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Moyen-Orient - Forum

Solution ou fléau écologique : que peuvent espérer les pays méditerranéens de l'IA ?

Face aux urgences écologiques, l’IA peut être source de solutions. Mais peut-on oublier, pour autant, son impact global environnemental ?

Solution ou fléau écologique : que peuvent espérer les pays méditerranéens de l'IA ?

Keynote par Nizar Yaiche, ancien ministre tunisien des Finances, au Forum méditerranéen de l’intelligence artificielle. Photo Emily Carpenter

« Quelles solutions l’IA peut-elle apporter aux grands défis méditerranéens ? » Telle était la question centrale du Mediterranean Forum for Artificial Intelligence, organisé à Tunis les 20 et 21 novembre derniers.

L’un des défis majeurs, pour la région, est assurément d’ordre écologique. « Point chaud du réchauffement climatique, la Méditerranée connaît un réchauffement 20 % supérieur à la moyenne mondiale et doit faire face à des défis sans précédent qui menacent ses écosystèmes, ses économies et ses communautés », rapporte l’Union pour la Méditerranée (UpM) sur son site, en citant l’une des conclusions du premier rapport d’évaluation méditerranéen (MAR1) réalisé en 2020 par des experts méditerranéens sur le changement climatique et environnemental (MedECC) et l’UpM. « Si le réchauffement se poursuit au rythme actuel, de nombreux territoires en Méditerranée seront inhabitables », alertait, quatre ans plus tard, la géographe Magali Reghezza-Zitt dans une tribune publiée dans Le Monde.

C’est donc sans surprise que l’urgence écologique et les solutions – réelles ou supposées – que l’intelligence artificielle (IA) pourrait y apporter ont fait l’objet de plusieurs tables rondes à Tunis.

Lors du panel « IA, eau et agriculture : sécurité alimentaire et durabilité », les intervenants ont mis en exergue la diversité des solutions que l’intelligence artificielle permet désormais d’envisager. Faten Aiss, directrice des partenariats mondiaux chez Flat6Labs – une plateforme d’accompagnement entrepreneurial active dans les marchés émergents du Moyen-Orient et d’Afrique – a notamment mis en lumière des start-up développant des systèmes d’irrigation intelligente dans des zones agricoles soumises à un stress hydrique élevé, comme en Algérie. Selon elle, ces systèmes permettent de réaliser entre 40 % et 60 % d’économies d’eau, un gain crucial dans des régions où chaque goutte compte.

« La Méditerranée est un espoir, elle est porteuse de solutions », renchérissait Rym Benzima, directrice du Forum mondial de la mer. Et de citer, parmi les innovations présentées, l’usage d’outils d’IA capables de détecter les amas de plastique dans la mer Méditerranée grâce à l’analyse d’images satellite, offrant de nouvelles perspectives pour mieux cibler les opérations de dépollution.

L’enjeu est de taille, car la Méditerranée présente des concentrations record de microplastiques par kilomètre carré, ce qui en fait la mer la plus polluée du monde. Dans ce contexte, les solutions de dépollution assistées par l’IA apparaissent comme une piste prometteuse, voire décisive.

Le cas des centres de données

Autre opportunité, pour la région, les data centers, ces infrastructures indispensables pour entraîner, déployer et fournir les applications d’IA. « Les data centers sont les raffineries du XXIe siècle », assène Karim Beguir, cofondateur d’Instadeep, une start-up spécialisée en intelligence artificielle. Piliers de l’économie numérique mondiale, ces centres de données affichent une consommation énergétique massive. On en compte aujourd’hui plus d’une dizaine de milliers dans le monde, mais seulement 239 dans les pays méditerranéens. Pour M. Beguir, ces derniers, riches en énergies renouvelables – solaire ou éolienne – doivent absolument s’émanciper de leur dépendance aux data centers internationaux, aujourd’hui largement concentrés aux États-Unis. La construction de data centers locaux permettrait à la région de renforcer sa souveraineté technologique, mais aussi son autonomie économique et écologique, en maîtrisant mieux les conditions d’hébergement, de sécurité et d’approvisionnement énergétique de ces infrastructures stratégiques.

L’impact environnemental de l’IA

L’impact environnemental de l’IA ne se limite pas à sa consommation énergétique. Les data centers sont également de grands consommateurs d’eau douce, pour les systèmes de refroidissement. Selon une étude récente menée par des universités américaines, la demande mondiale en matière d’IA pourrait consommer entre 4,2 et 6,6 milliards de mètres cubes d’eau d’ici à 2027, soit jusqu’à cinq fois la consommation annuelle totale du Liban.

Il faudrait ajouter à la liste l’émission de gaz à effet de serre, l’utilisation de métaux rares dont l’extraction est très polluante, la production intensive de matériel électronique qui entraîne une augmentation de ces déchets…

Or, peu d’intervenants se sont attardés, à Tunis, sur cette question, alors même qu’un nombre croissant de chercheurs tirent la sonnette d’alarme concernant l’empreinte écologique considérable de l’intelligence artificielle.

Nesrine Chehata, maîtresse de conférences en géospatial et en IA pour l’observation de la Terre, ainsi que modératrice du panel « L’IA au service de l’anticipation et de la résilience des territoires », dit être étonnée du peu d’attention accordé à cet aspect du dossier. Et ce d’autant plus, ajoute-t-elle, qu’il existe des pistes de solutions circulaires, comme les systèmes de refroidissement en circuit fermé, impliquant le recyclage des eaux usées ou la récupération des eaux de pluie, afin de réduire l’empreinte hydrique des infrastructures numériques.

Une piste néanmoins à relativiser selon une note de 2024 du Forum économique mondial qui prévient que ces solutions circulaires peuvent être difficiles car lors du processus de refroidissement, l'eau restante est souvent contaminée par de la poussière, des produits chimiques et des minéraux et pourrait nuire à l'efficacité du processus de refroidissement si elle était réintroduite dans le circuit.

Pour Bendjedid Rachad Sanoussi, fondateur de la start-up Green Leaf AI, qui utilise l’intelligence artificielle pour aider les agriculteurs à protéger leurs palmiers contre diverses maladies, il faut un sursaut citoyen. « Ce sont les start-up et les entreprises qui doivent militer pour une IA plus écologique et plus éthique », estime-t-il.

Reste à savoir si ce sursaut, ou une prise de conscience du moins, arrivera à temps.

« Il va y avoir une compétition entre nous et l’intelligence artificielle pour les ressources », alerte ainsi Mayssa Sandii, CEO du média écologique tunisien Blue TN et l’une des rares intervenantes à avoir exprimé une inquiétude explicite quant aux effets environnementaux de l’IA.

« Quelles solutions l’IA peut-elle apporter aux grands défis méditerranéens ? » Telle était la question centrale du Mediterranean Forum for Artificial Intelligence, organisé à Tunis les 20 et 21 novembre derniers.L’un des défis majeurs, pour la région, est assurément d’ordre écologique. « Point chaud du réchauffement climatique, la Méditerranée connaît un réchauffement 20 % supérieur à la moyenne mondiale et doit faire face à des défis sans précédent qui menacent ses écosystèmes, ses économies et ses communautés », rapporte l’Union pour la Méditerranée (UpM) sur son site, en citant l’une des conclusions du premier rapport d’évaluation méditerranéen (MAR1) réalisé en 2020 par des experts méditerranéens sur le changement climatique et environnemental (MedECC) et l’UpM. « Si le...
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