Des soldats de l'armée libanaise bloquent le périmètre, près de l'immeuble visé dans la banlieue sud de Beyrouth, dimanche 23 novembre 2025. Photo Matthieu KARAM/L'Orient-Le Jour
L’intensification des bombardements israéliens au Liban a franchi un cran dimanche, avec une nouvelle frappe de l’armée de l’État hébreu qui a touché dans l'après-midi un immeuble en plein cœur de la banlieue sud de Beyrouth, une première depuis le 6 juin 2025. « J'ai tremblé de peur quand j'ai entendu la frappe », raconte Léa près du quartier ciblé à notre journaliste sur place, Lyana Alameddine. La jeune femme de 18 ans vient de quitter son appartement. « On a entendu des coups de feu juste après. On a vu beaucoup d’ambulances. Il y a apparemment beaucoup de blessés et de martyrs », dit-elle.
L’attaque en pleine zone résidentielle dans le quartier de Haret Hreik a fait au moins cinq morts et 28 blessés, selon un bilan publié en début de soirée par le ministère libanais de la Santé. En fin de soirée, le bilan s'élèverait à six selon notre correspondant Mountasser Abdallah. Les victimes ont été prises en charge par plusieurs hôpitaux de la banlieue sud, notamment l’hôpital Rassoul el-Aazam, l’hôpital Bahman et l’hôpital Sahel.
L'armée israélienne a rapidement revendiqué et dévoilé la cible principale de cette attaque : Haytham Ali Tabatabaï, un commandant de la force d’élite al-Radouane du Hezbollah et une figure de proue de l’aile dure de la milice chiite qui a confirmé sa mort quelques heures plus tard dans un communiqué.
Dans un message publié sur X par son porte-parole arabophone, Avichay Adraee, l'armée israélienne a vanté l’élimination du « chef d’état-major du Hezbollah ». « Israël continuera d’agir contre ceux qui le menacent », a commenté le ministre de la Défense Israel Katz peu après la frappe. Plus tard dans la soirée, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que Haytham Ali Tabatabaï était « l'un des stratèges les plus dangereux » du Hezbollah. Il a en outre appelé le gouvernement libanais à « honorer son engagement de désarmer le Hezbollah », qualifiant cela de seule voie vers « un Liban meilleur » et « des relations sûres et de bon voisinage ».
Sans donner de précisions sur l’attaque, l’armée israélienne a dressé une biographie du responsable du parti chiite. Selon elle, Haytham Tabatabaï occupait la fonction de chef d’état-major du Hezbollah après la dernière guerre contre Israël, officiellement terminée par un cessez-le-feu entré en vigueur fin novembre 2024. Il « dirigeait les efforts de reconstruction du mouvement, supervisait la plupart de ses unités et travaillait à leur réhabilitation en vue d’un affrontement avec Israël », toujours selon le message d’Avichay Adraee.

Sur place, c'est une scène de chaos bien connue des habitants de la banlieue sud, que capturent photographes et vidéastes. L’armée libanaise avait dressé un périmètre de sécurité, tandis que des dizaines d’éléments de la « protection » du Hezbollah étaient également présents sous l’immeuble touché.
Des habitants, tout comme des responsables du parti et des militaires, demandaient aux photographes de ne pas filmer la foule. Les caméras des journalistes présents étaient donc toutes rivées sur l’immeuble atteint, dont la façade est criblée de plusieurs impacts de missiles. Trois étages sur les dix qu’il comprend ont été touchés. Un secouriste portant un gilet avec le logo du Comité sanitaire islamique du Hezbollah se tient sur l'un des étages visés. Impossible de savoir si l'attaque a été menée par un drone ou un avion de chasse : les versions varient selon les sources interrogées sur place. Un responsable de l'armée indique cependant qu'un missile n'a toujours pas explosé.
« Il y a un risque de guerre »
« Regarde, il est là », dit un homme parmi la foule, regardant le ciel et montrant le drone israélien qui survolait à basse altitude le quartier. Dans un immeuble à côté, un résident se tient dans le hall. « J’ai entendu des avions avant la frappe. Je regardais la télévision. On a sauté de nos chaises », raconte Ali Kobeissi, 62 ans. Sa femme et son petit-fils, qui étaient présents au moment de l'attaque, ont quitté les lieux. « Je vais rester ici, mais je préfère voir ce qui se passe avant que ma femme ne revienne à la maison », dit-il.

Sur le site de la frappe, des ambulances sont stationnées, tandis qu'une tractopelle commence à retirer les débris. L'armée tente d'empêcher les habitants de franchir le périmètre de sécurité. « Laissez-nous travailler ! », lance un militaire à un jeune homme.
Un peu plus loin, Fatima* n'a aucune nouvelle de sa tante, qui vit dans l'immeuble en face de celui ciblé. La femme déverse toute sa colère contre l'État libanais, « incapable de nous protéger ». « Que l’État retire le drone (israélien) du ciel et l’armée israélienne du Sud avant de demander le désarmement (du Hezbollah) », lance celle qui a perdu son frère, abattu par un drone israélien il y a deux mois.
Quelques heures avant que l'armée israélienne n'annonce l'élimination du commandant, Fatima, comme beaucoup d’autres, ne croiyaient pas à cette version. « Des paroles en l'air », lâche un jeune homme, qui observe les lieux de la frappe. « Je n'y crois pas », dit un autre habitant, qui vient de rentrer dans le quartier. Sa famille, quant à elle, a quitté la banlieue sud. Quelques instants plus tard, les secouristes, entourés par la foule, transportent une dépouille.

Sur la route, un jeune en scooter pense que la « situation s'est calmée ». « Mais il y a un risque de guerre », dit-il. À l'extérieur de l'hôpital Bahman, Mahdi*, blessé au crâne et au pied, est assis sur le trottoir, près de ses amis. Il buvait son café et fumait sur le balcon de son immeuble lorsque son quartier a été attaqué. « Je n'ai rien entendu avant la frappe... », raconte le blessé de 25 ans. « J'ai senti la première frappe, puis la deuxième... Tout d'abord, tu n'éprouve rien, puis d'un coup, tu te retrouves en plein chaos », dit Mahdi, qui sort son frère et sa sœur de l'immeuble, avant d'être transporté à l'hôpital. « On s'attendait à une frappe... On continue de vivre la guerre. Elle ne s'est jamais terminée. »
*Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées.



Pour les mémoires courtes: après le 7 octobre 2023, en quelques jours des flottes énormes, américaines, britanniques, françaises et si je me rappelle bien même italienne ont intervenus, bombardé le Yémen et puis bien sûr l'iran... le hezb sait trop bien que ce n'est point Israël seul qui lui fait la guerre... alors ... gagner la guerre? De qui on se moque à part la population libanaise et surtout du sud et de dahyé...
08 h 49, le 25 novembre 2025