Une femme soudanaise travaillant dans une cuisine communautaire gérée par des bénévoles locaux distribue des repas à des personnes touchées par le conflit et souffrant de famine extrême, qui ne peuvent bénéficier de l'aide internationale, à Omdurman, au Soudan, le 22 août 2024. Photo REUTERS/Mazin Alrasheed
Des experts mandatés par l'ONU ont prévenu jeudi que la famine menace de s'étendre à deux nouvelles régions dans l'ouest du Soudan, après la chute d'El-Facher, capitale du Darfour-Nord, qui a poussé des populations affamées vers des zones voisines déjà fragilisées. Depuis avril 2023, la guerre entre l'armée régulière et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) a plongé plus de 21 millions de personnes dans l'insécurité alimentaire à travers le Soudan.
« Les seuils pour la malnutrition aiguë ont été dépassés » dans les localités d'Oum Barou et Kernoi, près de la frontière tchadienne, ont indiqué les experts du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un organisme mandaté par l'ONU et basé à Rome. À Oum Barou, 18,1% des enfants de 6 mois à 5 ans souffrent de malnutrition aiguë sévère. À Kernoi, ce taux atteint 7,8%.
Cette progression s'explique selon les experts par un « afflux massif » de civils après la prise d'El-Facher, dernier bastion de l'armée au Darfour, par les FSR fin octobre.
Pression sur les ressources
Plus de 127.000 personnes ont depuis fui la ville, assiégée pendant plus d'un an et demi, où l'état de famine avait été déclaré en novembre. Ces déplacement ont exacerbé la pression sur « les ressources et les capacités des communautés locales », estiment les experts de l'IPC, qui prévoient de publier un rapport officiel en mars.
L'ONU avait auparavant déclaré la famine dans trois camps de déplacés autour d'El-Facher, dans certaines zones des monts Nouba, dans le sud du pays ainsi que dans la capitale régionale Kadougli, dans le Kordofan voisin, désormais le front le plus disputé du pays. Mardi, l'armée a annoncé avoir brisé le long siège de cette capitale du Kordofan-Sud, qui durait depuis près de trois ans.
Les violences dans la région du Kordofan ont placé des centaines de milliers de personnes au bord de la famine et ont forcé 88.000 personnes à fuir entre octobre et janvier, selon les chiffres de l'ONU.
La guerre a fait plusieurs dizaines de milliers de morts, déraciné environ 11 millions de personnes, provoquant ce que l'ONU qualifie de « pire crise humanitaire au monde ». Les Nations Unies ont averti que leurs stocks d'aide alimentaire pourraient être épuisés d'ici à la fin mars, alors que deux tiers de la population ont un besoin urgent d’aide.
Les efforts internationaux pour une trêve au Soudan sont jusque là restés lettre morte. L'armée soudanaise a reçu le mois dernier une nouvelle proposition présentée par les États-Unis et l’Arabie saoudite, sans jusque là l'accepter.

