Des femmes syriennes passent près d’un générateur électrique privé dans le quartier de Aïn Tarma, en périphérie orientale de Damas, le 4 novembre 2025. Photo Louai BESHARA / AFP
Les autorités syriennes vont livrer à la Chine des jihadistes issus de la minorité musulmane ouïghoure, ont indiqué à l'AFP lundi deux sources, gouvernementale et diplomatique, une information démentie par le ministère syrien des Affaires étrangères.
Depuis leur arrivée au pouvoir il y a près d'un an, les nouveaux dirigeants islamistes syriens tentent de rompre avec leur passé jihadiste. Des milliers de combattants étrangers avaient afflué en Syrie au cours de la guerre civile, qui a éclaté en 2011, pour participer à la lutte contre le pouvoir de Bachar el-Assad, renversé en décembre 2024. Selon la source gouvernementale qui a refusé d'être identifiée en raison du caractère sensible de l'information, le chef de la diplomatie syrienne Assaad al-Chaibani devait évoquer la question des combattants ouïghours lors de ses entretiens en Chine lundi.
« A la demande de la Chine, Damas a l’intention de remettre les combattants par groupes, après que la Chine a refusé qu’ils soient intégrés dans l’armée syrienne », a indiqué cette source. La source diplomatique, qui a également requis l'anonymat, a précisé que « la Syrie a l'intention de remettre 400 combattants ouïghours à la Chine prochainement ».
Après la publication de l'information de l'AFP, une source officielle au ministère syrien des Affaires étrangères, citée par l'agence officielle Sana, a démenti. « Les informations de l'AFP sur l'intention du gouvernement syrien de remettre des combattants à la Chine sont sans fondement », a affirmé cette source sans élaborer.
Parti islamique du Turkestan
A Pékin, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a promis lundi le soutien de son pays à l'effort de paix en Syrie, lors d'une rencontre avec son homologue syrien, ont indiqué ses services. « La partie syrienne s'est engagée à ne permettre à aucune entité d'utiliser le territoire syrien pour porter atteinte aux intérêts de la Chine », a rapporté le ministère chinois des Affaires étrangères après l'entretien.
Des jihadistes ouïghours, issus d'une majorité musulmane turcophone basée principalement dans le nord-ouest de la Chine, avaient rejoint la Syrie pendant la guerre civile. Ils étaient notamment regroupés au sein du Parti islamique du Turkestan (TIP), un groupuscule jihadiste basé dans la région d'Idleb (nord-ouest). Après avoir pris le pouvoir début décembre, le nouveau dirigeant syrien, Ahmad el-Chareh, a proclamé la dissolution des groupes armés. Fin décembre, il a nommé d'anciens rebelles, parmi lesquels au moins un Ouïghour, à des postes de commandement dans la nouvelle armée.
Les nouvelles forces armées comptent une unité formée de Ouïghours, estimés par l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) à entre 3.200 et 4.000 combattants. Selon la source diplomatique et la source gouvernementale syrienne, les combattants qui devraient être livrés à la Chine ne comptent pas parmi ceux qui ont été intégrés à l'armée.

