Jodie Foster, invitée d’honneur au festival international du film de Marrakech. Photo festival international du film de Marrakech
C’est avec toute la simplicité qu’on lui connaît que Jodie Foster accorde, à une toute petite poignée de médias, dont L’Orient-Le Jour, un peu de son temps volé à son séjour marocain, à l’occasion du festival international du cinéma de Marrakech. Elle commence sans détour, en évoquant ce que beaucoup taisent : l’âge. « La soixantaine est libératrice alors qu’à 50 ans, c’est plus compliqué, car on navigue entre deux eaux », lance-t-elle, avec cette franchise qui la caractérise.
Très vite, elle remonte le fil de sa carrière, à ses débuts, dans un milieu où les femmes étaient presque invisibles. « On n’y pensait pas trop à l’époque, on était en plein dedans. Mais là, quand je regarde en arrière… La révolution digitale a changé tout le paysage cinématographique, autant pour ceux qui le composent que pour ceux qui le reçoivent. Mais aussi, il y avait très peu de femmes quand j’ai commencé. J’ai fait un film avec une femme en 40 ans et puis, dernièrement, quatre d’un coup. » Elle enchaîne sur ce pouvoir du cinéma capable de dénoncer les carences sociales et de faire progresser la marche du monde.
Quand on évoque ses succès, l'actrice américaine assure que son plus grand reste d’être heureuse, et que les obstacles ne l’ont jamais détournée de cette joie viscérale. « Le cinéma fait sens, il peut faire bouger les lignes et créer des liens avec les autres. » Elle regrette, par ailleurs, qu’aux États-Unis on ne mette pas davantage en lumière les films de la région, et glisse son admiration pour le cinéaste iranien Jafar Panahi.
Inévitablement, Le Silence des agneaux (1991) de Jonathan Demme surgit dans la conversation. C’est le film qui a le plus bouleversé sa vie. « Premièrement parce que c’est un très beau film, et parce qu’il a fait un mélange des genres inédit, un film très intelligent, humaniste et féministe. J’en suis très fière. » Le tournage, dit-elle, a même créé une matrice familiale autour du casting, devenue essentielle pour elle.
Il y a eu aussi ces années où Jodie Foster s’est tenue volontairement à l’écart, pour élever ses enfants. Elle n’acceptait que des tournages à New York ou Los Angeles, pour rester proche d’eux. « Le secret pour garder l’élan, c’est peut-être de ne pas être impatiente, de ne pas vouloir travailler tout le temps. Être présente pour la vie est important, afin d’apprendre des choses sur soi et sur les temps qui évoluent, qu’on peut redonner aux films. »

Sur Vie privée, son dernier film où elle incarne une psychiatre sous la direction de Rebecca Zlotowski, elle raconte avoir voulu tourner un film d’auteur en France, pour une raison simple : « Ce film raconte vraiment une histoire. Il y a plein de films européens que j’apprécie particulièrement mais qui se concentrent sur le comportement. Moi, il me faut une histoire, sinon je ne sais pas ce que je fais. J’ai donc attendu de la trouver. » Quant à la différence entre une direction masculine ou féminine, elle balaie l’idée : « Ce qui impacte davantage une mise en scène, c’est la culture, qui avant était différente selon qu’on soit un homme ou une femme. »
Lorsque l'on aborde la question du rôle de l’artiste dans un monde où les libertés d’expression sont menacées, elle nuance. Elle qui a vécu librement rappelle que le véritable obstacle n’est parfois pas la parole, mais son financement. « Aux États-Unis, ce sera notre défi dans les années à venir », présage-t-elle.
Jodie Foster confie aussi avoir souvent été le second choix des réalisateurs. Une situation qu’elle transforme en principe de vie. Il faut, dit-elle, écouter ses instincts lorsqu’on est obsédé par quelque chose : « Pouvoir se battre pour quelque chose est un exercice important. » Et d’ajouter : « Il faut être humble en sachant qu’on n’est pas le premier choix, mais avoir réellement envie d’être le second. »
À la question : qu’est-ce qui lui a donné envie d’être réalisatrice ? elle sourit : elle avait six ans. « Je jouais dans un feuilleton où l’homme qui incarnait le père réalisait le film et c’est ce jour-là que j’ai compris qu’il nous était permis, nous acteurs, d’être réalisateurs. » Elle raconte aussi que ce sont les réalisatrices européennes qui lui ont fait comprendre qu’elle pouvait aborder ce métier. C’est celui qu’elle aurait voulu faire autant que celui d’actrice, même si elle avoue n’avoir jamais pu jongler avec les deux.
Sur les réseaux sociaux, elle rit presque de son ignorance totale. Elle reconnaît que la toile offre un accès extraordinaire, mais ne filtre rien, surtout pour les enfants : « Ils ne doivent absolument pas subir la prédominance adulte. Il faut qu’un drame survienne pour que les lois voient le jour et c’est dommage. »
Celle qui joue à merveille confie préférer le métier de réalisateur, qui répond davantage à ses exigences intellectuelles, tout en reconnaissant qu’être actrice l’a rendue plus humaine. Cela lui a permis de tisser des liens auxquels elle n’aurait jamais accédé dans une sphère strictement intellectuelle. « Je pense que la réalisation est intéressante et moins éprouvante, mais jouer m’apporte une dimension spirituelle qui m’aurait manqué autrement. » Quel rôle lui aurait permis d'assouvir ce besoin ? La réponse fuse, sans hésitation : Nell (dans le film éponyme de Michael Apted sorti en 1994, où elle incarne une enfant sauvage obligée de quitter sa cabane des montagnes à la mort de sa mère, NDLR). « Il fallait que je travaille différemment. C’est le rôle qui m’a le plus appris. »

Quant à l’âge, elle ne s’en cache pas : c’est une transition, un défi, mais aussi une possibilité d’affirmer sa présence. Elle plaisante sur les « bobos » qui l’accompagnent, comme les genoux qui ne répondent plus avec la même ferveur sur les pistes de ski. « Il faut que je fasse moins d’heures. » Vieillir lui offre toutefois le luxe de choisir ses rôles. Et lorsqu’on lui demande quel fut le rôle le plus compliqué de sa vie, elle cite d’abord la mise en scène, avant d’évoquer The Monuments Men, un film de grand studio, signé George Clooney et Julia Roberts.
Jodie Foster, qui fait l’éloge du présent plutôt que la nostalgie du passé, se dit subjuguée par les couples qui dansent dans les films, même si elle ne danse pas du tout. Pour l’illustrer, elle évoque In-I In Motion, le documentaire de Juliette Binoche sur la création du spectacle de danse qu’elle a cocréé et interprété avec Akram Khan en 2008. Ne pas travailler comme les autres reste pour elle une condition de réussite – tout comme l’authenticité.
Et évidemment, quand on lui demande de parler du Liban, au-delà de son envie de s’y rendre, c’est la gastronomie qu’elle cite sans hésitation. « J’adore manger libanais », conclut-elle, dans un éclat de sincérité qui résume toute la rencontre.



Malheureusement ou heureusement , lorsqu'on se présente comme libanais , face à une personne "non libanaise" ( à l'étranger notamment) La première réaction de cette personne : " j'adore la nourriture libanaise"..... A croire qu'ils nous prennent pour un sandwich de chawarma ? :) :) :) :)
12 h 32, le 03 décembre 2025