Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi reçu par le président de la Chambre Nabih Berry, à Aïn el-Tiné, à Beyrouth, le 9 janvier 2026. Photo Parlement libanais/Hassan Ibrahim
Alors qu’il est en tournée à Beyrouth, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a accusé vendredi les États-Unis et Israël d’ingérence dans le mouvement de contestation qui secoue l’Iran depuis près de deux semaines, tout en écartant la possibilité d’une intervention militaire étrangère.
Interrogé sur les manifestations en cours dans son pays, M. Araghchi a estimé que « ce qui se passe aujourd’hui en Iran est similaire à ce qui s’est produit ces dernières années dans les rues du Liban, en raison de la hausse des devises étrangères, poussant les citoyens à manifester ». « La situation en Iran est comparable à celle qu’a connue le Liban. Le gouvernement a entamé un dialogue et des consultations avec toutes les composantes afin de résoudre ces problèmes », a-t-il ajouté. Le ministre iranien a néanmoins accusé Washington et Tel-Aviv d’ingérence dans le mouvement de contestation. « À la différence des épisodes précédents, des responsables américains et israéliens ont reconnu leur implication directe dans les troubles actuels en Iran, cherchant à transformer des manifestations pacifiques en violences », a-t-il déclaré, tout en écartant la perspective d’une intervention militaire contre l’Iran. « Cette hypothèse est peu probable », a-t-il affirmé, jugeant que « les expériences passées ont été un échec et le seraient à nouveau si elles venaient à se reproduire ». Évoquant des informations circulant sur les réseaux sociaux concernant la présence de membres de sa famille à Beyrouth, M. Araghchi a tenu à démentir : « Je rassure tout le monde : ma famille se trouve à Téhéran, et je vais les y rejoindre. »
Le ministre s’exprimait à Aïn el-Tiné, à l’issue de sa réunion avec le président de la Chambre, Nabih Berry, devant lequel il a réaffirmé que son pays soutient « l’indépendance du Liban et sa prospérité ». Il a également souligné que « le volume des échanges commerciaux entre les deux pays a dépassé les 110 millions de dollars au cours de l’année écoulée ».
Soutenir « l'État libanais directement » et non le Hezbollah
Plus tôt dans la journée, Abbas Araghchi avait été reçu au palais Bustros par le ministre Affaires étrangères Joe Raggi, avec lequel les relations ont souvent été tendues. M. Raggi a appelé Téhéran à soutenir « l’État libanais directement » et non le Hezbollah. Il a indiqué avoir eu une « discussion franche » avec son homologue iranien sur les « défis » auxquels le Liban est confronté, tout en le qualifiant d’« ami », estimant que « les divergences de points de vue n’altèrent pas l’amitié ».
Souhaitant l’établissement de « meilleures relations avec l’Iran », M. Raggi a insisté pour que « le soutien iranien soit dirigé vers l’État libanais et ses institutions, et non vers toute autre partie ». Il a rappelé que la défense du Liban doit relever exclusivement de l’État, qui, « lorsqu'il a en main la décision de guerre et de paix et le monopole des armes, peut demander l’aide d'autres États, y compris l’Iran ». Dans ce cadre, «l'édification d'un État fort et capable de défendre son territoire et son peuple ne peut se faire en présence d’une organisation armée», en allusion au Hezbollah.
Le ministre a encore appelé Téhéran à trouver « une nouvelle approche » pour régler l'épineux problème du désarmement du Hezbollah financé par Téhéran. Il a rappelé que « l’expérience a démontré que les armes n’ont pas réussi à défendre la communauté chiite, ni le Liban dans son ensemble ». Il a en outre appelé son homologue iranien à « mettre fin aux déclarations et positions de certains responsables iraniens qui constituent une ingérence flagrante dans les affaires libanaises ».

De son côté, Abbas Araghchi a assuré que « l’Iran est attaché à l’indépendance, l’unité et la souveraineté du Liban, et que sa défense relève de la responsabilité du gouvernement libanais ». « L'Iran soutient le Hezbollah en tant que mouvement de résistance, mais n’intervient absolument pas dans ses affaires, et toute décision concernant le Liban relève du parti lui-même », a-t-il ajouté.
Commissions économiques, diplomatiques et commerciales
Tandis que le ministre iranien a fait part depuis avant son voyage, de la volonté de Téhéran de renforcer les relations économiques entre les deux pays, le président libanais, Joseph Aoun, a proposé, lors de sa réunion avec le chef de la diplomatie iranienne, d'établir des « commissions » comprenant des représentants iraniens et libanais aux niveaux des ministères des Affaires étrangères, de l'Économie et du Commerce. M. Aoun a, dans la lignée de ce qu'avait déjà déclaré Joe Raggi, réaffirmé la position du Liban en faveur des « meilleures relations avec l'Iran dans un cadre de respect mutuel, de transparence, de franchise et de non-ingérence dans les affaires des deux pays ». Il a souhaité au peuple iranien « prospérité, sécurité et sérénité, et que les jours à venir soient meilleurs ».
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a lui aussi reçu au Grand Sérail le ministre Araghchi, en présence de l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth. M. Salam a souligné l’attachement du Liban à « l’établissement de relations saines avec l’Iran, fondées sur le respect mutuel de la souveraineté des États et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures ». De son côté, le ministre Araghchi a indiqué que sa visite au Liban s’inscrivait dans le cadre du renforcement et du développement des relations bilatérales, notamment dans les domaines économique et commercial. Il a insisté sur « les dangers auxquels la région, et en particulier le Liban, est confrontée en raison des politiques agressives menées par Israël, ainsi que sur l’importance de la concertation entre les différentes parties libanaises, notamment le Hezbollah, pour faire face à ces défis ». M. Salam a pour sa part affirmé que son gouvernement est « engagé à appliquer sa déclaration ministérielle, sur la base de laquelle il a obtenu à deux reprises la confiance du Parlement, y compris celle des députés du Hezbollah ». Il a souligné que ce texte stipule clairement que la décision de guerre et de paix relève exclusivement du gouvernement, lequel doit œuvrer à réserver le monopole des armes à l’État seul, rapporte le Grand Sérail sur son compte X.
Réunion avec Kassem
M. Araghchi s’est aussi entretenu avec le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem. Ce dernier a évoqué « la poursuite de l’agression américano-israélienne » et « le non-respect par l’ennemi israélien de l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024, malgré l’engagement du Liban et l’exécution de ses responsabilités au sud du fleuve Litani ». Selon lui, cela « confirme les intentions expansionnistes de l’agression, que Benjamin Netanyahu a lui-même exprimées à travers son discours sur le Grand Israël ». Le cheikh Kassem a assuré que « l’ennemi israélien ne parviendra pas à atteindre ses objectifs par la poursuite de l’agression », tant que perdure « la cohésion entre la population et la résistance ». Il a ajouté : « Nous continuerons à coopérer avec l’État et l’armée pour chasser l’occupant, mettre fin à l’agression, libérer les prisonniers, assurer la reconstruction et bâtir l’État ». De son côté, le ministre Araghchi a affirmé que son pays « souhaite renforcer ses relations avec le Liban, à l’image des relations entre États amis », précisant que la présence d’une délégation économique vise à « développer la coopération dans différents domaines ».


Le régime Iranien s'est lui même mis dans cette situation. L'arroseur arrosé. Les mollahs iraniens ont été á l'origine de 20 ans de dictatures de hezballah au Liban. Il est temps qu'ils tombent comme Bachar.
19 h 08, le 10 janvier 2026