Le député Imad Hout. Photo ANI.
La Jamaa islamiya au Liban, parti représenté au Parlement par le député Imad Hout, a publié mardi un communiqué pour réagir à la décision des États-Unis classant la branche libanaise des Frères musulmans comme organisation terroriste étrangère.
Le parti insiste sur le caractère « politique et administratif » de cette décision et souligne qu’elle n’a « aucun effet légal au Liban ». « La seule référence au Liban reste la Constitution, les lois en vigueur et les institutions de l’État libanais », indique le communiqué. Il ajoute que cette décision s’inscrit dans un « contexte politique régional connu », visant selon le parti à « servir les intérêts d’Israël » et à « semer la confusion et déformer l’image de forces politiques et sociales libanaises actives ».
La Jamaa islamiya rappelle également qu’elle est « une composante politique et sociale libanaise autorisée, agissant dans le cadre de la loi ». « Aucun jugement judiciaire libanais ne nous a condamnés ou criminalisés », affirme le texte.
Le parti réaffirme par ailleurs son « rejet total du terrorisme et de toute forme de violence ». « Nous n’avons jamais participé, et ne participerons jamais, à des actes violents au Liban ou à des activités visant la sécurité d’un autre État », précise le communiqué, qui souligne que « la stabilité du Liban et la paix civile sont des priorités nationales suprêmes ».
La Jamaa islamiya se dit enfin « ouverte à tout dialogue transparent visant à clarifier les faits et dissiper les malentendus ».
Washington a désigné mardi les Frères musulmans en Egypte, au Liban et en Jordanie comme « organisations terroristes étrangères », répondant ainsi à une demande de longue date de ses alliés arabes.
Fondé en 1928 en Egypte, ce mouvement panislamiste sunnite a un temps étendu son influence sur tout le monde arabe, mais a connu un recul ces dernières années sous la pression des grandes puissances arabes.
« Ces désignations reflètent les premières mesures d'une action continue et soutenue pour contrecarrer la violence et la déstabilisation de certaines branches des Frères musulmans partout où elles se trouvent », a justifié dans un communiqué le secrétaire d'État américain, Marco Rubio. « Les États-Unis utiliseront tous les moyens à leur disposition pour priver ces branches des Frères musulmans des ressources qui leur permettent de mener ou soutenir des actes de terrorisme », a-t-il ajouté.
L'Égypte a salué la décision américaine, la qualifiant « d'étape décisive » dans la lutte contre « l'extrémisme ». Dans un communiqué, le ministère égyptien des Affaires étrangères a déclaré que cette annonce reflétait « le danger que représentent ce groupe et son idéologie extrémiste, ainsi que la menace directe qu'il fait peser sur la sécurité et la stabilité régionales et internationales ».
En novembre dernier, le président Donald Trump avait signé un décret enclenchant ce processus de désignation. Le texte publié par la Maison Blanche notait que les antennes des Frères musulmans au Liban, en Jordanie et en Égypte « commettaient ou encourageaient et soutenaient des campagnes de violence et de déstabilisation qui nuisent à leurs propres régions, à des citoyens américains ou à des intérêts américains ».
« Alignement »
La classification comme « organisation terroriste étrangère » permet, outre la pression politique, de prendre une série de mesures financières et administratives : gel des avoirs, interdiction de transactions, interdiction d'entrée sur le territoire américain, etc.
Le Trésor américain a affirmé que les branches égyptienne et jordanienne des Frères musulmans entretenaient des liens avec le mouvement islamiste palestinien Hamas, qui a lancé une attaque sanglante le 7 octobre 2023 contre Israël déclenchant deux ans d'offensive militaire meurtrière dans la bande de Gaza.
Le Hamas - créé en décembre 1987 par un groupe de militants islamistes se réclamant des Frères musulmans - est lui aussi classé de longue date comme « organisation terroriste » par les États-Unis.
Selon le département d'État, au Liban les Frères musulmans se sont alliés au mouvement chiite pro-iranien Hezbollah pour frapper Israël. Les Frères musulmans libanais ont « poussé pour un alignement plus formel avec l'axe Hezbollah-Hamas », a affirmé la diplomatie américaine dans le communiqué.
En avril 2025, la Jordanie a interdit les Frères musulmans auxquels elle avait imputé des « activités de nature à déstabiliser le pays », notamment la fabrication et le stockage de roquettes et explosifs, mettant un terme à une relation longtemps ambivalente entre les autorités et l'influente confrérie.
Fondée en 1945, la branche jordanienne des Frères musulmans était la plus ancienne et la plus influente organisation islamique du pays.
La confrérie des Frères musulmans, organisation transnationale implantée dans de nombreux pays, a longtemps été le principal mouvement d'opposition en Égypte malgré des décennies de répression. Aujourd'hui considérée dans le pays comme une organisation « terroriste », elle a été rayée du paysage politique après le bref mandat d'un an (2012-2013) de l'un des siens, le président d'alors Mohamed Morsi mort en prison en 2019.
La confrérie, qui a été interdit dans plusieurs autres pays, dont l'Arabie saoudite, porte le projet d'un islam politique conservateur.
Les États-Unis se sont longtemps abstenus de procéder à cette désignation pour ne pas compromettre les relations avec la Turquie, dont le président Recep Tayyip Erdogan entretient une affinité idéologique avec les Frères musulmans.


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