires en promettant que « l’aide était en route », mais Téhéran a finalement maté le mouvement en réprimant dans le sang, le chiffre variant entre 3 000 décès, selon les déclarations officielles, et jusqu’à 30 000 morts selon certaines estimations non vérifiées.
Un flou entretenu par le black-out, qui se poursuit partiellement à ce jour. Le Wall Street Journal a révélé que, face à cette coupure, l’administration Trump a décidé de livrer quelque 6 000 terminaux Starlink, entreprise fondée par le milliardaire Elon Musk, en Iran. L’administration américaine s’est servie de fonds jusqu'alors dédiés à d’autres initiatives permettant une plus grande liberté sur internet en Iran, notamment par un accès facilité et économique à des VPN – un outil qui permet de cacher sa présence en ligne en simulant d’être basé ailleurs – de fabrication américaine. Une opération qui a permis à de nombreux « activistes antirégime de contourner les coupures d’internet en Iran », selon plusieurs officiels anonymes américains, sans confirmer que la décision de livrer ces terminaux était directement celle du président.
Une technologie passible de peine de mort
C’est la « première fois que les États-Unis ont directement envoyé Starlink en Iran », précise le journal, soulignant ainsi que « l'administration Trump a fait davantage pour soutenir les efforts antirégime que ce qui était connu jusqu’à présent ». L’import de Starlink en Iran, particulièrement risqué, a longtemps inquiété l’administration américaine, pour les « officiels américains livrant les terminaux comme pour les Iraniens les recevant », rapporte le WSJ.
Si les détails entourant la livraison américaine ne sont pas connus, ce n’est pas la première fois que des terminaux Starlink ont été introduits secrètement en Iran, où la technologie est illégale et passible d’une peine de prison, voire de mort dans les cas de suspicion d’espionnage. Un article du Financial Times paru le 14 janvier 2026 évoque un large marché noir de cette technologie permettant notamment aux citoyens d'entrer en contact avec leurs familles à l’étranger. Des ingénieurs et militants exilés expliquent avoir organisé la contrebande de nombre de ces terminaux, en passant par la frontière avec le Kurdistan irakien et l’Arménie, pour soutenir les militants des droits humains et les journalistes.
50 000 utilisateurs de Starlink au début de l'année
Car la technologie américaine ne peut pas être soumise aux restrictions du régime, habitué aux coupures d’internet. En novembre 2019 par exemple, le pouvoir avait eu recours au black-out pendant presque une semaine, lors de protestations contre la hausse du prix de l'essence. Des ralentissements et des coupures partielles du réseau avaient également été détectées entre septembre et novembre 2022, pendant les manifestations « Femme, Vie, Liberté » qui avaient suivi la mort de Mahsa Amini, ou encore durant la guerre contre Israël en juin dernier. Or Starlink est connecté à un satellite en orbite terrestre basse (OTB), qui ne requiert « qu’une vue dégagée du ciel », explique le site de l’entreprise, ce qui rend la technologie particulièrement intéressante pendant les périodes de black-out.
Aujourd’hui, le WSJ rapporte que les autorités iraniennes fouillent spécifiquement les maisons et les toits de ceux qu’ils suspectent d’utiliser Starlink, alors qu’un boîtier doit être placé en extérieur, le plus haut possible pour capter les signaux satellite. Et son efficacité est de plus en plus menacée par les technologies militaires qui, comme c’est aussi le cas pour l’armée russe en Ukraine, arrivent parfois à brouiller les ondes satellite dont sont dépendantes, en l'occurrence, les familles iraniennes et les forces ukrainiennes.
Face à ce risque, une majorité d’Iraniens se contentent de VPN, très répandus dans le pays. Alors que le nombre d’utilisateurs de Starlink était estimé à environ 50 000 au début de l’année, sur une population de 90 millions, plus de 80 % se serviraient d’un VPN, selon l’Association iranienne du commerce électronique. « 20 % d'Iraniens ont pu obtenir un accès limité à internet grâce aux services VPN financés par les États-Unis pendant la guerre de 12 jours en juin 2025 », précise notamment le WSJ en citant les chiffres du département d’État américain. Si un VPN ne permet pas de contourner les coupures d’internet, il protège néanmoins d’une géolocalisation trop aisée des utilisateurs.




Le principe du VPN est de cacher votre vraie adresse IP et votre localisation approximative, en utilisant OpenVPN TCP (ou OpenVPN UDP) quasiment indétectable
21 h 09, le 14 février 2026