Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Photo d’archives AFP
Un ancien chef du renseignement de l'Autorité palestinienne, Tawfiq al-Tirawi, a accusé mardi publiquement la direction palestinienne de laisser prospérer une corruption systémique, dans une lettre ouverte adressée au président Mahmoud Abbas.
« Le système de corruption fonctionne désormais en toute confiance et en toute impunité », affirme M. Tirawi, membre du comité central du Fateh, l'un des principaux mouvements politiques palestiniens, dirigé par M. Abbas.
Sa démarche est rare dans un paysage politique sclérosé par la division entre deux mouvements rivaux, le Hamas et le Fateh, et la mainmise de M. Abbas sur l'Autorité palestinienne, malgré l'expiration de son mandat électoral en 2009.
Dans la lettre qu'il a rendue publique, M. Tirawi précise avoir alerté la présidence sur différentes affaires de corruption, et transmis des dossiers au parquet, mais sans qu'il n'y ait eu de suites.
Il évoque notamment des cas de confiscation de terres et de biens, dénonçant un « effondrement moral et éthique » des institutions palestiniennes.
M. Tirawi accuse également l'entourage de M. Abbas, âgé de plus de 90 ans, de lui cacher « délibérément la vérité ».
Il explique avoir décidé de dénoncer publiquement cette corruption endémique après concertation avec d'autres membres du Fateh, et menace de révéler les détails des affaires aux médias si aucune mesure n'est prise.
« Notre peuple a-t-il consenti tous ces sacrifices (...) pour que nous en arrivions à une situation où les voleurs et les spéculateurs fonciers peuvent sévir en toute impunité ? », interroge cette figure de la politique palestinienne.
Il s'est exprimé dans un contexte particulièrement tendu pour la société palestinienne, impactée par la guerre de plus de deux ans dans la bande de Gaza et des violences accrues en Cisjordanie occupée.
La mise en œuvre du plan du président américain Donald Trump pour Gaza, initiée par l'entrée en vigueur d'un fragile cessez-le-feu dans le territoire palestinien le 10 octobre, a enclenché un processus politique palestinien complexe.
L'Union européenne a pour sa part exhorté M. Abbas à mettre en œuvre des « réformes urgemment nécessaires » pour pouvoir « jouer un rôle constructif » dans l'après-guerre à Gaza.
Le Fateh, parti palestinien historique, semble plus que jamais incapable de peser sur le cours des évènements, selon les observateurs.
M. Tirawi, âgé de près de 80 ans, avait déjà fait part à l'AFP en décembre 2023 d' « une sorte de rébellion » au sein du mouvement ainsi que dans d'autres formations historiques.


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