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Dernières Infos - Diplomatie

Groenland : la course de chiens de traîneau, un rendez-vous courtisé par les États-Unis


Un chasseur inuit conduit son traîneau à chiens sur la glace marine fragile à la recherche de phoques près d'Ittoqqortoormiit, dans le fjord gelé de Scoresbysund, le 28 avril 2024. Photo par Olivier MORIN / AFP

Rendez-vous annuel cher aux Groenlandais, la course nationale de chiens de traîneau semble être devenue une cible de choix pour des proches de Donald Trump dans leur tentative de courtiser les habitants de l'île arctique, sans grand succès jusqu'à presént.

Un an après une tentative américaine de sponsoriser la course, l'envoyé spécial de Donald Trump pour le Groenland, Jeff Landry vient, en l'espace de quelques jours, d'être invité puis désinvité à la prochaine Avannaata Qimussersua, plus grande et plus prestigieuse course du genre au Groenland, territoire autonome danois.

L'an dernier, après le retour du milliardaire républicain à la Maison Blanche et de son ambition d'« acquérir » le Groenland, c'est Usha Vance, l'épouse du vice-président américain, qui comptait y assister avant d'abandonner ses plans. « On est dans des manœuvres, sinon d'ingérence très claire » mais à tout le moins « de diplomatie douce » consistant à aller à la rencontre des populations en vue de les influencer, explique à l'AFP Mikaa Blugeon-Mered, chercheur en géopolitique des pôles et auteur des « Mondes polaires ». Ces visites s'inscrivent dans une offensive plus globale de Washington visant à prendre le pouls de la population groenlandaise --très majoritairement hostile à un rattachement aux États-Unis--, encourager les forces pro-américaines et gagner les cœurs.

En août, la télévision publique danoise DR avait affirmé qu'au moins trois Américains, liés au président Trump, menaient des opérations d'influence au Groenland. Leur mission était d'identifier les personnes favorables à un rapprochement avec les États-Unis mais aussi celles qui y étaient farouchement opposées, selon DR.

Déjà en mai, le Wall Street Journal avait assuré que les agences de renseignement américaines avaient reçu l'ordre de recueillir des informations sur le mouvement pour l'indépendance du Groenland, et les opinions sur une possible exploitation américaine des ressources naturelles de l'île arctique.

Forte valeur identitaire

Dans un territoire peuplé de 57.000 habitants, dont près de 90% d'Inuits, l'Avannaata Qimussersua, généralement organisé à la fin de l'hiver, est un événement à forte valeur identitaire.

Bien plus qu'une valeur symbolique, la course, qui met aux prises une trentaine d'équipages, fait partie de la « culture vivante » de l'île, explique Manumina Lund Jensen, maître de conférences au département d'Histoire culturelle et sociale à l'université du Groenland. « C'est très important pour les Groenlandais, et c'est une expérience très émouvante d'y aller car les meilleurs conducteurs de chiens de traîneau du Groenland s'y réunissent pour concourir », dit-elle. Cette année, la course se tiendra le 28 mars à Qasigiannguit (Christianshåb en danois), petite localité de l'ouest.

En plein regain de tensions entre Washington et Européens, la Fédération groenlandaise de chiens de traîneau (KNQK) vient d'annoncer que l'invitation lancée --à son insu-- par un opérateur touristique privé à Jeff Landry avait été annulée. « La KNQK a été informée que l'entreprise touristique qui avait invité le gouverneur américain Jeff Landry a retiré unilatéralement son invitation », a-t-elle écrit sur Facebook dans la nuit de dimanche à lundi.

« Pressions politiques extérieures »

Selon la chaîne groenlandaise KNR, M. Landry, également gouverneur de Louisiane, y avait été invité par l'opérateur touristique Kristian Jeremiassen. Une invitation alors jugée « totalement inappropriée » par la direction de la KNQK, qui disait trouver « inacceptable que des pressions politiques soient exercées depuis l'extérieur ».

Auprès de KNR, M. Jeremiassen a dit avoir convié « de nombreuses personnes différentes » à cette course, sans préciser leur identité, « afin de promouvoir le tourisme dans le nord du Groenland ». En plus d'être un opérateur touristique, Kristian Jeremiassen est un politicien « en perte de vitesse (...) dont l'objectif est d'abord et avant tout de pouvoir devenir une espèce d'intermédiaire (avec les États-Unis) pour faire fleurir son business », souligne M. Blugeon-Mered.

Il y a un an, Usha Vance, la femme du vice-président JD Vance, avait prévu, hors de toute invitation officielle, d'assister à l'Avannaata Qimussersua. « Le consulat américain avait proposé de financer la majorité de la course », explique M. Blugeon-Mered. « Il pensait qu'en achetant le sponsoring principal de la course, il pouvait acheter les organisateurs et faire ce qu'il voulait. Ça n'a pas fonctionné ».

Cette visite avait suscité de vives protestations au Danemark qui y voyait une « pression inacceptable » et aurait risqué de provoquer des manifestations pendant la tenue de l'événement. La délégation américaine avait finalement changé son programme : JD et Usha Vance s'étaient rendus sur la base aérienne américaine de Pituffik, dans le nord-ouest du territoire.

Rendez-vous annuel cher aux Groenlandais, la course nationale de chiens de traîneau semble être devenue une cible de choix pour des proches de Donald Trump dans leur tentative de courtiser les habitants de l'île arctique, sans grand succès jusqu'à presént.Un an après une tentative américaine de sponsoriser la course, l'envoyé spécial de Donald Trump pour le Groenland, Jeff Landry vient, en l'espace de quelques jours, d'être invité puis désinvité à la prochaine Avannaata Qimussersua, plus grande et plus prestigieuse course du genre au Groenland, territoire autonome danois.L'an dernier, après le retour du milliardaire républicain à la Maison Blanche et de son ambition d'« acquérir » le Groenland, c'est Usha Vance, l'épouse du vice-président américain, qui comptait y assister avant...