Un drapeau tunisien. AFP
Des travailleurs humanitaires dont le Tuniso-Suisse Mustapha Djemali, un ancien cadre du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ont rejeté à la reprise de leur procès lundi l'accusation d'avoir voulu faciliter l'immigration clandestine, selon un journaliste de l'AFP assistant à l'audience.
M. Djemali, 81 ans, fondateur du Conseil tunisien des réfugiés (CTR), Abderrazek Krimi, chef de projet du CTR - emprisonnés depuis un an et demi - ainsi que trois autres mis en cause comparaissant libres, sont accusés de « création d'une organisation » visant à « faciliter l'entrée clandestine » et l' »hébergement » de migrants.
« Nous traitons avec les demandeurs d'asile, nous n'avons aucun lien avec l'immigration clandestine », a déclaré à la barre M. Djemali, qui a été pendant plus de 20 ans un responsable régional du HCR.
Son association travaillait « en tant que conseil et sous la supervision du Haut-commissariat » pour héberger « des migrants sauvés en mer » par les autorités, a-t-il souligné, avant de se demander: « pourquoi suis-je ici ? ».
« Nous n'avons formé aucune bande, ni entente, nous sommes des humanitaires », a-t-il ajouté, soulignant qu'il « travaille dans l'humanitaire depuis plus de 40 ans ».
M. Krimi a aussi demandé: « pourquoi sommes-nous détenus depuis 20 mois ? ». Le CTR apportait de l'aide « aux cas vulnérables, aux enfants, aux femmes victimes de violences sexuelles et aux personnes âgées », a-t-il argué, estimant avoir « agi par devoir national et en coordination avec les autorités ».
Leur avocate Mounira Ayadi a demandé un non-lieu, regrettant, comme lors de la première audience du procès le 16 octobre, qu'aucun représentant du HCR n'ait été convoqué par le tribunal. Le CTR était « partenaire exécutif » du HCR dans l'aide aux demandeurs d'asile dans le cadre d'une « convention légale » et d'un « programme financé » par les Nations Unies, selon l'avocate.
Après les plaidoiries, le tribunal s'est retiré pour délibérer sur un verdict attendu dans la soirée.
« légalement »
L'ONG américaine Human Rights Watch a appelé lundi « les autorités tunisiennes à abandonner des accusations infondées, à remettre en liberté les détenus et à arrêter de criminaliser le travail légitime » des associations.
« Le CTR a mené un travail de protection essentiel en soutien aux réfugiés et demandeurs d'asile, opérant légalement avec des organisations internationales accréditées en Tunisie », a martelé Bassam Khawaja, directeur régional adjoint de HRW, dans un communiqué de l'ONG.
MM. Djemali et Krimi avaient été arrêtés en mai 2024, en même temps qu'une dizaine d'autres travailleurs humanitaires comme Sherifa Riahi, ex-dirigeante de l'association Terre d'asile, et la militante anti-raciste Saadia Mosbah de l'ONG Mnemty, sous le soupçon d'avoir facilité une entrée illégale de migrants.
En février 2023, le président Kais Saied avait dénoncé dans un discours virulent, l'arrivée « de hordes de migrants subsahariens » menaçant, selon lui, de « changer la composition démographique » du pays.
Les semaines suivantes, des milliers de Subsahariens, privés de leur travail et logement, ont été rapatriés en urgence par leurs pays ou ont pris la mer clandestinement pour fuir la Tunisie.
D'autres ont été expulsés aux frontières désertiques avec l'Algérie et la Libye, où au moins une centaine d'entre eux sont morts.
A partir de septembre 2023, des milliers d'autres ont été chassés des grandes villes, se réfugiant dans des campements de fortune près de Sfax (centre-est).


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