Des manifestants devant le siège du Parlement, le 29 janvier 2026, sur la place de l’Étoile à Beyrouth. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
De nombreux fonctionnaires, principalement des militaires à la retraite, réclamant une revalorisation de leurs traitements, salaires et indemnités de fin de service, ont participé à des manifestations jeudi soir à Beyrouth, dans le nord et le sud du Liban, après une journée marquée par une mobilisation devant le Parlement, alors que les députés étaient réunis pour voter le projet de loi de budget.
Dans la soirée, des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant le Parlement, au centre-ville de Beyrouth. Un militaire à la retraite interrogé sur place a précisé qu’il ne s’agissait pas de « demander une hausse immédiate de 50 pour cent », mais d’obtenir « un engagement sur un tel seuil avec un calendrier progressif », estimant que les salaires actuels ne représentent plus que le cinquième de leur valeur avant la crise.
Certains manifestants ont débordé les barrières de sécurité mises en place par les forces armées, se retrouvant agglutinés devant l’entrée de la Chambre, selon les images retransmises en direct. Ces débordements sont restés contenus, même si les protestataires ont promis d’intensifier leur mobilisation en cas d’absence de réponse. Pendant la séance, le ministre de l’Intérieur et des Municipalités, Ahmad Hajjar, et le ministre de la Défense nationale, Michel Menassa, ont quitté le Parlement pour s’adresser aux militaires rassemblés à l’extérieur.

Représentant les militaires à la retraite, l’ancien député Chamel Roukoz est entré au Parlement et a été rejoint par un groupe de militaires pour une réunion dans le bureau du vice-président du Parlement, Elias Bou Saab. Les deux ministres ont participé à cette rencontre, rejoints ensuite par le Premier ministre Nawaf Salam, selon les informations du Parlement.
À l’issue des discussions, Elias Bou Saab a affirmé que le Premier ministre était « déterminé à adopter une solution juste avant la fin février et que l’ambiance est positive ». Chamel Roukoz a de son côté déclaré : « Nous sommes déterminés à obtenir les 50 pour cent, rien d’autre n’est acceptable ». Peu après, il a encouragé les manifestants à quitter les abords du Parlement, maintenant sa position.
À Tripoli, des militaires à la retraite ont investi la place al-Nour, rapporte notre correspondant dans le Nord, Michel Hallak. La route principale de Miniyé a été bloquée avec des pneus enflammés, d’après les images diffusées. Au Akkar, des manifestants ont investi la place principale de Halba. Dans le sud, la route de Abbasiyyé, dans le caza de Tyr, a également été bloquée avec des pneus en feu, rapporte notre correspondant Mountasser Abdallah. Dans la Békaa, les militaires retraités ont bloqué les routes d’Ablah et de Taalabaya-Saadnayel, dans le caza de Zahlé, selon notre correspondante Sarah Abdallah.

Depuis mardi matin, en marge de la réunion des députés, des fonctionnaires actifs et retraités manifestent devant le Parlement. Jeudi, la tension a augmenté lorsque les militaires postés devant l’édifice sont intervenus après que certains manifestants, répondant à l’appel des syndicats d’enseignants, ont tenté de franchir les barrières de sécurité, rapporte l’Agence nationale d'information (Ani, officielle). À l’issue de la séance matinale, qui s’est achevée à 14 h, Elias Bou Saab est allé à la rencontre des protestataires pour leur assurer que leurs revendications seraient prises en compte, comme il l’avait déjà fait mardi. Selon l’agence, le nombre de participants était plus élevé que mercredi.
Le projet de budget transmis dans les délais par le gouvernement au Parlement, et étudié par la commission des Finances, ne prévoit pas d’ajustement généralisé des rémunérations ou des retraites permettant de compenser la dépréciation de la livre libanaise depuis le début de la crise socio-économique en 2019.
Le secteur de l'Éducation touché
En parallèle des manifestations et des blocages menés par les militaires à la retraite, le secteur de l’éducation a également été secoué jeudi. Le bureau de presse du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a indiqué que la ministre, Rima Karamé, « a exprimé sa vive condamnation et son profond regret pour ce qui s’est produit aujourd’hui en marge de la séance de discussion du budget, où la tension et les bousculades ont conduit à des affrontements regrettables ». Dans ce cadre, les syndicats de l’enseignement public ont annoncé une grève vendredi et samedi pour protester contre les agressions envers les enseignants à Beyrouth.
La ministre a rappelé que les enseignants titulaires et contractuels « constituent un pilier fondamental du processus éducatif, et que leurs revendications salariales et professionnelles sont des demandes légitimes et justes, particulièrement dans les conditions économiques et sociales difficiles que traverse le Liban ». Elle a assuré son « soutien total aux enseignants (...) dans leur lutte légitime pour obtenir leurs droits » et affirmé son engagement à « suivre ces revendications et à les traiter en collaboration avec les instances compétentes, notamment le ministère des Finances ».
Rima Karamé a enfin insisté sur « le rejet absolu de toute forme de violence ou d’atteinte à l’intégrité des membres du corps enseignant manifestants ou des forces de sécurité », appelant à « protéger le droit d’expression pacifique et à ouvrir des canaux de dialogue sérieux et responsables comme seul moyen d’atteindre des solutions justes qui préservent la dignité et protègent les droits ».
Réuni jeudi avec les syndicats d’enseignants du secteur public, le Premier ministre s’est engagé à poursuivre le dialogue et à commencer à ajuster une partie des rémunérations « avant fin février », dans la mesure du possible, une fois le budget voté et ses projections confirmées. Il a démenti les informations relayées dans la presse selon lesquelles il aurait déclaré que le gouvernement « n’avait rien à donner aux enseignants ». Une nouvelle réunion a déjà été programmée dans deux semaines.

