Jeffrey Epstein, Tom Barrack et Donald Trump (de gauche à droite). Illustration Celine Bejjani/L'Orient-Le Jour
L’affaire Epstein a connu un nouveau rebondissement mercredi. De nombreux courriels échangés par le prédateur sexuel Jeffrey Epstein, accusé de trafic de mineurs et retrouvé pendu dans sa cellule à New York en août 2019, ont été rendus publics par des parlementaires démocrates américains, dont l’un implique un échange avec... Tom Barrack, l’envoyé spécial américain en Syrie et au Liban. « Envoie des photos de toi +avec enfant+ – fais moi sourire » (« send photos of you and child — make me smile »), a écrit Jeffrey Epstein à Tom Barrack, le 3 septembre 2016, selon une copie du courriel, relayée par le Wall Street Journal mercredi. Aucun échange postérieur n’est disponible dans ces documents rendus publics par ces parlementaires qui siègent au sein de la commission de supervision à la Chambre des représentants, organe d’enquête du Congrès.
Un autre échange révélé réaffirme par ailleurs les liens entretenus entre Jeffrey Epstein et le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammad ben Salmane, rendus publics dès 2018. Dans ces courriels, Jeffrey Epstein évoque à plusieurs reprises le président américain, Donald Trump, avec qui il entretenait une amitié de longue date jusqu’au milieu des années 2000. La justice américaine et le FBI avaient annoncé le 7 juillet dernier n’avoir découvert ni « liste de clients » ni « preuves crédibles que (Jeffrey Epstein) aurait fait chanter des personnes puissantes », contrairement aux rumeurs, alimentées notamment par le suicide de M. Epstein, une affaire qui embarrasse le président américain.
« Immense réseau de connexions de Jeffrey Epstein »
« J’espère que tu vas bien. Revoyons-nous » (« Hope you’re good. Let’s catch up »), a écrit Tom Barrack à Jeffery Epstein, dans l’échange d’e-mails divulgué mercredi. En plus du message obscène envoyé par Jeffrey Epstein à l’émissaire américain, à l’époque homme d’affaires, le sulfureux financier américain confie à M. Barrack le jour même qu’il reçoit « beaucoup d’appels chaque semaine de reporters » au sujet de son amitié avec « Donald Trump et (Bill) Clinton », auxquels il répond en disant : « Ne rien avoir à dire. »

Contactée jeudi, l’ambassade des États-Unis au Liban n’était pas immédiatement disponible pour commenter cette affaire. « La publication de ces courriels par la commission de supervision de la Chambre donne littéralement la nausée. Ils savaient tous. Et ils l’ont quand même laissé libre », a réagi la journaliste américaine Amber Wood, hostile à Donald Trump, sur son compte X mercredi, dans une publication vue par plus d’un million de personnes.
Envoyé spécial de Donald Trump en Syrie et au Liban (jusqu’à l’arrivée du nouvel ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, vendredi), et ambassadeur des États-Unis en Turquie, Tom Barrack, milliardaire américain d’origine libanaise, est un ami de longue date du président Trump. En 2021 et 2022, il avait fait l’objet d’enquêtes fédérales pour ses activités présumées de lobbying en faveur des Émirats arabes unis, ayant cherché à influencer la politique étrangère de Donald Trump en ce sens, avant d’être acquitté en novembre 2022.
Selon le site d’information américain Politico, le « lot élargi de courriels révèle l’immense réseau de connexions de Jeffrey Epstein avec les centres de pouvoir du monde entier ». La publication écrit que Jeffrey Epstein « mettait en relation des connaissances éloignées – comme (l’écrivain et journaliste américain) Michael Wolff – avec Tom Barrack (...) et l’avocat Ken Starr », connu pour être le procureur ayant poursuivi l’ancien président américain Bill Clinton dans l’affaire du « Monicagate » (1998-1999).
Le prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane, se trouve parmi les personnalités publiques influentes ayant côtoyé Jeffrey Epstein. Dans un courriel envoyé en décembre 2016 au milliardaire américain Tom Pritzker et publié mercredi, Jeffrey Epstein écrit : « Peux-tu croire que MBS m’a envoyé une TENTE, les tapis et tout ? » « Une tente ? Hmm… » a répondu M. Pritzker. « Je pense que c’est un code pour dire ‘‘je t’aime’’. Ou peut-être un code pour dire ‘‘va te faire voir’’. Tu ferais mieux de consulter ton dictionnaire urbain (du royaume d’Arabie saoudite) », a ensuite ironisé le milliardaire américain, dans des propos rapportés par Politico.
En août dernier, le New York Times avait révélé qu’une photo encadrée de MBS et Jeffrey Epstein se trouvait dans le manoir du prédateur sexuel. En 2018, soit un an avant sa mort, Epstein avait lui-même évoqué ses liens avec le prince héritier lors d’un entretien accordé au New York Times, avait alors rapporté le média britannique Middle East Eye. Réagissant à la publication des courriels, la Maison-Blanche a accusé mercredi l’opposition de fabriquer un « faux récit ». Le cœur de l’affaire tourne aujourd’hui sur le lien entre Donald Trump et Jeffrey Epstein. Ce dernier avait affirmé, dans un e-mail datant de 2019 et publié mercredi, que le président américain « savait à propos des filles ». Après avoir promis pendant sa campagne présidentielle des révélations fracassantes, le président américain tente aujourd’hui d’éteindre la polémique qu’il a lui-même alimentée, en la qualifiant de « canular » monté par l’opposition. Figure comme Jeffrey Epstein de la jet-set new-yorkaise des années 1990-2000, Donald Trump a été proche du financier jusqu’au milieu des années 2000, rappelle l’AFP.
Cet article a été modifié le 14 novembre 2025 à 12h44. Il contenait la citation suivante : « Envoie des photos de toi et d'un enfant – fais moi sourire ». La citation exacte est la suivante : « Envoie des photos de toi +avec enfant+ – fais moi sourire »


Imaginez le film sulfureux que cette saga pourra faire dans quelques années quand les principaux faits seront connus!
14 h 07, le 14 novembre 2025