Un équipement vidéo de BBC News posé sur le sol devant la prison de La Santé, à Paris, le 10 novembre 2025. Photo AFP/IAN LANGSDON
Accusée par certains d'être partiale, défendue par d'autres comme un acteur clé contre la désinformation, la BBC se retrouve au coeur d'un débat passionné au Royaume-Uni, sur son rôle et ses missions dans un paysage toujours plus polarisé.
Depuis la révélation du montage trompeur d'un discours de Donald Trump, Sandra Madden, habitante d'Uxbridge à l'ouest de Londres, ne décolère pas. « Je ne veux pas me débarrasser de la BBC (...) mais je crois qu'elle est biaisée sur beaucoup de sujets », dit-elle.
Dans l'ancienne circonscription de l'ex-Premier ministre conservateur Boris Johnson, pourfendeur de la BBC, les habitants rencontrés par l'AFP témoignent du malaise de nombreux Britanniques, tiraillés entre leur attachement pour la vénérable institution et un sentiment qu'elle remplit imparfaitement sa mission de service public en matière d'information.
Le mois dernier, la BBC a encore été épinglée par le régulateur britannique des médias après la diffusion d'un documentaire à Gaza dans lequel le narrateur principal, un enfant, était le fils d'un haut responsable du Hamas.
Pour Sandra Madden, retraitée octogénaire conservatrice, la dernière polémique concernant le discours de Trump est « la goutte d'eau qui a fait déborder le vase » et montre que la BBC est « à gauche ». Comme elle, Robin Scott, 78 ans, assure ne plus s'informer par la BBC et regarder GB News, chaîne conservatrice où le chef du parti anti-immigration Reform UK, Nigel Farage, présente une émission régulière. « Ils parlent de choses (...) qu'on ne verrait jamais sur la BBC », dit-il.
Selon un sondage YouGov publié cette semaine, la moitié des Britanniques (51%) gardent une opinion positive du groupe audiovisuel public, contre 29% d'opinions négatives. 31% pensent qu'il penche trop à gauche et 19% trop à droite.
« Instrumentalisée »
Les critiques sur la partialité de la BBC sont loin d'être nouvelles (campagne du Brexit, changement climatique, etc.) mais dans un espace politique de plus en plus polarisé, le groupe audiovisuel public est plus scruté que jamais. Sur des sujets clivants comme l'immigration ou les droits des personnes transgenres, il se retrouve souvent pris en étau entre des camps opposés. Une situation illustrée cette semaine par un débat animé au Parlement, lors duquel plusieurs députés conservateurs s'en sont pris à la BBC.
Oliver Dowden l'a jugée « obsédée » par des sujets comme le mouvement Black Lives Matter ou la Palestine, qui selon lui n'intéressent pas l'Angleterre « des provinces ». Le député Nigel Huddleston reproche à la BBC de favoriser « l'inclusivité et la diversité ». L'élue libérale-démocrate (centriste) Anna Sabine, n'est pas de cet avis. « Sans la BBC, nous sommes plus vulnérables au danger des fausses informations et théories du complot dont se nourrissent les populistes, comme le député de Clacton (Nigel Farage, NDLR) et Donald Trump », plaide-t-elle.
De plus en plus, la BBC « est instrumentalisée par ceux qui veulent s'en servir comme exemple d'un monde qui dérive dans une certaine direction », souligne Lee Edwards, professeure au département médias de la London School of Economics.
Face aux attaques, le président de la BBC Samir Shah a défendu le « travail sacré » du grand média dans sa quête d'impartialité et de vérité. Malgré les polémiques, le géant de médias, avec ses multiples chaînes de radio et de télévision et son site internet, reste la première source d'information des Britanniques, selon le régulateur des médias, l'Ofcom.
Et le service international de la BBC (World Service), qualifié de « phare » par la ministre de la Culture Lisa Nandy, touche plus de 318 millions de personnes chaque semaine dans le monde.
« Pas sensationnaliste »
« J'aime la BBC » et notamment le World Service « absolument essentiel » dans certains pays, affirme ainsi Jennifer Kavanagh, autrice de 78 ans rencontrée par l'AFP dans le centre de Londres. Elle regrette que la BBC soit la cible d'autant d'attaques « de la droite et de la gauche ».
« Il est important de ne pas exagérer l'effondrement de la confiance du public dans la BBC », insiste ainsi Dan Hind, auteur spécialiste des enjeux liés aux médias et à la démocratie. Mais selon lui, de plus en plus de personnes, notamment les jeunes, sont « sorties de la zone d'influence de la BBC », s'informant sur les réseaux sociaux.
La BBC « a du mal à les concurrencer parce qu'elle n'est pas sensationnaliste, qu'elle essaie de rester sobre, précise », quand ces plateformes diffusent « davantage d'idées politiques extrémistes », souvent venues des Etats-Unis où la polarisation et le discrédit des médias traditionnels par les partisans de Trump sont plus forts, souligne l'expert.
Comme les gens ont « certaines attentes » envers la BBC, « quand vous avez des évènements comme le discours de Trump, ou les débats sur la couverture de la guerre à Gaza, c'est peut-être plus existentiel » pour elle, conclut Lee Edwards.


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