De jeunes Palestiniens observent les dégâts dans la mosquée Hajja Hamida, qui aurait été incendiée et vandalisée par des colons israéliens dans le village palestinien de Deir Istiya, près de Salfit, en Cisjordanie occupée par Israël, le 13 novembre 2025. Photo Dayr Istiyā/ AFP
Un seau après l'autre, une dizaine d'ouvriers en gilets fluorescents dégagent le sable et les gravats de ce qui reste du Musée du Palais du Pacha, un complexe historique de la ville de Gaza endommagé par deux années de bombardements israéliens.
À la main, ils trient les pierres : celles à réutiliser d'un côté, les débris à jeter de l'autre. Le travail se fait en silence, seulement troublé par le bourdonnement d'un drone israélien qui vrombit au-dessus d'eux.
« Le Musée du Palais du Pacha est l'un des sites les plus importants détruits pendant la (...) guerre à Gaza-ville », raconte à l'AFP Hamouda al-Dahdar, expert du patrimoine culturel chargé des travaux de restauration, précisant que plus de 70% des bâtiments du palais ont été détruits.
L'ancien fort, construit en pierre ocre-sable, abrite notamment une chambre où Napoléon Bonaparte aurait dormi une nuit en 1799. En octobre, l'Unesco a recensé 114 sites endommagés par la guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, déclenchée le 7 octobre 2023, parmi lesquels le complexe du Musée du Palais du Pacha.
Figurent également sur cette liste le complexe du monastère de Saint-Hilarion, l'un des plus anciens monastères chrétiens du Moyen-Orient, ainsi que la mosquée al-Omari de Gaza-ville, située dans le nord du territoire palestinien.
« Consolider »
L'histoire de la bande de Gaza remonte à plusieurs millénaires, faisant de ce petit territoire un véritable trésor archéologique, abritant des vestiges de civilisations cananéennes, égyptiennes, perses et grecques.
« Il n'y a plus de matériaux, nous nous contentons de nous occuper des décombres: rassembler les pierres, les trier, et intervenir au minimum pour consolider le site » du Musée, explique Issam Juha, le directeur du Centre pour la préservation du patrimoine culturel.
Basée en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967, cette association est chargée de la restauration du monument.
Dès les premiers jours de la guerre, déclenchée par une attaque sans précédent du Hamas en territoire israélien, Israël a imposé de sévères restrictions sur Gaza, provoquant des pénuries - jusque dans l'approvisionnement en nourriture et en médicaments.
Après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu négocié par les Etats-Unis le 10 octobre, les camions d'aide humanitaire ont commencé à entrer en plus grand nombre, mais les organisations humanitaires déplorent des restrictions et des lourdeurs administratives les empêchant d'opérer au mieux.
D'après M. Zuha, qui coordonne la restauration depuis la Cisjordanie, la trêve permet aux équipes de reprendre leurs fouilles, après une période où « il était dangereux de travailler" et où "les drones qui survolaient la zone tiraient parfois ».
Il estime qu'au moins 226 sites patrimoniaux et culturels ont été touchés pendant la guerre, un chiffre supérieur à celui de l'Unesco, explique-t-il, car ses équipes ont eu un meilleur accès aux lieux.
« Mémoire du peuple »
« Notre patrimoine culturel est l'identité et la mémoire du peuple palestinien », affirme M. Dahdar, l'expert basé à Gaza-ville. « Avant la guerre, le Palais du Pacha abritait plus de 17.000 artefacts, mais malheureusement, ils ont tous disparu après l'invasion de la vieille ville de Gaza. »
Son équipe a retrouvé 20 artefacts importants datant des époques romaine, byzantine et islamique, avance-t-il. « Nous sauvons les pierres archéologiques en vue d'une future restauration, tout en récupérant les artefacts qui étaient exposés à l'intérieur du Palais du Pacha », poursuit Hamouda al-Dahdar.
Alors que la montagne de gravats atteint déjà plusieurs mètres, un artisan restaure délicatement une pierre ornée d'une croix surmontée d'un croissant islamique, tandis qu'un autre époussette une sculpture gravée d'une calligraphie arabe.
Face à ces indices de temps passés, palimpseste de civilisations ayant traversé le petit territoire côtier, M. Dahdar résume: « Il ne s'agit pas seulement d'un vieux bâtiment, mais de monuments issus de différentes époques. »


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