Vue de l’exposition « Risen from Ruins » au musée national de Beyrouth, consacrée aux découvertes du site de Tell Fadous-Kfarabida. Photo fournie par le ministère de la Culture
« Risen from Ruins » (Ressuscité des ruines). Un ensemble de 38 artefacts issus des fouilles de tell Fadous-Kfarabida, site du bronze ancien à moyen situé à 12 kilomètres au nord de Byblos, est exposé au musée national de Beyrouth. Des sceaux-cylindres, des outils en os, des jarres et des tessons de poterie du bronze moyen fournissent des informations sur les échanges commerciaux et la vie quotidienne (cuisine, stockage), ainsi qu’une poutre-échelle destinée à des constructions à grande portée et, pour un aperçu du raffinement de cette ancienne communauté, une balance en ivoire permettant de peser de petites quantités.
Des objets exhumés avant que le site ne soit dégradé par les dents éventreuses du bulldozer qui a démoli les couches supérieures du tell, causant des dommages irréversibles. « La destruction est d’autant plus choquante qu’elle intervient après des années de dialogue avec le propriétaire de la parcelle, dont les plans de construction ont été réexaminés et jugés irréalisables en raison d’importantes couches archéologiques », raconte Hermann Genz, professeur d’archéologie à l’Université américaine de Beyrouth (AUB) et directeur scientifique des fouilles de tell Fadous-Kfarabida.

Grâce à l’intervention rapide des habitants de la localité et de la municipalité de Kfarabida, en coordination avec la Direction générale des antiquités (DGA), les travaux de terrassement ont été stoppés et les couches des niveaux inférieurs ont été sauvées in extremis. Celles-ci ont révélé les vestiges d’une communauté organisée datant d’environ 3000-2500 avant J.-C. : des fortifications ; deux grands bâtiments, dont l’un est constitué d’une imposante salle de 8 x 6 mètres, et l’autre comprend plusieurs pièces, dont une chambre de stockage des aliments ; deux quartiers d’habitation, séparés par des ruelles d’environ deux mètres de large et divisés en plusieurs unités d’habitation. Les constructions sont faites de murs en moellons et de mortier d’argile.
Le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, a classé le tell Fadous-Kfarabida « site protégé », assurant ainsi la sauvegarde du patrimoine.
Un avant-poste de Byblos
Situé à environ deux kilomètres au sud de Batroun, Fadous, dans le district de Kfarabida, est l’un des rares villages de la côte libanaise à avoir échappé au développement urbain. Son tell, de caractère exceptionnel, présente une longue histoire d’occupation humaine, allant du chalcolithique au bronze moyen, avec un apogée au bronze ancien, caractérisé par la naissance des premières cités-États en Mésopotamie (comme Uruk vers 4500 avant J.-C.) et l’émergence d’une société proto-étatique en Égypte, marquant la transition vers la civilisation urbaine.

Bien que sa superficie soit d’à peine un hectare et demi, « le site présente les caractéristiques d’une ville, avec des structures publiques et des fortifications. C’est à cette époque que les premiers échanges commerciaux avec l’Égypte ont débuté », explique Hermann Genz. « Les excavations, ajoute-t-il, ont apporté des informations cruciales pour comprendre l’histoire économique et sociale de la région. Les découvertes faites l’ont étroitement lié à Byblos, l’un des principaux centres de l’époque. Nous pensons que le tell Fadous était un avant-poste de Byblos, un lieu de rassemblement des produits agricoles pour leur stockage et leur expédition. La culture matérielle (objets créés ou utilisés) est absolument identique. Des empreintes de sceaux-cylindres, des jarres de stockage et même une empreinte de sceau identique, trouvée à la fois à Byblos et à tell Fadous-Kfarabida, témoignent de liens administratifs et économiques étroits. »
Les fouilles ont également mis au jour des scarabées, des poteries égyptiennes, des bijoux et des armes en bronze. Les strates de l’âge du bronze regorgent de secrets. Les fouilles, qui vont se poursuivre, pourraient apporter de nouvelles informations sur les origines de l’établissement.




Yé, ils avaient déjà des cendriers à l’époque…
07 h 33, le 18 décembre 2025