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Culture - Rencontre

Virginie Efira à « L’OLJ » : rôle suicidaire, lettre à Macron et virage japonais

De passage au festival marocain, l’actrice franco-belge se confie sans filtre : ses rôles, ses collaborations féminines, son rapport au Maroc, son engagement politique et un humour ravageur qui traverse même ses confidences les plus intimes.

Virginie Efira à « L’OLJ » : rôle suicidaire, lettre à Macron et virage japonais

L'actrice franco-belge Virginie Efira au Festival de Marrakech, où elle a livré une conversation pleine de sincérité et d’humour. Photo avec l'aimable autorisation du Festival de Marrakech

Avec son minois de gamine éternelle, sa joie de vivre qui crève l’écran et sa simplicité affichée, on aurait du mal à imaginer Virginie Efira dans un second rôle de suicidée. Et c’est pourtant celui qu’elle tient aux côtés de Jodie Foster dans Vie privée, alors même qu’elle avait interrogé la réalisatrice Rebecca Zlotowski sur ce choix, réalisatrice qui a, par ailleurs, carte blanche auprès de l’actrice. « Je rêvais de jouer avec Jodie », lâche-t-elle d’un coup, comme une évidence longtemps contenue.

Ce jour-là, Virginie Efira arrive à notre rendez-vous très en retard, mais se prête bon enfant, et en toute bonne humeur, au jeu des questions. Membre du jury du festival l’année dernière, elle était cette fois invitée pour une conversation croisée avec Chiara Mastroianni.

Elle entame notre rencontre en évoquant l’empreinte de son compagnon dans Un amour impossible, Niels Schneider, sans toutefois vouloir nommer un tandem en particulier qui l’aurait marquée. « J’ai eu la chance de tourner avec de très, très bons acteurs », dit simplement l'actrice franco-belge, avant d’enchaîner : « Et là je joue avec Pierre Niney, Vincent Cassel, Adam Bessa dans un film d’Asghar Farhadi, un très grand réalisateur iranien. » Puis elle relativise toute tentative de classement : « On ne peut pas faire un hit-parade de ses rencontres ; la seule chose que je regrette, c’est que quand on est une fille et qu’on fait du cinéma, on rencontre beaucoup plus de garçons que de filles. J’ai rarement eu, à part dans le film japonais que je viens de finir, la possibilité d’avoir tout un parcours avec une femme, mais c’est vrai que j’ai rencontré plein d’acteurs français absolument incroyables. »

Ce film japonais est celui du très grand réalisateur Ryusuke Hamaguchi, qui avait signé Drive My Car, arrivé jusqu’aux Oscars. « J’ai dû apprendre le japonais », confie-t-elle, en ajoutant dans un sourire : « Mais j’ai du mal avec l’arabe que j’aimerais maîtriser. Ma fille, qui est moitié tunisienne, parle mieux la langue que moi. »

Virginie Efira au Festival de Marrakech lors de sa conversation publique avec Chiara Mastroianni. Photo avec l'aimable autorisation du Festival de Marrakech
Virginie Efira au Festival de Marrakech lors de sa conversation publique avec Chiara Mastroianni. Photo avec l'aimable autorisation du Festival de Marrakech

Habituée du Festival de Marrakech, Virginie Efira a tourné un certain nombre de films à travers le Maroc. Elle confie que ce qui la fait revenir, chaque fois, c’est son sentiment de forte proximité avec ce pays. Le festival lui permet aussi de découvrir des films qu’elle n’a pas souvent l’occasion de voir, par manque de temps, elle qui parcourt les quatre coins du monde, ainsi que de rencontrer des réalisateurs majeurs – « même lorsque je n’ose pas leur parler parce que je suis timide », avoue-t-elle. Avant d’ajouter, gourmande : « Je suis toujours contente de repartir parce que à chaque fois je prends 12 kilos par jour. »

À quoi ressemble le rôle dont elle rêve ? « Je suis très contente de revenir à la comédie », explique-t-elle, heureuse d’incarner à nouveau des « filles qui ont une morale élastique et qui ne sont pas très gentilles, qui sont fourbes, prétentieuses », un changement notable par rapport à ses rôles habituels où elle campe des femmes courageuses ou bonnes.


En évoquant son travail avec les réalisatrices, elle souligne une différence de style : « Tu vas chercher des choses à l’extérieur de toi-même, comme par exemple avec Les Enfants des autres de Rebecca Zlotowski, un film que j’aime vraiment beaucoup. J’avais subtilisé beaucoup de choses à Rebecca, c’est-à-dire que l’identification par le même genre était plus facile qu’avec un homme, car souvent il s’agit de récits où elles parlent de leur propre point de vue dans l’existence. Et du coup on fusionne un peu et j’arrive à attraper ce qu’elles pensent, comme avec Justine Triet, Catherine Corsini ou Alice Winocour. » Avant de nuancer : « Cela dit, je ne fais pas tellement attention au genre quand je choisis un film, mais force est de constater qu’il y a beaucoup plus de réalisatrices – avec des budgets plus serrés. Comme moi, je suis plus intéressée par des réalisateurs qui arrivent à faire des œuvres personnelles, il y a forcément beaucoup plus de femmes sur mon chemin. »

Virginie Efira entourée de l’équipe de « Vie privée », aux côtés de Jodie Foster et de la réalisatrice Rebecca Zlotowski, lors de la présentation du film. Photo avec l'aimable autorisation du Festival de Marrakech
Virginie Efira entourée de l’équipe de « Vie privée », aux côtés de Jodie Foster et de la réalisatrice Rebecca Zlotowski, lors de la présentation du film. Photo avec l'aimable autorisation du Festival de Marrakech


Elle raconte aussi sa rencontre avec Justine Triet, qui lui a fait changer de point de vue sur la manière de faire ce métier : « C’est ce que je recherche à chaque fois avec un metteur en scène. »

Engagée, Virginie Efira avait écrit une lettre au président Emmanuel Macron en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza. Elle considère l’art comme une porte pour se rapprocher, pour regarder l’autre comme une part de soi-même, « ce dont on a vraiment besoin ». Elle cite à titre d’exemple la réalisatrice Kaouther Ben Hania, à qui l’on doit Les Filles d’Olfa, et dont le film The Voice of Hind Rajab était programmé lors du festival. « Je ne pense pas que le cinéma puisse instaurer la paix, mais il peut opérer des rapprochements qui sont essentiels. Après, c’est compliqué, car il faut voir où porte la parole, d’où elle part, où elle est entendue. Je suis très admirative des gens qui sont dans des systèmes plus compliqués, comme le hollywoodien, et qui arrivent malgré tout à livrer une parole courageuse ».

L’actrice souligne aussi « ce qui est chouette en France » : la possibilité de financer et de cofinancer des films venus d’ailleurs, ce qui « ouvre des champs de possibles aux jeunes et des chances d’opposition ».

Du Liban, enfin, elle dit connaître « malheureusement beaucoup de ses malheurs, ses difficultés politiques », mais aussi ses cinéastes, « la beauté de Beyrouth qu’on lui a montrée » et, bien évidemment, sa gastronomie.

Avec son minois de gamine éternelle, sa joie de vivre qui crève l’écran et sa simplicité affichée, on aurait du mal à imaginer Virginie Efira dans un second rôle de suicidée. Et c’est pourtant celui qu’elle tient aux côtés de Jodie Foster dans Vie privée, alors même qu’elle avait interrogé la réalisatrice Rebecca Zlotowski sur ce choix, réalisatrice qui a, par ailleurs, carte blanche auprès de l’actrice. « Je rêvais de jouer avec Jodie », lâche-t-elle d’un coup, comme une évidence longtemps contenue.Ce jour-là, Virginie Efira arrive à notre rendez-vous très en retard, mais se prête bon enfant, et en toute bonne humeur, au jeu des questions. Membre du jury du festival l’année dernière, elle était cette fois invitée pour une conversation croisée avec Chiara Mastroianni.Elle entame notre rencontre...
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