Les membres de la Commission électorale de l'Union du Myanmar (UEC) comptent les bulletins de vote après la fermeture des bureaux de vote lors de la première phase des élections générales au Myanmar, à Naypyidaw, le 28 décembre 2025. Photo Sai Aung MAIN / AFP
Des personnes âgées, des mères de famille et des femmes au foyer avec leurs paniers de courses patientent dans un bureau de vote proche de la pagode dorée Sule, à Rangoun, pour participer dimanche aux élections législatives de la junte birmane, boudées par la jeunesse.
De nombreux Birmans sont partis à l'étranger depuis le coup d'Etat militaire qui a plongé le pays dans la guerre civile il y a cinq ans.
Parmi eux, beaucoup d'hommes en âge de conscription (jusqu'à 35 ans) ou des jeunes à la recherche de meilleures conditions de vie, loin d'une économie moribonde.
Mais même ceux qui sont restés sur place ne se sentent pas particulièrement concernés par le scrutin organisé par l'armée, qualifié de « mascarade » par les observateurs internationaux.
« La plupart de ceux qui vont voter sont des personnes âgées », relève un homme d'une vingtaine d'années, qui a demandé à rester anonyme pour des raisons de sécurité.
Les jeunes n'ont selon lui pas envie de « s'impliquer dans ce chaos » et de cautionner une élection que beaucoup estiment « injustes ».
Parmi les 1.400 personnes inscrites sur les listes du bureau, moins de 500 sont venues voter à moins de deux heures de la fermeture, à en croire un responsable local.
Sein Yee est l'une d'elles et cette ancienne enseignante en milieu rural, âgée de 74 ans, ne comprend pas vraiment la faible participation, loin des 70% enregistrés lors des dernières législatives en 2020.
« Voter est un devoir pour tous les citoyens », souligne-t-elle. « C'est une opportunité d'obtenir la paix dans le pays ».
« Conserver leur pouvoir »
« Je vais bientôt avoir 100 ans ! », lance de son côté Sato Nga Nyo, un ancien journaliste de 97 ans, qui ne veut pas confier pour qui il vient de voter. « Je suis un citoyen birman qui aime son pays. Je dois montrer mon soutien ».
Les rues autour de la pagode Sule, théâtre d'une violente répression contre les manifestants pro‑démocratie après le coup d'Etat de 2021, sont inhabituellement calmes.
Seuls des hauts-parleurs diffusent en boucle une chanson encourageant la population à voter et rompent la tranquillité entre deux passages de fourgons de policiers et de soldats armés.
Les groupes opposés au régime militaire ont menacé de cibler les élections, placées sous haute surveillance.
« Que ceux qui doivent aller voter dans les bureaux le fassent. Mais qu'ils rentrent chez eux directement après pour leur sécurité », a mis en garde un responsable d'un groupe rebelle.
Certaines personnes auraient été contraintes selon lui de participer au scrutin avec « des armes pointées sur elles ».
« C'est une élection injuste, organisée contre la volonté du peuple », tranche Kyaw Min Thein, 35 ans, dans l'Etat Rakhine, à l'ouest du pays, presque entièrement contrôlé par une armée issue d'une minorité ethnique.
« Je ne pense pas qu'il y aura de changements » après le scrutin, ajoute-t-il. « C'est pour les militaires l'occasion de troquer leurs uniformes contre des habits civils et de conserver leur pouvoir ».


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