Un soldat égyptien monte la garde au point de passage de Taba, à la frontière entre l’Égypte et Israël, le 26 octobre 2011. Photo d'archives Mahmoud Khaled/AFP
Le ministère égyptien de l’Information a affirmé que l’accord d’approvisionnement en gaz signé entre Israël et l’Égypte est «strictement commercial et dénué de toute dimension politique», a rapporté l'agence Reuters jeudi.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé mercredi l’approbation de l’accord, précisant que les recettes attendues pour le Trésor public s’élèveront à 58 milliards de shekels (près de 18 milliards de dollars), tandis que la valeur globale de l’accord atteint 112 milliards de shekels (environ 34,6 milliards de dollars).
Cet accord, qui implique la société énergétique américaine Chevron et prévoit la fourniture de gaz naturel israélien à l’Égypte, intervient alors que des efforts sont en cours pour organiser un sommet entre M. Netanyahu et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, dans un contexte marqué par de nombreux différends et tensions entre les deux pays au cours des mois de guerre à Gaza, notamment autour du point de passage de Rafah.
La production égyptienne a commencé à décliner en 2022, contraignant le pays à abandonner ses ambitions de devenir un hub régional d’approvisionnement. L’Égypte s’est de plus en plus tournée vers Israël pour combler le déficit. Récemment, elle a également tenté de relancer sa production pétrolière et gazière. En novembre, le ministre égyptien du Pétrole, Karim Badawi, a annoncé le lancement de la production initiale de gaz du champ West Burullus, avec un débit préliminaire avoisinant 45 millions de pieds cubes par jour, selon les médias locaux
Israël et l'Egypte, alliés majeurs des Etats-Unis au Moyen-Orient, sont liés depuis 1979 par un traité de paix, mais la population égyptienne reste largement critique vis-à-vis de la coopération avec le pays voisin, notamment avec la dernière guerre à Gaza entre Israël et le mouvement palestinien Hamas.
L'annonce de cet accord survient plus de deux mois après un cessez-le-feu à Gaza, que Le Caire a contribué à négocier. Les négociations sur la deuxième phase de l'accord achoppent sur fond d'accusations mutuelles de violations de la trêve entre les deux camps.
« Intérêt stratégique »
Le chef de l'Organisme général de l'information en Egypte, Diaa Rashwan, a confirmé l'accord, tout en soulignant qu'il s'agissait d'une « transaction purement commerciale conclue sur la base de considérations strictement économiques et d'investissement ». M. Rashwan a affirmé que « le moment de l'annonce » était sans importance et que l'accord servait « un intérêt stratégique clair pour l'Egypte en renforçant sa position de seul hub régional pour le commerce du gaz en Méditerranée orientale », rapporte l'AFP.
Mercredi soir, le ministre israélien de l'Energie Eli Cohen avait indiqué qu'il s'agissait du « plus gros accord d'exportations de l'histoire » d'Israël. « Cet accord renforce considérablement la position d'Israël en tant que puissance énergétique régionale et contribue à la stabilité de notre région », a dit pour sa part M. Netanyahu.
Israël augmentera le volume total de gaz fourni à l'Egypte à 130 milliards de mètres cubes, a indiqué le groupe gazier israélien NewMed Energy qui a annoncé mercredi « avoir reçu l'autorisation d'exporter du gaz vers l'Egypte, ce qui permet la réalisation de l'accord estimé à environ 35 milliards de dollars ».
L'Egypte produit également du gaz mais pas en quantité suffisante pour ses 108 millions d'habitants. Elle a commencé à importer du gaz d'Israël depuis plusieurs années, annonçant notamment en 2020 un accord évalué à 13,3 milliards d'euros.
Lorsque les approvisionnements ont été interrompus au début de la guerre à Gaza, les responsables égyptiens ont évité de nommer Israël, affirmant que les pénuries qui en avaient résulté étaient dues à des problèmes « dans un pays voisin ».
Tout au long de la guerre, l'Egypte s'est livrée à un exercice d'équilibriste en condamnant d'un côté l'offensive israélienne dévastatrice à Gaza et en maintenant de l'autre son rôle de médiateur. M. Rashwan a déclaré jeudi que la position de l'Egypte sur la question palestinienne demeurait « ferme et inébranlable », alors que Le Caire défend la création d'un Etat palestinien.

