Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Turk, lors de l'ouverture de la 58e session du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies à Genève, le 24 février 2025. Photo Fabrice Coffrini/AFP
Le gouvernement yéménite et les rebelles houthis ont annoncé mardi avoir conclu un accord sur un échange de près de 3.000 prisonniers après plusieurs jours de discussions des deux camps à Oman, le plus important à ce jour s'il se concrétise.
La guerre au Yémen a éclaté en 2014 quand les rebelles ont pris la capitale Sanaa, et une trêve entrée en vigueur en 2022 continue de tenir même si elle n'a pas été reconduite formellement. Il a été convenu de libérer des « milliers » de prisonniers de guerre, a indiqué Majed Fadhail, membre de la délégation gouvernementale chargée des négociations sur l'échange de prisonniers.
« Nous avons signé aujourd'hui un accord avec l'autre partie pour mettre en œuvre un échange de prisonniers à grande échelle impliquant 1.700 de nos prisonniers en échange de 1.200 des leurs, dont sept Saoudiens et 23 Soudanais », a déc »aré de son côté Abdelkader al-Mourtada, responsable de la délégation houthie pour les détenus.
Aucun des deux responsables n'a indiqué quand l'échange aurait lieu. Deux des sept ressortissants saoudiens sont des pilotes de l'armée de l'air, a précisé M. Fadhail à l'AFP qui a également dit que Mohamed Qahtan, chef du parti islamiste sunnite Al-Islah, allié du camp gouvernemental, faisait partie des prisonniers devant être libérés. L'accord a été conclu dans la capitale du sultanat d'Oman voisin, médiateur clé dans ce conflit.
« Importants défis »
L'envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen, Hans Grundberg, a salué cet accord, le qualifiant de « mesure « ositive et significative qui, espérons-le, soulagera les souffrances des détenus et de leurs familles à travers le Yémen ».
Il a toutefois averti que « sa mise en œuvre effective nécessiterait l'engagement et la coopération continus des parties, un soutien régional coordonné et des efforts soutenus pour tirer parti de ces progrès en vue de nouvelles libérations » dans un communiqué.
Parmi l'ensemble des personnes arrêtées par les Houthis, figurent des dizaines d'employés de l'ONU. Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme Volker Türk a appelé sur X à les « libérer immédiatement et sans condition ». Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s'est dit « prêt (...) à procéder à la libération, au transfert et au rapatriement des détenus afin que les personnes séparées de leurs familles puissent être réunies dans des conditions sûres et dignes ».
« Nous comptons sur la coopération des parties au conflit. Il est essentiel qu'elles respectent leurs engagements en vertu de l'accord », a déclaré Christine Cipolla, cheffe de la délégation du CICR au Yémen.
Si Mohammed al-Basha, du Risk Advisory Basha Report basé aux Etats-Unis, s'est également félicité d'une « étape constructive », il estime que « d'importants défis subsistent ».
Et de noter « la vérification des listes de détenus et la négociation d'un calendrier réaliste pour l'échange, ainsi que les (...) divisions profondes au sein du camp gouvernemental ».
S'il devait être mis en oeuvre, cet échange serait cependant le « plus grand » à ce jour , a-t-il dit à l'AFP.
En mars 2023, les deux parties avaient conclu à Berne un accord sur un échange de quelque 900 prisonniers, concrétisé un mois après. C'était alors le plus important depuis la libération de plus de 1.000 prisonniers en octobre 2020.
Le Yémen est divisé entre les Houthis, des rebelles soutenus par l'Iran qui se sont emparés de la capitale Sanaa en 2014 puis d'une grande partie du nord du pays, et le gouvernement, qui rassemble des forces hétéroclites et siège provisoirement à Aden, dans le sud.
La guerre a plongé ce pays le plus pauvre de la péninsule arabique dans l'une des pires crises humanitaires au monde, selon l'ONU.

