Rifaat el-Assad, oncle de Bachar el-Assad. Photo d'archives AFP
Rifaat el-Assad, oncle du président syrien déchu Bachar el-Assad, est mort mercredi à l'âge de 88 ans aux Émirats arabes unis, ont indiqué deux personnes informées à Reuters.
Ancien officier de l’armée qui a aidé Hafez el-Assad à s’emparer du pouvoir lors du coup d’État de 1970 et à établir son régime de fer, Rifaat el-Assad a continué de nourrir des ambitions présidentielles durant des années d’exil passées principalement en France. Il est revenu en Syrie en 2021, avant de fuir de nouveau en 2024 à la suite de la chute de son neveu, le président Bachar el-Assad.
Lorsque Hafez el-Assad est mort en 2000, son frère Rifaat s’est opposé au transfert du pouvoir à Bachar et s’est déclaré le successeur légitime dans ce qui s’est avéré être, en fin de compte, un défi au leadership sans réelle portée. Il est de nouveau intervenu depuis l’étranger en 2011, alors que la rébellion balayait la Syrie, exhortant son neveu à se retirer rapidement pour éviter une guerre civile. Mais il a aussi détourné la responsabilité de Bachar el-Assad, attribuant la révolte contre son régime à une accumulation d’erreurs.
Plus d’une décennie plus tard, Bachar el-Assad – encore au pouvoir à l’époque – a autorisé le retour de son oncle au pays, l’aidant à échapper à la prison en France, où il avait été reconnu coupable d’avoir acquis pour des millions d’euros de biens immobiliers en utilisant des fonds détournés de l’État syrien. Lorsque Assad est tombé, son oncle avait tenté de s’échapper via une base aérienne russe, mais s’était vu refuser l’entrée. Il avait finalement traversé la frontière vers le Liban, porté sur le dos d’un proche associé à travers une rivière, selon l’une des sources, qui avait une connaissance directe de l’incident.
Rifaat el-Assad, frère cadet de Hafez, est né dans le village de Qardaha, dans une région montagneuse près de la côte méditerranéenne qui constitue le cœur du territoire de la minorité alaouite à laquelle appartient la famille. Il est devenu une figure puissante du régime Assad après le coup d’État de 1970. Il commandait les Brigades de défense, des forces d’élite qui ont écrasé l’insurrection des Frères musulmans à Hama en 1982, l’une des plus grandes menaces auxquelles Hafez el-Assad a été confronté durant ses 30 années de règne.
Confrontation avec Hafez el-Assad
L’assaut dévastateur de trois semaines, qui a fait plus de 10 000 morts, a souvent été décrit comme un modèle de la manière dont Bachar traiterait la rébellion contre son pouvoir quelque trois décennies plus tard. En 2022, le groupe de surveillance indépendant Syrian Network for Human Rights (SNHR), citant des estimations informées, affirmait qu’entre 30 000 et 40 000 civils avaient été tués à Hama. En mars 2024, le Bureau du procureur général de Suisse a indiqué qu’il traduirait Rifaat el-Assad en justice pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour ses actes à Hama. Un massacre qui lui a valu le surnom de « boucher de Hama ». Selon l’acte d’accusation des procureurs suisses, entre 3 000 et 60 000 personnes, majoritairement des civils, sont mortes lors de l’assaut de Hama. En réponse, les avocats de Rifaat el-Assad ont déclaré dans un communiqué qu’il avait toujours nié toute implication dans les faits allégués. Mais son rôle dans l’écrasement de l’insurrection de Hama a encore accru son statut au sein de cette administration.
Dans son livre « Asad: The Struggle for the Middle East », le journaliste Patrick Seale citait la victoire sur les Frères musulmans comme l’un des facteurs qui ont conduit des figures clés du régime à se tourner vers Rifaat el-Assad lorsque son frère aîné Hafez est tombé malade en 1983 et qu’ils craignaient qu’il ne se rétablisse pas. Il a été nommé vice-président l’année suivante.
Alors que Hafez était encore souffrant, Rifaat el-Assad a commencé à faire pression pour des changements au sein du gouvernement. Des affiches le représentant en uniforme apparaissent alors à Damas. Leur rivalité culminera en 1984 lorsque Rifaat el-Assad ordonne à ses forces de s’emparer de points clés à Damas, menaçant d’un conflit total. Mais Hafez a dissuadé son jeune frère d’aller à l’affrontement. Celui-ci quitte la Syrie après l’échec de son coup d’État.
Eviter la prison
S’établissant comme un riche homme d’affaires en Europe, il s’est d’abord installé à Genève, avant de partir plus tard en France et en Espagne. Au cours de ses dernières années, il a été aperçu se promenant entouré d’un groupe de gardes du corps dans le Puerto Banus de Marbella, dans le sud de l’Espagne, où il possédait également un bien en bord de mer. Mais sa richesse devient de plus en plus l’objet d’enquêtes pour corruption. En 2020, un tribunal français le reconnaît coupable d’avoir acquis pour des millions d’euros de biens immobiliers en France en utilisant des fonds détournés de l’État syrien, et le condamne à quatre ans de prison. Tous ses biens en France, estimés à l’époque à 100 millions d’euros, ont été saisis, ainsi qu’un bien d’une valeur de 29 millions d’euros à Londres.
Rifaat el-Assad nie à plusieurs reprises les accusations. Son retour en Syrie en 2021 n’était pas la première fois qu’il rentrait au pays depuis le coup d’État manqué : en 1992, il avait assisté aux funérailles de sa mère. Un journal progouvernemental a rapporté qu’il était revenu en 2021 « afin d’éviter son emprisonnement en France », soulignant qu'il ne jouerait aucun rôle politique ou social. Une photo publiée sur les réseaux sociaux en avril 2023 le montrait parmi un groupe de personnes, dont un Bachar el-Assad souriant.
Ce texte est une traduction d'un article publié en anglais par l'agence Reuters



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03 h 12, le 22 janvier 2026