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Politique - Liban

Israël s'acharne sur le Sud, Beyrouth s'indigne : au moins 19 blessés et 50 familles déplacées

L’armée israélienne affirme avoir tué deux membres du Hezbollah, dont un cadre, et avoir ciblé « des infrastructures terroristes du parti chiite, situées au cœur des populations civiles au Liban-Sud ».

 Israël s'acharne sur le Sud, Beyrouth s'indigne : au moins 19 blessés et 50 familles déplacées

Frappe israélienne à Qennarit, dans le caza de Saïda, le 21 janvier 2026. Photo Mountasser Abdallah/L'Orient-Le Jour

Alors que le « mécanisme » est temporairement à l’arrêt et que deux rencontres prévues en janvier ont été reportées, l’armée israélienne qui, en dépit de la trêve conclue le 27 novembre 2024, occupe toujours cinq positions en territoire libanais, a intensifié mercredi ses opérations dans le sud du Liban. Elle a émis plusieurs avis d’évacuation et mené des frappes contre ce qu’elle qualifie d’« infrastructures militaires du Hezbollah », faisant au moins 19 blessés dont des journalistes.

Dans l’après-midi, les habitants de Qennarit et Kharayeb (caza de Saïda), ainsi que de Kfour, Jarjouh et Ansar (caza de Nabatiyé), ont été sommés d’évacuer des bâtiments signalés en rouge sur des cartes diffusées par l’armée israélienne, avant que des frappes ne soient menées. Plus de 50 familles auraient perdu leurs maisons dans ces bombardements, selon notre correspondant au Liban-Sud, Mountasser Abdallah, qui cite des habitants et des sources municipales.

Dans la matinée, deux personnes ont également été tuées et une autre blessée dans deux frappes distinctes dans les cazas de Saïda et de Tyr, des membres du Hezbollah selon Israël.

Vers 16h, un avis d’évacuation a été lancé pour Qennarit, Kfour et Jarjouh. Selon le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, les frappes visaient à empêcher le Hezbollah de « reprendre ses activités dans la région ». Les évacuations ont provoqué d’importants embouteillages sur les routes étroites reliant Qennarit à Ghazieh.

Un peu plus d’une heure plus tard, un bâtiment à Qennarit a été frappé. Une épaisse fumée s’est élevée du site, et le bruit de l’explosion a été entendu jusqu’à Saïda. Les bombardements ont endommagé les bâtiments et les véhicules environnants. À Jarjouh, un immeuble de plusieurs étages a été détruit et des incendies se sont déclarés, tandis qu’un immeuble résidentiel a été touché à Kfour. De nouveaux avis d’évacuation ont ensuite concerné Kharayeb et Ansar, suivis de frappes supplémentaires.

À l'issue des bombardements, Avichay Adraee a affirmé sur X que « pour la deuxième fois cette semaine, l’armée a ciblé « des dépôts d’armes et un site souterrain utilisés pour stocker des moyens de combat du Hezbollah ». « Les infrastructures ciblées étaient placées au milieu des populations civiles, ce qui démontre une fois de plus que le Hezbollah utilise des civils libanais comme boucliers humains pour ses activités depuis des propriétés civiles », a dénoncé le porte-parole qui assure que « plusieurs mesures ont été prises pour minimiser le risque pour les civils ».

« Ces agressions entravent les efforts de l’armée »

Dans un communiqué publié en début de soirée, l’armée libanaise a condamné une « violation flagrante » de la souveraineté du Liban, du cessez-le-feu et de la résolution 1701. Elle a dénoncé des frappes visant des « habitations civiles », estimant qu’elles « entravent les efforts de l’armée et gênent l’exécution complète de son plan ». « Elles provoquent la peur parmi les civils, font des morts et des blessés, et déplacent des dizaines de familles ayant perdu leurs habitations, a également dénoncé l'armée. Elles ont des répercussions négatives sur la stabilité de la région ».

Le président Joseph Aoun a, de son côté, fustigé les frappes israéliennes « sur des villages libanais peuplés », qualifiant ces attaques de « politique d’agression systématique », dans un message publié sur le compte X de la présidence. « Une fois de plus, Israël poursuit sa politique d’agression systématique, touchant directement les civils et menaçant leur sécurité quotidienne, en violation flagrante du droit international humanitaire », a écrit le chef de l’État. Il a ajouté que « ce comportement agressif répété confirme le refus d’Israël de respecter ses engagements et son mépris délibéré pour les efforts de l’État libanais visant à contrôler la situation sur le terrain, maintenir la stabilité et empêcher l’élargissement du conflit ». Joseph Aoun a réaffirmé l’attachement du Liban à « sa souveraineté et à l’intégrité de son territoire » et a tenu Israël « pleinement responsable des conséquences de ces agressions ». Il a enfin appelé la communauté internationale, et en particulier les garants de l’accord, « à assumer leurs responsabilités et prendre des mesures pour mettre fin à ces violations et garantir la protection des civils et la stabilité dans la région».

Alors qu'il se trouve à Davos, le Premier ministre Nawaf Salam a contacté le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, pour faire le point sur les développements sur le terrain dans le Sud. Il a également appelé le secrétaire général du Haut Comité de secours, le général Bassam Naboulsi, ainsi que le chef de l’Unité de gestion des risques relevant de la présidence du Conseil, Zahi Chahine, leur demandant d’assurer une réponse rapide et de fournir le soutien nécessaire à toutes les personnes touchées par les attaques israéliennes. Selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), des équipes d’ingénieurs du Conseil du Sud inspecteront jeudi les destructions causées par les frappes israéliennes à Jarjouh, Kfour et Ansar. Entre-temps, un important mouvement de solidarité s’est déclenché, avec des dizaines de particuliers proposant des chambres ou des logements pour accueillir les sinistrés.

Des journalistes blessés

Selon notre correspondant, au moins quatre journalistes ont été légèrement blessés par des éclats de pierre lors des frappes israéliennes à Qennarit, alors qu’ils s’étaient pourtant postés à 300 mètres des zones mentionnées dans l’avis d’évacuation, ont-ils affirmé. Il s’agit des photographes et vidéastes Mahmoud Zayat (AFP), Ali Hankir (Al Mayadeen), Mohammad Zeinati (Al Afdal TV) et Ahmad Mantache (Annahar). Mahmoud Zayat qui a reçu un éclat de pierre à la jambe, précise qu’il n’a « jamais ressenti de souffle d’explosion aussi fort ». « Nous nous étions abrités à 300 mètres des zones mentionnées. Nous avons été pris dans une fumée noire très dense. Nous avons dû arrêter de filmer. C’était une terrible scène de guerre », a-t-il témoigné à notre correspondant. De son côté, Ali Hankir a été atteint au pied par une pierre alors qu’il photographiait, et a entendu une série d’explosions qui ont fait voler les câbles électriques. Il a aussitôt réalisé qu’il n’arrivait plus à marcher après avoir été touché et a été transporté à l’hôpital par la Défense civile, pour passer une radiographie.

Le ministère libanais de la Santé a annoncé que les frappes israéliennes à Qennarit ont fait 19 blessés, dont des journalistes. Selon les détails communiqués par le ministère, deux personnes ont été admises en soins intensifs, trois blessées ont nécessité une hospitalisation, et quatorze autres ont été soignées aux urgences.

Le président du Syndicat des rédacteurs de la presse libanaise, Joseph Kossaifi, a indiqué que les frappes israéliennes avaient affecté « huit correspondants et photojournalistes, ainsi que la destruction de leur matériel, dans la localité de Qennarit ». Il a appelé les équipes de presse travaillant dans le Sud à « faire preuve de vigilance et de prudence », mettant en garde contre « la nature agressive » d’Israël, qui « ne respecte ni les conventions ni les usages internationaux ». Le Syndicat des photographes de presse également a appelé à la prudence au Liban-Sud. « Ce qui s’est déroulé à Kfour, Jarjouh et Qennarit constitue un rappel brutal : la caméra reste une cible », souligne le communiqué. « Quiconque connaît cet ennemi sait qu’il n’hésite pas à viser les journalistes et que la caméra ne représente pour lui aucune ligne rouge, poursuit le texte. La prudence n’est pas un choix, mais une nécessité ».

« Cibler des journalistes est strictement interdit, a rappelé le ministre de l’Information, Paul Morcos. Ils accomplissaient leur mission professionnelle au-delà de tout avertissement préalable, dans des zones résidentielles densément peuplées, éloignées des sites des frappes ».

« Les axes de contrebande du Hezbollah »

Mercredi matin, une frappe de drone a ciblé un véhicule sur la route de Zahrani, au sud de Saïda. Le véhicule a pris feu alors que le conducteur se trouvait à bord. Peu après la frappe, l’armée israélienne a annoncé avoir visé un membre « terroriste du Hezbollah » dans la région. Selon notre correspondant, la cible était Mohammad Baker Youssef Awada, originaire de Charqiyé.

Plus tard, une seconde frappe de drone a été menée contre un véhicule sur la route de Bazouriyé, dans le caza de Tyr. La voiture a pris feu, et le chauffeur, Ahmad Salamé, originaire de Yanouh, est décédé des suites de ses blessures. Une autre personne présente à bord a été blessée. Selon l’armée israélienne, Salamé était officier de liaison du Hezbollah à Yanouh et « supervisait les activités du Hezbollah dans le village pour opérer au sein de propriétés privées ».

Selon l’armée israélienne, le 13 décembre 2025, lors d’une intervention de l’armée libanaise dans le village à la demande du comité de supervision du cessez-le-feu et suite à une menace israélienne, Salamé aurait transmis l’information à des membres du Hezbollah, qui auraient alors « retiré les armes du bâtiment ». Durant cette intervention, « plusieurs caisses suspectes ont été sorties du complexe par la porte arrière du bâtiment ». L’armée libanaise aurait, selon la même source, « en coordination » avec Ahmad Salamé, affirmé que le bâtiment était dépourvu d’armes.

En soirée, Avichay Adraee a aussi annoncé que « quatre passages frontaliers entre la Syrie et le Liban ont été frappés dans la région de Hermel, utilisés par le Hezbollah pour transférer des moyens de combat ». « L’armée continue de cibler les axes de contrebande utilisés par le Hezbollah », indique-t-il. Il rappelle que, plus tôt dans la journée, l’armée a « neutralisé Mohammad Awada (…) un trafiquant et contrebandier central d’armes pour le Hezbollah ». « Il supervisait et organisait le transfert d’armes via une société fictive, qui transportait des marchandises prohibées depuis l’Irak, la Syrie et plusieurs pays du Golfe », ajoute le porte-parole. « Il avait également activé un réseau de contrebandiers pour transporter des moyens de combat vers la Syrie et le Liban. » « L’armée continue de surveiller toutes les tentatives d’armement du Hezbollah et interviendra face à toute violation des accords entre Israël et le Liban », conclut-il.

Dans le caza de Marjeyoun, des habitants de Kfar Kila ont incendié mercredi des pneus près des décombres de leurs maisons pour réclamer la reconstruction de leur village, rapporte notre correspondant dans la région. Le mokhtar (élu local) Hassan Chit, a déclaré à L’Orient-Le Jour que les habitants sont en colère face au «désengagement de l’État» à l’égard de leur sort et du processus de reconstruction. «Ils n’ont plus de maisons où retourner, aucune infrastructure, et vivent dans la crainte permanente d’être visés par des attaques israéliennes», a-t-il expliqué. Il a ajouté que les habitants appellent l’État à « prêter attention à leur situation tragique, à la prendre en considération et à les aider à regagner leur village afin d’y vivre en sécurité ».

Alors que le « mécanisme » est temporairement à l’arrêt et que deux rencontres prévues en janvier ont été reportées, l’armée israélienne qui, en dépit de la trêve conclue le 27 novembre 2024, occupe toujours cinq positions en territoire libanais, a intensifié mercredi ses opérations dans le sud du Liban. Elle a émis plusieurs avis d’évacuation et mené des frappes contre ce qu’elle qualifie d’« infrastructures militaires du Hezbollah », faisant au moins 19 blessés dont des journalistes.Dans l’après-midi, les habitants de Qennarit et Kharayeb (caza de Saïda), ainsi que de Kfour, Jarjouh et Ansar (caza de Nabatiyé), ont été sommés d’évacuer des bâtiments signalés en rouge sur des cartes diffusées par l’armée israélienne, avant que des frappes ne soient menées. Plus de 50 familles auraient...
commentaires (6)

Comme chaque jour à repetition Israël s'acharne sur le Sud : au moins 19 blessés et 50 familles déplacées !Réaction ,c’est le : OH ? TIENS ? OUI , No problem ,alors : BEYROUTH S'INDIGNE. Demain sera choqué, puis, offenser surtout outrer mais pas scandaliser ….

aliosha

13 h 06, le 22 janvier 2026

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Commentaires (6)

  • Comme chaque jour à repetition Israël s'acharne sur le Sud : au moins 19 blessés et 50 familles déplacées !Réaction ,c’est le : OH ? TIENS ? OUI , No problem ,alors : BEYROUTH S'INDIGNE. Demain sera choqué, puis, offenser surtout outrer mais pas scandaliser ….

    aliosha

    13 h 06, le 22 janvier 2026

  • Le peuple iranien a compris le but des mollahs qui est de saccager leur pays pour s’enrichir et rester les seuls dominants dans la région sur leur cadavres et les ruines de leur pays. A quand le réveil des partisans de ce parti vendu? Ils sont les seuls à pouvoir mettre fin à leurs projets mortifères qui a pour seul but de les anéantir pour garder le monopole des armes pour mieux les asservir et les sacrifier à chaque fois que l’ordre leur sera donné. Une révolte serait leur seule issue de ce traquenard. Seul l’état libanais peut les sauver des mains de leurs tortionnaires qui ont prouvé leur

    Sissi zayyat

    10 h 39, le 22 janvier 2026

  • pour l’instant en tout cas , TRUMP a d’autres priorités. Internes et externes ( GROELAND et l’UE) Il a sans doute laissé Israel gérer, à sa façon, le cas du Hezbollah. C’est ce que les responsables libanais n’ont TOUJOURS PAS COMPRIS. Ils ont perdu leur temps à faire du BLABLA à l’oriental croyant que ça marcherait. L’occident fonctionne sur du concret. Les orientaux fonctionnent sur des paroles, des discours et poèmes . Sur des salamalecs aussi !!! Personne n’est dupe en occident

    LE FRANCOPHONE

    10 h 10, le 22 janvier 2026

  • Tout le Liban est entrain de payer le prix des activités des criminels de Hezballah.

    Moi

    08 h 57, le 22 janvier 2026

  • ue le Hezbollah utilise la population comme bouclier humain est un fait patent u'il est impossible de nier. Ceci dit, Israël peut prétendre ce qu'il veut et la présence de caches d'armes n'a [as besoin d'être réelle pour lui servir de prétexte à frapper. Le seul moyen de lui ôter ce prétexte est de désarmer la milice, d'où l'incompréhension devant les atermoiements du pouvoir. Quant aux habitants du Sud , il est, malheureusement, impossible de reconstruire leurs maisons tant que ce problème n'aura pas été réglé: elles seraient immédiatement démolies à nouveau.

    Yves Prevost

    08 h 57, le 22 janvier 2026

  • Que de drames terribles qu’on n’était pas du tout obligés de supporter. Que peut-on faire lorsque c’est bien la milice qui a attaqué en premier le puissant et assassin voisin. Et pour quoi faire ? Et ce n’est pas fini, la milice veut toujours garder ses armes pour de nouvelles aventures suicidaires. On veut la sauver malgré elle mais elle refuse toujours. Nos malheureux concitoyens du Sud ont assez payé les aventures mortelles de ceux qui proclament les défendre. Le résultat est évident.

    NG

    05 h 10, le 22 janvier 2026

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