Ana Corina Sosa (au centre), fille de Maria Corina Machado, leader de l'opposition vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix 2025, arrive au Grand Hôtel d'Oslo le 8 décembre 2025, quelques jours avant la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix. Photo Lise Åserud/AFP
La famille de Maria Corina Machado et des chefs d'État sont arrivés lundi à Oslo pour célébrer le Nobel de la paix de l'opposante vénézuélienne, qui vit cachée dans son pays et dont la venue est également attendue malgré le risque d'être déclarée fugitive.
Bête noire du président Nicolas Maduro, Mme Machado doit normalement recevoir sa prestigieuse récompense mercredi et tenir une conférence de presse la veille à 13H00 (12H00 GMT), mais cette visite --probable-- dans la capitale norvégienne est entourée de mystères. Et d'une sécurité renforcée. A quelques heures du début du programme, on ignore encore si l'opposante de 58 ans, qui vit dans la clandestinité au Venezuela depuis août 2024, est arrivée dans le pays scandinave.
Rencontrée par une journaliste de l'AFP à l'aéroport d'Oslo où elle venait d'arriver, la mère de la lauréate a dit espérer que sa fille soit aussi à Oslo cette semaine, sans toutefois pouvoir le confirmer. « Tous les jours, je prie le rosaire, je demande à Dieu le Père, à la Vierge, aux deux ensemble, pour que nous ayons Maria Corina demain », a dit Corina Parisca de Machado, qui assure ne pas avoir vu sa fille depuis un an. « Et si nous ne l'avons pas (parmi nous) demain, c'est que telle est la volonté de Dieu », a ajouté l'octogénaire.
Malgré sa popularité, Mme Machado a été empêchée de se présenter à la présidentielle de juillet 2024 où Nicolas Maduro, au pouvoir depuis 2013, a été proclamé vainqueur. L'opposition, les États-Unis et une partie de la communauté internationale ne reconnaissent pas ces résultats.
Le mois dernier, le procureur général du Venezuela a dit à l'AFP que Mme Machado serait considérée comme « fugitive » si elle quittait son pays pour recevoir son Nobel. « En étant hors du Venezuela et faisant l'objet de nombreuses enquêtes pénales, elle est considérée comme fugitive », a déclaré Tarek William Saab, précisant que Mme Machado était accusée par la justice vénézuélienne d'« actes de conspiration, d'incitation à la haine et de terrorisme ».
« Caramba ! »
L'opposante s'est vu attribuer le prix Nobel de la paix le 10 octobre pour ses efforts en faveur d'une transition démocratique au Venezuela, où Nicolas Maduro est accusé de dérive autoritaire. Elle a confirmé qu'elle viendrait en personne recevoir son prix, a indiqué samedi à l'AFP le directeur de l'Institut Nobel, Kristian Berg Harpviken.
Que sa fille remporte le Nobel ? « Je ne l'aurais jamais imaginé », a aussi relaté Corina Parisca de Machado. « J'avais entendu et lu qu'on l'avait proposée ». « J'ai pensé: 'Caramba ! Quel jour merveilleux ce serait, mais c'est tellement difficile' », a ajouté l'octogénaire. « Et puis, quand c'est arrivé, l'une de mes filles est venue me voir, là où j'étais couchée (...) C'est la seule fois où on m'a réveillée à 07H00 du matin sans que je me fâche ». D'autres membres de la famille, y compris la sœur et la fille de Maria Corina Machado, sont également à Oslo.
Plusieurs dirigeants d'Amérique latine, dont le président argentin Javier Milei --qui, à l'instar de Mme Machado, partage largement les idées de Donald Trump--, sont attendus à la cérémonie Nobel mercredi dans l'Hôtel de ville d'Oslo. Également rencontré lundi dans la capitale norvégienne, le président du Panama, José Raul Mulino, a indiqué avoir entendu que l'opposante y viendrait « bientôt ». Il a expliqué à l'AFP que sa présence visait « à adresser de chaleureuses félicitations à cette héroïne de la démocratie, au peuple vénézuélien combatif » avec l'espoir de « rétablir le plus rapidement possible la démocratie au Venezuela ».
Lieu de villégiature traditionnel des lauréats Nobel, le Grand Hotel à Oslo est entouré d'un important dispositif policier, ont constaté sur place des journalistes de l'AFP.
Ce Nobel survient alors que les États-Unis ont mis en place un important dispositif militaire dans les Caraïbes et lancé des frappes mortelles sur des bateaux présentés comme se livrant à du trafic de drogue. Le président américain Donald Trump souffle le chaud et le froid sur la possibilité de frapper aussi le territoire vénézuélien.


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