Des ambulances en intervention sur le lieu de la frappe israélienne qui a fait cinq morts et vingt-huit blessés dans la banlieue sud de Beyrouth, le 23 novembre 2025. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
La frappe israélienne qui a touché dimanche un immeuble dans la banlieue sud de Beyrouth, tuant au moins cinq personnes dont le numéro deux du Hezbollah, principale cible de l'attaque, a provoqué un concert de réactions au Liban.
Si le président Joseph Aoun a vertement fustigé les actions israéliennes, le Premier ministre Nawaf Salam a appelé à l’unité, tandis que le Hezbollah a affirmé qu'il envisagerait de riposter à l'élimination de Haytham Ali Tabatabaï, un commandant de la force al-Radouane, l'unité d’élite du Hezbollah.
Cette frappe sur la banlieue sud de la capitale, la première depuis le 6 juin dernier, a été effectuée dans un contexte d’intensification des attaques israéliennes sur les positions du Hezbollah. Les deux camps s’accusent de violer le cessez-le-feu fragile conclu il y a un peu moins d’un an, qui avait mis fin à plus de 13 mois d’affrontements déclenchés au lendemain du début de la guerre de Gaza.
Éviter toute escalade ouverte
Premier officiel à réagir, le chef de l’État a estimé que cette frappe israélienne, qui survient au lendemain des célébrations du 82e anniversaire de l’Indépendance, « constitue une nouvelle preuve qu’Israël ne tient aucun compte des appels répétés à cesser ses agressions contre le Liban ». Ce pays « refuse d’appliquer les résolutions internationales ainsi que toutes les démarches et initiatives visant à mettre un terme à l’escalade de la violence et à rétablir la stabilité, non seulement au Liban mais dans toute la région », a-t-il poursuivi.
Le président de la République a ajouté : « Le Liban, qui s’est engagé à cesser les hostilités depuis près d’un an et a multiplié les initiatives, renouvelle son appel à la communauté internationale pour qu’elle assume ses responsabilités et intervienne avec force et sérieux afin de mettre fin aux agressions contre sa population, afin d’éviter toute escalade susceptible de raviver les tensions dans la région, et pour épargner de nouvelles effusions de sang. »
Le Premier ministre Nawaf Salam a réagi un peu plus tard dans l’après-midi en appelant à « l’unification de tous les efforts derrière l’État et ses institutions ». « En ce moment délicat, la priorité du gouvernement est de protéger les Libanais et d’éviter que le pays ne glisse vers des voies dangereuses. Il poursuivra son action par tous les moyens politiques et diplomatiques avec les pays frères et amis, afin d’éviter toute escalade ouverte, mettre fin aux agressions israéliennes et obtenir le retrait de l’État hébreu de notre territoire, ainsi que le retour de nos prisonniers », a affirmé M. Salam dans un message publié sur son compte X.
« Les expériences ont prouvé que la seule voie pour consolider la stabilité passe par l’application complète de la résolution 1701 (qui avait mis fin à la guerre précédente entre le Hezbollah et Israël en 2006, NDLR), l’affirmation de l’autorité de l’État sur l’ensemble de son territoire avec ses propres forces, et le renforcement du rôle de l’armée libanaise dans l’accomplissement de ses missions », a-t-il conclu.
Le monopole des armes
Dans des propos transmis sur la chaîne al-Jazeera, le vice-président du conseil politique du Hezbollah, Mahmoud Comati, a indiqué que le parti cherchait d'abord à « s’assurer de la personne touchée, puis le commandement du parti étudiera la réponse appropriée ». Il a ajouté que « toutes les options sont sur la table ». Le responsable chiite a aussi appelé l’État libanais « à se montrer en véritable garant de la sécurité nationale, et non à se contenter de condamnations creuses », jugeant que cette « barbarie » israélienne « ne fera que renforcer notre attachement à notre choix national ». Il explique enfin que la frappe est le signe d’« un feu vert israélien pour une escalade militaire dans tout le Liban ».
Le chef des Forces libanaises (FL), farouchement opposé au Hezbollah, a de son côté appelé à établir un « véritable État au Liban, qui détiendrait le monopole des armes ». « Face à l’agression qui a visé aujourd’hui la banlieue sud, nous ne pouvons pas agir comme d’habitude : attaquer Israël et l’insulter, puis déposer une plainte au Conseil de sécurité. Ces démarches n’ont jamais servi à rien, et ne serviront certainement pas aujourd’hui », a expliqué le leader chrétien dans un communiqué.
« Il ne nous reste qu’une seule voie : faire appel aux amis du Liban, en Occident comme en Orient, au premier rang desquels les États-Unis et l'Arabie saoudite (…) afin qu’ils fassent pression sur Israël pour qu’il cesse ses agressions et se retire du Liban », a-t-il plaidé, estimant que leur exigence est le désarmement du Hezbollah. « Ce que demandent les États-Unis et l’Arabie saoudite pour aider le Liban, c’est simplement l’établissement d’un véritable État, qui détienne le monopole des armes et des décisions militaire et sécuritaire », a poursuivi le chef des FL.
Il convient de rappeler que le Hezbollah refuse de remettre son arsenal à l’armée libanaise comme le lui impose le gouvernement depuis l’été dernier. Le blocage de ce processus a d’ailleurs irrité les responsables américains, qui ont récemment considéré que l’institution militaire n’en faisait pas assez.
Parmi les autres réactions, on citera la coordinatrice spéciale de l’ONU, Janine Hennis-Plasschaer, qui a estimé dans un message sur son compte X que le calme « devait prévaloir afin de consolider le cessez-le-feu ». « Dans la perspective de la stabilité et de la sécurité que les parties disent rechercher, le moment est venu de réduire les tensions », a-t-elle ajouté.
Pour sa part, le Jihad islamique en Palestine a accusé Israël de « crime de guerre ». Quant à l’ambassade d'Iran au Liban, elle a fait savoir dans un message sur son compte X que « les attaques lâches n'auront pas raison de la détermination de ceux qui défendent leur droit ». Le Hamas a aussi condamné la frappe israélienne la qualifiant « d’acte perfide et d’une violation manifeste de la souveraineté libanaise, visant à entraîner le Liban et la région dans une confrontation qui ne sert que les intérêts de l’occupation ».



Ce qui est perfide c’est d’accepter qu’une milice iranienne tienne en otage notre pays avec ses citoyens sans que personne ne puisse l’en empêcher
12 h 30, le 25 novembre 2025