L'ancien président français Nicolas Sarkozy, signant son livre, le 10 décembre 2025 à Paris. Photo Bertrand GUAY / AFP
L'ex-président français Nicolas Sarkozy s'est offert un bain de foule pour le lancement mercredi de son livre racontant ses trois semaines de détention après sa condamnation dans le procès libyen, avec une dédicace de ce « Journal d'un prisonnier » dans une grande librairie à Paris. Nicolas Sarkozy, condamné à cinq ans de prison en septembre dans l'affaire du financement libyen de sa campagne électorale de 2007, avait été remis en liberté sous contrôle judiciaire le 10 novembre après 20 jours de détention à la prison parisienne de la Santé. Cette détention est inédite pour un ex-président dans l'histoire de la République française.
« Nicolas, Nicolas ! », ont scandé des admirateurs dans une longue file d'attente devant une librairie d'un quartier chic de Paris. « J'aimerais lui dire qu'il n'est pas tout seul » s'enthousiasme Erwan Lecomte, étudiant de 20 ans, venu à la rencontre de celui qu'il nomme « le dernier grand président de la République ». « On est contre cette injustice qu'il a vécue ». « Nicolas, Casse-toi pauv'con ! Ta place est en prison » ont a contrario crié deux militantes Femen, faisant allusion à une répartie polémique de Nicolas Sarkozy de 2008, alors président, à un homme qui refusait de lui serrer la main. Les deux manifestantes féministes ont été rapidement interpellées par la police, selon des images diffusées par plusieurs journalistes sur les réseaux sociaux.
L'ouvrage de 216 pages, édité par une maison d'édition contrôlée par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré, est paru exactement un mois après la remise en liberté sous contrôle judiciaire le 10 novembre de l'ex-chef de l'Etat. Dans son ouvrage, il dit s'être agenouillé pour prier au premier jour de son incarcération, le 21 octobre, après sa condamnation quelques semaines plus tôt à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs. Il amorce par ailleurs un virage vis-à-vis de l'extrême droite. À la cheffe de file des députés RN Marine Le Pen, qui lui demande s'il s'associerait à un éventuel « front républicain », il répond: « Non, et de surcroît je l'assumerai en prenant le moment venu une position publique sur le sujet ».
« Déformer les faits »
Il consacre également quelques pages sur l'audition des proches de victimes de l'attentat du DC-10, parties civiles au procès libyen, qu'il qualifie de « moments les plus émouvants » tout en se disant « affecté par la violence de certains propos à mon endroit ». Le 19 septembre 1989, 170 personnes de 18 nationalités avaient été tuées dans l'attaque préparée par les services secrets libyens contre l'avion d'UTA au-dessus du Niger.
Des familles de victimes se sont dites mardi « affligées » par ce passage qui leur est consacré. « Une fois encore, Nicolas Sarkozy inverse les rôles, faisant croire qu'il serait la véritable victime, celle de la douleur des familles du DC-10. C'est un choix assumé: déformer les faits et escamoter la vérité », a fustigé dans un communiqué le collectif « Les Filles du DC-10 », un groupe de filles, mères et sœurs de morts du DC-10.
Le tribunal correctionnel de Paris l'a reconnu coupable d'avoir sciemment laissé ses collaborateurs démarcher en vue d'un financement de sa campagne présidentielle de 2007 un haut dignitaire libyen, Abdallah Senoussi, alors que celui-ci était sous le coup d'une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'attentat du DC-10 (170 personnes tuées le 19 septembre 1989). En contrepartie, ils lui auraient laissé miroiter un examen de sa situation judiciaire.
L'ancien chef de l'État sera jugé à nouveau dans le dossier du finalement libyen du 16 mars au 3 juin par la cour d'appel de Paris. Tous les prévenus y comparaîtront libres, la cour d'appel ayant libéré mercredi sous contrôle judiciaire Alexandre Djouhri, dernier incarcéré dans ce dossier. Nicolas Sarkozy est par ailleurs définitivement condamné dans deux autres affaires : un an de prison ferme pour corruption et trafic d'influence, une sanction inédite pour un ancien chef de l'Etat dans celle dite des écoutes de l'Elysée et un an d'emprisonnement dont six mois ferme dans l'affaire dite Bygmalion, pour le financement illégal de sa campagne présidentielle perdue de 2012.

