Un garçon palestinien ramasse du plastique près d'un missile non explosé dans une décharge publique du marché Firas, à Gaza, le 12 novembre 2025. Photo AFP/Omar al-Qattaa
Israël a été mis en cause mardi 11 et mercredi 12 novembre devant le Comité de l'ONU contre la torture, qui a fait état de nombreux rapports pointant des actes de torture contre des détenus palestiniens dans ce pays, en particulier depuis le 7 octobre 2023.
« Le Comité a été profondément consterné par les descriptions (...) de ce qui semble être des actes de torture et de mauvais traitements systématiques et généralisés infligés aux Palestiniens », y compris sur des enfants et d’autres groupes vulnérables, a déclaré mardi le rapporteur Peter Vedel Kessing au début de l'examen d'Israël devant le Comité à Genève. « Dans tous les nombreux rapports que nous avons reçus de sources diverses et fiables (...) il est affirmé que la torture est devenue un outil délibéré et généralisé (...) de l'arrestation à l'interrogatoire jusqu'à l'emprisonnement », a-t-il poursuivi, notant que des milliers de Palestiniens de Gaza, femmes et enfants inclus, ont passé des mois dans des prisons militaires dans des conditions épouvantables, certains y perdant des membres, parfois la vie.
Passages à tabac et simultations de noyades
Selon un rapport de la branche israélienne de l’ONG Physicians for Human Rights (PHRI), au moins 98 Palestiniens sont morts en détention depuis octobre 2023. Un bilan probablement largement sous-estimé, alors que des centaines de Palestiniens détenus à Gaza sont toujours portés disparus. L’organisation comptabilise les morts dues à des violences physiques, de la négligence médicale ou encore la malnutrition, se basant sur des rapports médico-légaux, des entretiens avec des avocats, activistes, proches et témoins.
Parmi les tortures relevées dans les rapports cités par le Comité onusien figurent « des passages à tabac sévères, y compris sur les parties génitales, des chocs électriques, le maintien forcé dans des positions de stress prolongées, des conditions de détention délibérément inhumaines et la privation de nourriture, la simulation de noyade, ainsi que des insultes sexuelles et des menaces de viol généralisées ».
Ces rapports, provenant notamment de divers organes des Nations unies, d'ONG israéliennes, palestiniennes et internationales, mentionnent que les mauvais traitements infligés aux Palestiniens ont connu « une forte escalade » depuis le 7 octobre 2023, atteignant « des niveaux sans précédent » et ce en « toute impunité », a poursuivi M. Kessing.
Des traitements apparentés à de la torture
En juillet 2024, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme avait publié un rapport selon lequel de nombreux Palestiniens avaient été emprisonnés dans le secret depuis le 7 octobre 2023 avec dans certains cas un traitement pouvant s'apparenter à de la torture. Des accusations similaires ont visé le mouvement palestinien du Hamas dans son traitement des otages à Gaza.
Un rapport du Palestinian Center for Human Rights (PCHR) a notamment été transmis au Comité onusien contre la torture en amont de sa 86e session, dans lequel l’organisation a récolté les témoignages de 330 Palestiniens, à travers ses avocats, et chercheurs. Si l’utilisation de détenus comme boucliers humains, les viols et d’autres actes de violences sexuelles n’ont pas été mentionnés par l’organe international, ils sont rapportés par certains témoignages listés par l’ONG, sous sanctions américaines depuis septembre 2025 pour avoir collaboré avec la Cour pénale internationale afin d’émettre des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant.
Le rapport mentionne notamment ce témoignage d’une mère de 42 ans. « Ils m'ont forcée à m'allonger sur une table métallique sur le ventre, s’appuyant sur ma poitrine et ma tête, m'ont menottée et m'ont écarté les jambes. J'ai senti un pénis pénétrer mon anus. J'ai crié, ils m'ont battue. J'ai senti l'homme éjaculer. Ils ont filmé la scène. Ils m’ont laissé ça une heure, nue, attachée, saignant. Puis ils sont revenus. J’ai été violée à nouveau. Cette fois vaginalement. Battue à nouveau. Filmée à nouveau. Moquée »” Un autre compte-rendu est celui de A.A., un homme de 35 ans et père de famille, arrêté en mars 2024 à l’hôpital al-Shifa.« “Les soldats ont amené des chiens. L’un d’eux m’a pissé dessus. Puis il m’a violé. Oui, un chien. Il m’a pénétré pendant que les soldats nous battaient et nous aspergeaient les yeux de gaz poivré. Je me suis effondré, mentalement et physiquement. Je ne m’en suis toujours pas remis. Par la suite, un médecin m’a recousu une blessure à la tête - sept points de suture sans anesthésie. J’avais des fractures, une côte cassée et des hématomes »”
« Désinformation »
Lors de la session d’examen à Genève, le co-chef de la délégation israélienne et ambassadeur auprès de l'ONU Daniel Meron a rejeté les accusations visant son pays, qualifiant même de « désinformation » les affirmations de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens, Francesca Albanese, et de la commission d'enquête internationale mandatée par l'ONU. Cette commission avait accusé Israël de commettre un « génocide » en septembre dernier.
La communauté internationale « doit reconnaître les faits et les réalités sur le terrain », a-t-il poursuivi, assurant qu' « Israël est attaché à ses obligations en vertu du droit international ( ...) même face aux défis posés par une organisation terroriste qui n'hésite pas à déclarer ouvertement vouloir infliger un maximum de souffrances aux civils à Gaza ».
De son côté, M. Kessing a souligné que « le fait que l'une des parties au conflit armé viole et ignore ses obligations en vertu de ces règles ne saurait servir d'excuse à l'autre partie au conflit armé pour violer et ignorer ses obligations ». Il a assuré que le Comité, « conscient » des informations concernant « les actes de torture commis par le Hamas contre des soldats et des civils israéliens », examinera sérieusement cette situation lors de l'examen de l'Etat de Palestine au cours d'une session ultérieure.


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