Des agents de sécurité et des journalistes se rassemblent devant la mosquée Imam Ali ibn Abi Talib, après une explosion survenue dans le quartier de Wadi al-Dahab, à Homs, le 26 décembre 2025. Photo Omar HAJ KADOUR / AFP
Des manifestations alaouites, organisées après l'attaque meurtrière d'une mosquée visant cette communauté, ont dégénéré dimanche en Syrie, des affrontements entre forces de sécurité et manifestants faisant quatre morts et 108 blessés, selon un bilan lundi de l'agence officielle syrienne SANA. Aucun blessé grave n'a été rapporté.
Deux récits contraires s'affrontent quant au déroulé des évènements. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues de plusieurs villes du littoral syrien, dont Lattaquié, Jablé, Tartous ou encore Homs, pour réclamer la fin des violences contre la communauté alaouite deux jours après l'attaque d'une mosquée qui avait fait huit morts vendredi à Homs, revendiquée par un groupuscule djihadiste.
Les forces de l'ordre auraient tué deux personnes en dispersant un rassemblement dans la ville côtière de Lattaquié, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé au Royaume-Uni et disposant d'un vaste réseau de sources dans le pays. Un hôpital du secteur a reçu deux corps, a rapporté de son côté une source médicale.
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Les autorités syriennes n'ont pas confirmé avoir ouvert le feu sur des manifestants. L'agence SANA fait état quant à elle « d’attaques attribuées à des éléments liés à l’ancien régime visant les forces de sécurité et des civils. » Une source au sein du ministère de l'Intérieur explique ainsi que « des hommes armés liés à l’ancien régime ont exploité les manifestations pour attaquer à balles réelles des membres des forces de sécurité intérieure », rapporte l'agence officielle. « Nous appelons nos concitoyens du littoral à ne pas se laisser entraîner par des appels qui, sous couvert de protestations, dissimulent en réalité des activités armées » ajoute la source.
Les blessés admis dans les hôpitaux présentaient « des plaies causées par des armes blanches, des jets de pierres ainsi que des tirs à balles réelles, imputés à des éléments de l’ancien régime, qui ont visé des agents des forces de sécurité et des citoyens », ajoute SANA. L'agence précise en outre que « deux ambulances avaient été mises hors service après avoir été attaquées et endommagées par des manifestants alors qu’elles accomplissaient leur mission. ».
« Violation flagrante » de la liberté d'expression
« Assad est parti et nous ne soutenons pas Assad... Pourquoi cette tuerie ? », s'interroge pour sa part Noumeir Ramadan, un marchand de 48 ans, cité par l'AFP. « Pourquoi ces actions aléatoires ont-elles lieu, sans aucune dissuasion, responsabilité ou surveillance ? », ajoute-t-il.
La minorité alaouite, une branche de l'islam chiite dont est issu Bachar el-Assad, est la cible d'attaques depuis qu'une coalition islamiste a pris le pouvoir à Damas fin 2024.
Outre Lattaquié, des échauffourées entre manifestants et partisans des autorités ont eu lieu à Jablé, également situé sur la côte méditerranéenne. La situation était également tendue à Homs, d'après l'OSDH qui a fait état de plusieurs blessés. Des véhicules blindés et des chars de l'armée syrienne sont entrés dans les centres-villes de Lattaquié et Tartous afin de « maintenir la sécurité et rétablir la stabilité en coopération avec les forces de sécurité intérieure », ajouté un autre communiqué officiel cité par SANA.
Le dignitaire Ghazal Ghazal, président du Conseil islamique alaouite en Syrie et à l'étranger, a condamné « une violation flagrante » de la liberté d'expression, dénonçant « l'oppression » du nouveau pouvoir syrien. « Nous appelons notre peuple à rester en sécurité et à rentrer chez lui », a-t-il écrit sur Facebook.
C'est lui qui avait lancé samedi l'appel à manifester, pour « montrer au monde que la communauté alaouite ne pouvait pas être humiliée ou marginalisée », après un rassemblement similaire en novembre. « Nous ne voulons pas d'une guerre civile, nous voulons un fédéralisme politique. Nous ne voulons pas de votre terrorisme. Nous voulons décider de notre propre destin », avait-il souligné. Son visage s'affichait dimanche sur certaines photos brandies par la foule, qui a entonné des chants appelant à davantage d'autonomie. « Notre première revendication est le fédéralisme afin de mettre fin au bain de sang. On nous tue parce que nous sommes alaouites », déplore Hadil Saleh, femme au foyer de 40 ans.
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Saraya Ansar al-Sunna, un groupuscule extrémiste sunnite peu connu, a revendiqué l'attentat de vendredi sur la messagerie Telegram, jurant de poursuivre les attaques ciblant « les infidèles et apostats ». Des massacres sur le littoral avaient fait en mars plus de 1 700 morts, essentiellement des alaouites, après des accrochages entre forces de sécurité et partisans de Bachar el-Assad, selon l'OSDH. Une commission nationale d'enquête avait recensé au moins 1 426 morts, pour la plupart des civils.
Les manifestants ont enfin réclamé dimanche la libération de détenus issus de la communauté alaouite. Selon la télévision d’État syrienne, 70 d'entre eux ont été remis en liberté il y a deux jours « après qu'il a été prouvé qu'ils n'étaient pas impliqués dans des crimes de guerre », et d'autres libérations sont attendues.




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