Le Hezbollah est-il en train de se rapprocher de l’Arabie saoudite ? La nouvelle sur une visite secrète du responsable des relations arabes et internationales de cette formation, Ammar Moussaoui, à Riyad a eu l’effet d’un séisme dans les milieux politiques. Un tel développement indique des changements dans les relations et les rapports de force régionaux. Surtout lorsqu’on pense que depuis l’éclatement de la guerre au Yémen en 2014, et le rôle du Hezbollah aux côtés des houthis, l’Arabie s’est complètement désintéressée du Liban, qui a aussitôt plongé dans une crise économique sans précédent.
D’ailleurs, depuis la conclusion de l’accord sur la cessation des hostilités entré en vigueur le 27 novembre 2024, les milieux politiques libanais ne cessent d’affirmer que les dirigeants de Riyad sont ceux qui insistent le plus sur le désarmement du Hezbollah, exigeant même que ce soit une condition préalable au retour des aides saoudiennes. Comment, dans ce cas, les Saoudiens pourraient-ils accueillir chez eux un responsable du même Hezbollah? Les sources proches du Hezbollah sont catégoriques, il n’y a pas eu de visite de Ammar Moussaoui à Riyad et rien de tel n’est prévu pour l’instant. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas un changement dans l’attitude saoudienne à l’égard du Hezbollah. Après l’hostilité déclarée, ces milieux estiment que, désormais, les relations entre l’Arabie saoudite et le Hezbollah se résument à une neutralité positive.
Plusieurs facteurs ont d’ailleurs joué un rôle dans la pacification des relations entre l’Arabie et le Hezbollah après des années de conflits ouverts, médiatiques et autres. Deux États ont d’ailleurs joué un rôle déterminant à ce niveau, dont la Turquie, qui veut renforcer son rôle dans le nouveau Moyen-Orient annoncé par le président américain Donald Trump, et l’Égypte, qui estime qu’il faut impérativement resserrer les rangs face à la tentation hégémonique d’Israël. La Turquie a ainsi accueilli Ammar Moussaoui, dans le cadre du congrès qu’elle a organisé sur Jérusalem. Mais elle a profité de cette occasion pour tenter une médiation entre le Hezbollah et le nouveau président syrien, Ahmad el-Chareh. Selon les sources proches du Hezbollah, cette médiation n’a pas vraiment avancé pour l’instant, en raison de l’opposition américaine à ce processus.
De son côté, l’Égypte multiplie ses initiatives en direction du Liban pour éviter une éventuelle escalade israélienne et propose des solutions considérées comme acceptables, telles que placer les armes du Hezbollah sous le contrôle de l’armée sans qu’elles soient ni utilisées ni détruites. L’Égypte, qui se considère directement impliquée dans ce qui se passe à Gaza et même au Liban, a aussi amélioré ses relations, pourtant généralement assez tendues, avec la Turquie et même avec l’Iran. Elle voit aussi d’un très bon œil la reprise des visites entre les dirigeants iraniens et ceux d’Arabie saoudite. D’ailleurs, selon le député Ihab Hamadé (Hezbollah), l’Égypte a adressé une invitation aux dirigeants du Hezbollah pour se rendre au Caire. C'est le signe d’une volonté réelle de mettre fin aux anciennes animosités et de se concentrer sur des points positifs avec un pays très proche des Saoudiens.
Justement, les Saoudiens ont eux aussi modifié leur attitude à l’égard du Hezbollah. Certes, il ne s’agit pas encore pour eux de mener un dialogue direct avec cette formation, mais des sources diplomatiques saoudiennes abordent désormais, devant leurs interlocuteurs libanais, la question du Hezbollah dans un souci visible d’ouverture. Ces mêmes sources rappellent que, pour Riyad, la solution au Liban repose sur deux volets concomitants, les réformes nécessaires et le processus de monopole des armes par l’État. Les Saoudiens n’exigent donc pas, comme le véhiculent certains, la remise des armes du Hezbollah comme condition préalable à toute initiative en direction du Liban, mais cela reste évidemment un point important. Les sources saoudiennes précitées précisent aussi que les dirigeants de Riyad sont particulièrement satisfaits des efforts accomplis par le Liban au niveau de la lutte contre le trafic de drogue. De même, des mesures avaient été réclamées pour sécuriser la route de l’Aéroport international de Beyrouth et elles ont été adoptées par les autorités libanaises. C’est dire que, pour l’Arabie, beaucoup de points positifs ont été accomplis au cours des derniers mois au Liban et c’est la raison pour laquelle les autorités de Riyad ont commencé à encourager de nouveau les investissements saoudiens au Liban. Mais le processus est sans doute un peu lent, en raison des dangers qui pèsent encore sur le pays. Concernant le Hezbollah, les Saoudiens continuent à ne pas vouloir d’un dialogue direct avec lui, mais ils font preuve d’ouverture envers le président de la Chambre Nabih Berry. Autrement dit, comme l’a résumé un acteur politique libanais, le Hezbollah n’est plus considéré par les Saoudiens comme un ennemi, mais il n’est pas encore un interlocuteur.


Ce qu'il y a de bien avec la diplomatie, c'est que vous pouvez serrez la main de votre ennemi d'une main tout en lui lançant une bombe avec l'autre.
19 h 01, le 18 décembre 2025