Un drapeau national syrien et un portrait du président syrien Bachar el-Assad déchirés par des combattants anti-gouvernementaux dans la ville d’Alep, au nord de la Syrie, le 30 novembre 2024. Omar Haj Kadour/AFP
Un ancien membre des services secrets de l'ex-président syrien Bachar el-Assad a été tué au Liban dans une affaire de droit commun, première confirmation de la présence de membres du régime déchu sur le territoire libanais, a appris mardi l'AFP de source judiciaire. Le corps de Ghassan al-Soukhni a été retrouvé près de son domicile au nord de Beyrouth, selon cette source s'exprimant sous couvert de l'anonymat.
Dans un communiqué, l'armée a de son côté annoncé que le tueur présumé de Ghassan al-Soukhni, un Syrien également, avait été arrêté et que le meurtre, qui a eu lieu à Kfaryassine dans le Kesrouan, était la conséquence d'une « dispute pour raisons financières ». La troupe n'a pas précisé que la victime était un ancien du régime Assad.
Répression des manifestations et principales offensives de la guerre
Ghassan Al-Soukhni s'était réfugié au Liban après la chute du dictateur syrien et était un ancien membre de ses services secrets. Il était proche de Souheil al-Hassan, dirigeant des redoutables forces spéciales syriennes de Bachar el-Assad, surnommé « Le Tigre », a ajouté la source judiciaire. Les forces de Souheil al-Hassan avaient participé à la répression du soulèvement populaire en 2011 en Syrie, et mené les principales offensives du régime dans ce qui était devenu une guerre civile sanglante, qui a ravagé le pays pendant près de 14 ans.
Selon plusieurs sources sécuritaires concordantes contactées par L'Orient-Le Jour, des milliers d'anciens responsables et proches du régime syrien déchu vivent aujourd’hui au Liban, parmi plus de 75 000 réfugiés alaouites recensés de manière officieuse par les autorités. Ces officiers, sous-officiers, chefs de branches de sécurité, anciens tortionnaires et miliciens, se cacheraient notamment à Jabal Mohsen, le quartier alaouite de Tripoli, dans la banlieue sud de Beyrouth, la Békaa (des régions avec forte présence du Hezbollah) mais aussi sur le littoral. Ces responsables avaient profité du chaos des premiers jours après la chute du régime pour passer la frontière syro-libanaise sans être inquiétés par les combattants rebelles qui venaient de prendre le pouvoir. Les autorités libanaises, elles, auraient accordé des laissez-passer de 48 heures à condition que les personnes fuyant la Syrie quittent le pays via l’aéroport beyrouthin.
Les forces de sécurité libanaises ne peuvent procéder à aucune arrestation sans mandat judiciaire. Or aucun mandat n’a été émis contre elle », avait affirmé Bassam Maoulaoui, alors ministre libanais sortant de l’Intérieur dans une interview accordée à la chaîne al-Hadath, le 16 décembre 2024.
La question de la présence de ces anciens proches du régime Assad est en cours de discussion entre les autorités syriennes et leurs homologues libanais. Selon une source diplomatique libanaise, les Syriens auraient récemment demandé des informations sur ceux qui se cachent au Liban.
La famille Assad, au pouvoir pendant plus de 50 ans, a toujours considéré le Liban comme son arrière-cour. La Syrie a occupé son voisin entre 1976 et 2005, et a été accusée de plusieurs assassinats de responsables libanais opposés à sa tutelle. Mais pendant la guerre civile syrienne, le Hezbollah a envoyé des milliers de combattants pour soutenir le régime de Bachar el-Assad.

